Imaginez deux hommes qui portent sur leurs épaules le poids d’un continent en guerre depuis près de quatre ans. Lundi prochain, à Paris, Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky vont se retrouver face à face. Pas seulement pour une photo protocolaire, mais pour tenter de dessiner les contours d’une paix qui semble encore hors de portée.
Dans un contexte où chaque jour apporte son lot d’explosions et de déclarations incendiaires, cette visite prend une dimension particulière. Elle arrive au moment précis où les États-Unis poussent un nouveau plan de sortie de crise, où l’Europe cherche à affirmer sa voix, et où Kiev redoute plus que tout d’être contraint à des concessions territoriales douloureuses.
Une visite au cœur de l’urgence diplomatique
L’Élysée l’a confirmé samedi : le président ukrainien sera reçu lundi dans la capitale française. Les deux chefs d’État échangeront sur la situation militaire et surtout sur les conditions d’une paix « juste et durable ». Un vocabulaire qui n’a rien d’anodin quand on sait que Moscou et Kiev n’ont pas la même définition de la justice.
Cette rencontre s’inscrit dans la continuité des discussions entamées à Genève et fait suite à l’initiative américaine présentée récemment. Washington tente de finaliser un cadre accepté par les deux belligérants, mais l’ombre d’un accord imposé plane sur Kiev.
Le plan américain : espoir ou piège ?
Depuis plusieurs semaines, une délégation ukrainienne négocie outre-Atlantique. L’objectif affiché : mettre fin à un conflit qui a déjà fait des centaines de milliers de victimes. Mais derrière les beaux discours, la crainte est grande à Kiev. Beaucoup craignent que les États-Unis, à l’approche d’un possible changement d’administration, ne cherchent avant tout à clore le chapitre ukrainien, même au prix de concessions majeures.
Le ministre français des Affaires étrangères l’a dit sans détour : Vladimir Poutine doit accepter le cessez-le-feu ou s’exposer à de nouvelles sanctions qui « épuiseront » l’économie russe, ainsi qu’à un soutien européen renforcé à l’Ukraine. Un message clair : Paris ne veut pas d’une paix de capitulation.
« Vladimir Poutine doit accepter le cessez-le-feu ou se résoudre à exposer la Russie à de nouvelles sanctions qui épuiseront son économie, ainsi qu’au soutien redoublé des Européens à l’Ukraine. »
Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères
Garanties de sécurité : la coalition des volontaires prend forme
Autre sujet majeur de la rencontre : les garanties de sécurité. Depuis plusieurs mois, une coalition informelle d’États européens travaille à mettre en place un dispositif crédible pour protéger l’Ukraine en cas d’accord de paix. La France joue un rôle central dans cette initiative.
Ces garanties pourraient prendre différentes formes : présence militaire limitée, livraisons d’armes à long terme, mécanismes de réaction rapide en cas de nouvelle agression. Rien n’est encore acté, mais les discussions avancent vite. Paris veut montrer qu’une Ukraine désarmée ne sera pas une Ukraine abandonnée.
Pour Emmanuel Macron, c’est aussi l’occasion de rappeler que l’Europe doit être capable de se défendre seule. Un message adressé autant à Moscou qu’à Washington.
La légitimité de Zelensky remise en question ? Paris répond
Ces derniers mois, le Kremlin n’a cessé de contester la légitimité de Volodymyr Zelensky. Argument principal : l’absence d’élections depuis l’invasion de février 2022. Moscou affirme que le président ukrainien n’a plus de mandat.
La réponse française est sans ambiguïté. Jean-Noël Barrot a rappelé que Zelensky a été élu lors d’un scrutin « ouvert, transparent et démocratique » – ce qui n’est pas le cas de Vladimir Poutine. Quant à l’impossibilité d’organiser des élections en temps de guerre, c’est précisément la conséquence de l’agression russe.
Sur les affaires de corruption qui secouent Kiev – notamment le limogeage récent du très influent chef de cabinet Andriï Iermak –, Paris estime que ces questions relèvent des institutions ukrainiennes et ne doivent pas interférer avec le processus de paix.
Olena Zelenska et l’émotion des enfants déportés
Volodymyr Zelensky ne viendra pas seul. La Première dame, Olena Zelenska, l’accompagnera à Paris. Elle participera à un événement autour de l’initiative « Bring kids back », qu’elle parraine personnellement.
Cette campagne vise à ramener en Ukraine les enfants enlevés et déportés par la Russie depuis le début du conflit. Près de 2 000 ont déjà pu être retrouvés et rendus à leurs familles grâce à ce programme. Un chiffre à la fois encourageant et terrifiant quand on pense aux dizaines de milliers qui manquent encore à l’appel.
Pour Olena Zelenska, c’est plus qu’une cause diplomatique : c’est une mission profondément personnelle. Chaque enfant retrouvé est une victoire contre l’horreur.
Sur le terrain, la guerre continue
Pendant que les diplomates préparent la rencontre de Paris, le conflit ne prend pas de pause. Dans la nuit de vendredi à samedi, Kiev a de nouveau été ciblée par des drones russes. Presque au même moment, l’armée ukrainienne revendiquait des frappes contre deux pétroliers de la « flotte fantôme » russe – ces navires qui permettent au Kremlin de contourner les sanctions occidentales sur le pétrole.
Ces attaques mutuelles montrent à quel point la situation reste explosive. Chaque camp cherche à se renforcer avant d’éventuelles négociations.
La France, comme les autres pays européens, continue d’ailleurs à livrer du matériel militaire. L’objectif : maintenir la pression sur Moscou tout en gardant ouverte la porte du dialogue.
Que peut-on attendre de lundi ?
Personne n’attend une percée spectaculaire à l’issue de cette rencontre. Mais plusieurs signaux seront scrutés de près :
- La position commune franco-ukrainienne sur le plan américain
- Les avancées concrètes sur les garanties de sécurité
- Le message envoyé à Moscou et à Washington
- La coordination avec les autres partenaires européens
Au-delà des communiqués officiels, c’est aussi une question de confiance qui se joue. Entre Paris et Kiev, le lien est fort, forgé dans l’épreuve. Emmanuel Macron a été l’un des premiers dirigeants à se rendre à Kiev après l’invasion. Volodymyr Zelensky sait qu’il peut compter sur la France pour défendre une paix qui ne soit pas une reddition.
Mais dans ce conflit, chaque mot compte. Chaque geste est interprété. Et derrière les dorures de l’Élysée, c’est bien l’avenir de tout un peuple qui se joue, encore une fois.
Lundi, les regards seront tournés vers Paris. Pas seulement ceux des Européens, mais ceux du monde entier. Car ce qui se décidera – ou ne se décidera pas – dans les salons de la République aura des conséquences pour des décennies.
La guerre en Ukraine n’est pas qu’un conflit régional. C’est un test pour l’ordre international. Et la France, avec cette visite, entend bien rappeler qu’elle compte peser de tout son poids pour que la paix, quand elle viendra, ne soit pas écrite sous la contrainte.









