PolitiqueSociété

Macron Lance un Haut-Commissariat à la Diversité et aux Diasporas

Emmanuel Macron veut transformer les diasporas en véritable levier stratégique pour la France. Vérification des origines jusqu’aux grands-parents, personnalités prestigieuses, convention citoyenne… Ce projet ambitieux cache-t-il une nouvelle vision de l’identité française ?

Imaginez un instant que votre pays décide de recenser officiellement ses citoyens non pas seulement sur leur nationalité actuelle, mais en remontant deux générations en arrière. Une démarche qui, il y a encore quelques années, aurait paru inimaginable dans le paysage républicain français. Pourtant, en ce début d’année 2026, un projet d’une ampleur considérable est en train de se dessiner dans les couloirs du pouvoir.

Alors que la scène internationale se tend avec le retour de politiques migratoires très restrictives outre-Atlantique, la France semble choisir une voie radicalement opposée : faire de sa diversité une arme diplomatique et économique. Le projet ? Créer une structure étatique dédiée à la mobilisation des diasporas.

Un tournant stratégique pour la diplomatie française

Le contexte international a rarement été aussi déterminant. Avec l’arrivée d’une nouvelle administration américaine affichant une ligne dure sur l’immigration, de nombreux observateurs anticipaient un repositionnement français. C’est désormais chose faite, mais d’une manière inattendue.

Loin de durcir sa politique migratoire, l’exécutif actuel semble vouloir transformer ce qui était parfois perçu comme un défi intérieur en véritable atout sur la scène mondiale. La France, qui accueille sur son sol la première diaspora subsaharienne, maghrébine, musulmane et de l’océan Indien d’Europe, entend désormais capitaliser sur cette réalité démographique unique.

Les contours d’un projet ambitieux

Le dispositif envisagé prendrait la forme d’un Haut-Commissariat, voire d’un Conseil, dédié à la diversité et aux diasporas. Cette structure aurait pour mission principale de coordonner et d’amplifier l’action des Français issus de l’immigration récente, des binationaux et des ultramarins, en particulier dans le cadre des relations avec le continent africain.

Ce qui interpelle particulièrement dans ce projet, c’est la profondeur généalogique retenue pour définir l’appartenance aux diasporas : jusqu’aux grands-parents. Une personne dont les grands-parents seraient nés hors de France pourrait donc se voir reconnue comme faisant partie de ces diasporas stratégiques.

« On veut mobiliser nos diasporas encore davantage »

Extrait d’une intervention récente

Cette phrase, prononcée devant les ambassadeurs français, résume à elle seule l’ambition affichée : passer d’une gestion parfois défensive de la diversité à une véritable politique proactive d’influence.

Un atout démographique revendiqué

Les documents préparatoires insistent lourdement sur un point : la France dispose en Europe d’un avantage comparatif majeur en termes de présence de populations issues des anciennes colonies et du continent africain. Cet argument démographique n’est plus présenté comme un simple fait sociologique, mais comme un levier géopolitique à part entière.

Dans un monde où l’influence se joue aussi par les réseaux humains, les liens familiaux et les solidarités communautaires, cette approche marque une rupture nette avec la conception traditionnelle de la nation française. On passe d’une logique d’assimilation républicaine à une valorisation assumée des particularités identitaires au service de l’intérêt national.

Une composition prestigieuse mais déjà controversée

Le futur Haut-Commissariat devrait réunir une trentaine de personnalités issues de différents horizons : politique, économie, culture, sport, associations. La parité hommes-femmes serait strictement respectée.

Parmi les noms qui circulent déjà, on retrouve des figures très médiatisées du monde sportif, de la littérature, du cinéma, de la politique et de l’université. Ce casting impressionnant vise à donner une visibilité maximale à l’initiative, mais pourrait aussi alimenter les critiques de récupération politique.

  • Champions olympiques et sportifs de haut niveau
  • Écrivains et intellectuels reconnus internationalement
  • Anciens ministres aux parcours variés
  • Artistes et personnalités culturelles influentes
  • Chefs d’entreprise et économistes

Cette diversité des profils vise à incarner la richesse des parcours français issus de l’immigration, mais soulève aussi la question de la représentativité réelle des différentes communautés.

Une grande convention citoyenne à l’été 2026

Le calendrier est déjà esquissé. Après le lancement officiel du Haut-Commissariat, une grande convention citoyenne serait organisée durant l’été 2026. Celle-ci réunirait deux cents participants selon une composition mixte originale :

  1. Cent citoyens tirés au sort parmi l’ensemble de la population
  2. Cent représentants désignés des différentes diasporas concernées

Cette formule inédite vise à créer un dialogue entre l’ensemble de la société française et les populations particulièrement concernées par ce projet. L’objectif affiché est double : valoriser les apports des diasporas et tenter de contrer le sentiment de déclin qui traverse le pays.

