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Macron Tend la Main au Nouveau Leader Malgache

Emmanuel Macron vient d’appeler pour la première fois le colonel Michaël Randrianirina, nouveau maître de Madagascar après le coup d’octobre. Paris propose médecins, argent et appui politique… mais dans un pays où l’exfiltration de l’ancien président par la France a profondément choqué. La lune de miel franco-malgache va-t-elle durer ?

Et si un simple coup de téléphone changeait le cours d’une nation entière ?

Samedi dernier, Emmanuel Macron a décroché son téléphone pour appeler, pour la première fois, le colonel Michaël Randrianirina, devenu président de la « Refondation de la République de Madagascar » après le coup d’État militaire d’octobre. Un échange officiellement cordial au cours duquel le président français a proposé « l’appui » de la France à la transition en cours sur la Grande Île.

Un soutien français tous azimuts

Paris ne s’est pas contenté de belles paroles. L’Élysée a détaillé une série de mesures concrètes immédiatement annoncées au nouveau dirigeant malgache.

D’abord, une aide budgétaire ciblée, notamment dédiée à la sécurité alimentaire. Ensuite, l’envoi de médecins français à Tananarive et de nouveaux financements pour lutter contre l’insécurité alimentaire qui ravage le sud du pays. Enfin, un soutien à des projets d’aménagement urbain dans la capitale.

« La France souhaite accompagner et soutenir la transition en cours, conformément aux aspirations exprimées par le peuple malgache, en particulier la jeunesse »

Communiqué de l’Élysée

Contexte : un coup d’État porté par la rue et l’armée

Pour comprendre l’importance de cet appel, il faut remonter à la mi-octobre. Le 17 octobre précisément, le colonel Michaël Randrianirina est investi président après que son unité militaire a pris le pouvoir, provoquant la fuite de l’ancien président Andry Rajoelina.

Ce renversement fait suite à un vaste mouvement de contestation démarré le 25 septembre, porté notamment par la jeunesse malgache – souvent appelée génération Gen Z – et auquel l’armée fini par se rallier.

Le nouveau président justifie l’intervention militaire par la nécessité d’« éviter l’anarchie et le désordre », affirmant avoir agi à la demande de la Haute Cour constitutionnelle.

Les promesses de la Refondation

Depuis son arrivée au pouvoir, Michaël Randrianirina multiplie les annonces destinées à rassurer la population et la communauté internationale.

  • Organisation d’une concertation nationale inclusive
  • Lancement de réformes, en particulier contre la corruption
  • Promesse d’élections dans des « délais raisonnables »
  • Association renforcée de la jeunesse et de la société civile

Des engagements salués par Emmanuel Macron lors de l’appel téléphonique, qui a expressément encouragé le nouveau dirigeant à tenir parole sur ces points.

Un ressentiment antifrançais toujours vivace

Mais derrière les sourires diplomatiques, la situation reste explosive. L’exfiltration par la France de l’ancien président Andry Rajoelina a profondément choqué une large partie de la population malgache.

Beaucoup y ont vu une ingérence de l’ancienne puissance coloniale dans les affaires intérieures du pays. Ce sentiment antifrançais, déjà ancien à Madagascar, s’est trouvé ravivé par cet épisode.

En proposant aujourd’hui un soutien massif, Paris marche donc sur des œufs : il doit convaincre que son aide est désintéressée et répond réellement aux aspirations du peuple malgache.

L’aide humanitaire comme porte d’entrée

Le choix de mettre en avant l’aide alimentaire et médicale n’est pas anodin. Le sud de Madagascar traverse depuis plusieurs années une crise alimentaire dramatique, aggravée par la sécheresse et le changement climatique.

En annonçant des financements immédiats et l’envoi de personnel médical, la France adresse un signal fort : elle est prête à agir rapidement sur les urgences vitales, là où l’image de l’ancien pouvoir était associée à l’inaction.

Vers une normalisation progressive ?

L’appel de samedi marque en tout cas une première étape dans la reconnaissance progressive du nouveau pouvoir par Paris. La semaine précédente, Emmanuel Macron avait déjà indiqué que la France était prête à accompagner la transition « dans un esprit d’ouverture ».

Au-delà des mots, les gestes concrets annoncés – argent, médecins, projets urbains – pourraient permettre de poser les bases d’une relation apaisée, à condition que la transition respecte effectivement les principes démocratiques et inclusifs promis.

Pour l’instant, le colonel-président a remercié la jeunesse d’avoir été à la pointe du mouvement et semble vouloir capitaliser sur cette légitimité populaire. Reste à voir si la France parviendra à transformer cette crise en opportunité de refonder une relation bilatérale plus équilibrée.

Une chose est sûre : dans l’océan Indien, tous les regards sont tournés vers Madagascar. Et le prochain rendez-vous téléphonique entre Paris et Tananarive n’est probablement que le début d’une longue séquence diplomatique.

À retenir : La France propose un soutien multiforme (financier, médical, urbain) à la transition malgache tout en insistant sur l’inclusion de la jeunesse et la lutte anticorruption. Un pari risqué dans un contexte de défiance historique, mais qui pourrait redessiner les relations franco-malgaches pour les années à venir.

Le feuilleton malgache est loin d’être terminé…

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