Un projet qui cristallise les clivages identitaires

Il est impossible d’aborder ce sujet sans évoquer le contexte politique français. Depuis plusieurs années, le débat sur l’identité nationale est largement investi par les partis situés à la droite de l’échiquier politique. La création d’un tel Haut-Commissariat risque d’amplifier encore ces tensions.

D’un côté, les partisans y verront une reconnaissance enfin assumée de la diversité française et un moyen intelligent de renforcer la présence française à l’international. De l’autre, les opposants dénonceront une communautarisation de l’État et une remise en cause du modèle républicain universaliste.

Le choix même du critère des grands-parents pose question. Pourquoi s’arrêter à cette génération ? Pourquoi ne pas remonter plus loin, ou au contraire se limiter aux parents ? Ce seuil généalogique précis révèle une volonté de définir un périmètre suffisamment large pour inclure un maximum de personnes, tout en évitant une définition trop extensive.

Une réponse à la perte d’influence en Afrique ?

Le timing du projet n’est pas anodin. Il intervient à l’approche d’un grand sommet dédié aux relations entre la France et le continent africain. Dans un contexte où plusieurs pays africains réévaluent leurs partenariats traditionnels, la France cherche de nouvelles modalités d’influence.

Les diasporas pourraient devenir les nouveaux ambassadeurs économiques, culturels et politiques de la France. Les binationaux occupant des positions influentes dans les administrations, les entreprises ou la société civile africaine seraient particulièrement courtisés.

Cette approche soft power par les réseaux humains contraste fortement avec les méthodes plus traditionnelles de coopération bilatérale ou multilatérale. Elle marque une forme de reconnaissance que l’influence se joue aussi, et peut-être surtout, dans les relations personnelles et communautaires.

Les questions que pose ce projet

Au-delà des intentions affichées, plusieurs interrogations demeurent. Comment définir précisément les contours des diasporas concernées ? Quel niveau de vérification des origines familiales sera exigé ? Qui aura accès aux données recueillies et dans quel cadre légal ?

Le projet soulève également la question de l’égalité républicaine : créer une institution spécifiquement dédiée à certaines catégories de citoyens ne risque-t-il pas de créer une forme de distinction institutionnelle ?

Enfin, comment éviter que cette initiative ne soit perçue comme une instrumentalisation des populations issues de l’immigration au service d’objectifs de politique étrangère ?

Vers une redéfinition de l’identité française ?

En filigrane de ce projet se dessine une évolution profonde de la conception même de l’identité nationale française. Longtemps construite sur le refus affiché des catégories ethno-raciales, la République semble prête à reconnaître l’existence et l’utilité stratégique de ces catégories.

Cette inflexion pourrait marquer un tournant historique comparable à celui des années 1980 avec la reconnaissance progressive du fait immigré, ou à celui des années 2000 avec la création du Conseil français du culte musulman.

La différence majeure réside dans l’objectif : il ne s’agit plus seulement de gérer la diversité à l’intérieur des frontières, mais de la projeter comme un atout à l’extérieur. La diversité n’est plus seulement un défi à relever, mais une ressource à mobiliser.

Quel avenir pour ce Haut-Commissariat ?

Le chemin reste long avant que ce projet ne devienne réalité. Il devra passer par plusieurs étapes : validation politique, création juridique, recrutement des personnalités, mise en place administrative, organisation de la convention citoyenne.

Chaque étape sera l’occasion de débats, de polémiques, mais aussi peut-être de clarifications et d’ajustements. Le projet pourrait évoluer considérablement d’ici sa mise en œuvre effective.

Ce qui est certain, c’est que l’idée même d’un Haut-Commissariat à la diversité marque une rupture dans la manière dont l’État français appréhende sa population et son rôle dans le monde. Rupture qui pourrait s’avérer durable, quels que soient les soubresauts politiques à venir.

En ces temps d’incertitude géopolitique, alors que se redessinent les rapports de force mondiaux, la France semble avoir choisi de faire de sa diversité non plus un sujet de crispation interne, mais un instrument d’influence externe. Pari audacieux ou véritable révolution copernicienne de la politique française ? L’avenir nous le dira.

Ce qui est sûr, c’est que les prochains mois seront riches en débats sur ce que signifie être français en 2026 et dans les années à venir. Un débat qui dépasse largement les clivages partisans habituels pour toucher aux questions les plus profondes de notre vivre-ensemble et de notre place dans le monde.

À suivre donc, avec la plus grande attention.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.