Imaginez une grande ville française où les forces de l’ordre déclarent publiquement qu’elles ne peuvent plus garantir la sécurité des habitants. Une ville où les règlements de comptes se multiplient, où la torture réapparaît dans les guerres de territoire, où même les jeunes étudiants deviennent victimes collatérales de balles perdues. Cette ville, c’est Lyon en ce début d’année 2026.
Pour la première fois peut-être, un syndicat policier de premier plan franchit une étape symbolique forte : il appelle directement les citoyens à descendre dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol. Le message est clair, presque désespéré : « Nous sommes à bout, nous ne pouvons plus assurer seuls votre protection. »
Quand la police dit « stop » : un cri d’alarme sans précédent
Le syndicat Alliance Police Nationale a publié un communiqué qui résonne comme un véritable électrochoc dans le paysage sécuritaire français. Selon ses responsables, le pays tout entier « s’enfonce dans l’insécurité », mais certaines métropoles concentrent aujourd’hui les phénomènes les plus graves.
Et parmi elles, Lyon et sa métropole occupent une place particulièrement inquiétante. Les chiffres avancés sont glaçants : en 2025, le nombre de violences criminelles graves (homicides et tentatives réunis) aurait dépassé de 15 % celui enregistré dans la cité phocéenne, pourtant régulièrement présentée comme la plus dangereuse de France.
De la narcocriminalité classique au narco-terrorisme
Le secrétaire départemental du syndicat dans le Rhône ne mâche pas ses mots. Pour lui, la métropole lyonnaise a franchi un cap qualitatif terrifiant : on ne parle plus simplement de narcotrafic, mais bel et bien de narco-terrorisme.
Les faits évoqués font froid dans le dos : mutilations, séances de torture, exécutions publiques destinées à marquer les esprits et à asseoir une domination territoriale. Ces pratiques, autrefois cantonnées à certains pays d’Amérique latine, s’installent durablement dans certains quartiers de l’agglomération.
« Nous ne sommes plus dans du narcotrafic classique, mais dans du narco-terrorisme. »
Cette évolution qualitative s’accompagne d’une explosion quantitative des faits de violence. Les vols avec violence se multiplient, souvent avec une extrême brutalité, et touchent désormais toutes les catégories de population, y compris dans les secteurs autrefois considérés comme tranquilles.
Une ultra-violence qui s’invite au quotidien
L’expression « ultra-violence du quotidien » revient fréquemment dans les constats dressés par les représentants syndicaux. Elle désigne cette violence gratuite ou presque, qui ne vise plus uniquement les rivaux du trafic, mais qui déborde largement sur la population lambda.
Les exemples ne manquent pas : agressions au couteau en plein jour, rackets particulièrement violents dans les transports en commun, caillassages de véhicules de secours, intimidations de témoins… Autant de faits qui contribuent à installer un climat de peur diffuse dans plusieurs quartiers.
Les chiffres qui interpellent
Selon les données communiquées par les syndicats policiers, environ 60 % des vols aggravés commis dans la métropole seraient le fait d’individus étrangers en situation irrégulière, dont une partie importante fait l’objet d’obligations de quitter le territoire français (OQTF) jamais exécutées.
Bien entendu, ces statistiques doivent être prises avec précaution, mais elles reflètent un sentiment largement partagé au sein des forces de l’ordre : l’absence d’exécution effective des mesures d’éloignement contribue à maintenir sur le territoire des individus déjà connus pour des faits graves.
Les policiers au bord de la rupture
Derrière les constats alarmants sur l’insécurité, se cache une réalité tout aussi préoccupante : l’état psychologique et physique des fonctionnaires de police eux-mêmes.
Les témoignages convergent : épuisement professionnel massif, burn-out à répétition, sentiment d’abandon par la hiérarchie et par les pouvoirs publics. Beaucoup avouent avoir peur pour leur sécurité personnelle et celle de leur famille.
À cela s’ajoute un sentiment d’impuissance grandissant : les policiers interpellent, mettent en garde à vue, mais constatent souvent que les individus dangereux ressortent très rapidement, parfois le jour même.
« Nous agissons au péril de notre vie, sans moyens suffisants et sans réelle protection juridique. »
Cette accumulation de difficultés explique sans doute la décision, rare, d’appeler directement la population à se mobiliser aux côtés des forces de l’ordre.
Le 31 janvier 2026 : une date à retenir
Le syndicat a fixé au samedi 31 janvier 2026 le jour d’une mobilisation nationale. Vingt-quatre grandes villes sont concernées, dont trois en Auvergne-Rhône-Alpes : Clermont-Ferrand, Grenoble et donc Lyon.
Dans la capitale des Gaules, le rendez-vous est donné à 11 heures place Maréchal-Lyautey. L’objectif affiché est d’envoyer « un message fort et clair » au gouvernement sur le décalage entre les discours sécuritaires et les moyens réellement déployés sur le terrain.
Justice et police : même combat, même désarroi
Le syndicat ne se contente pas de pointer les manques au sein de la police nationale. Il estime que le parquet de Lyon rencontre exactement les mêmes difficultés : manque cruel d’effectifs, dossiers qui s’empilent, délais de traitement interminables.
Cette situation crée un véritable cercle vicieux : les enquêtes prennent trop de temps, les procédures s’éternisent, la réponse pénale arrive souvent trop tard, ce qui renforce le sentiment d’impunité chez les délinquants les plus aguerris.
Vers un embrasement généralisé ?
La crainte la plus exprimée par les responsables syndicaux est celle de nouveaux drames majeurs. Ils parlent sans détour de « Franck Labois à répétition » – en référence à ces affaires où des innocents paient le prix fort des guerres entre trafiquants.
Les victimes collatérales se multiplient déjà : étudiants touchés par des balles perdues, passants agressés lors de règlements de comptes, riverains terrorisés par les scènes de violence filmées et diffusées sur les réseaux sociaux.
Une société qui bascule dans la peur
L’enjeu dépasse largement la question des effectifs ou des moyens matériels. C’est toute une société qui risque de basculer dans un climat de peur généralisée, où chacun se barricade chez soi, évite certains quartiers, renonce à sortir le soir.
Ce renoncement à l’espace public est sans doute l’un des indicateurs les plus inquiétants d’une dégradation profonde du pacte républicain.
Et maintenant ?
La mobilisation du 31 janvier sera-t-elle suivie ? Permettra-t-elle d’obtenir des moyens supplémentaires, une meilleure exécution des OQTF, une réponse pénale plus ferme et plus rapide ?
Ou restera-t-elle lettre morte, comme tant d’autres alertes lancées ces dernières années ?
Une chose est sûre : quand les gardiens de la paix eux-mêmes appellent à l’aide, c’est que le système a atteint un point de rupture. Lyon, ville lumière, risque de devenir le symbole d’une France qui, sur le terrain de la sécurité, ne parvient plus à tenir ses promesses fondamentales.
Le 31 janvier 2026, la place Maréchal-Lyautey pourrait devenir le théâtre d’un rendez-vous historique. Rendez-vous citoyen, rendez-vous avec la réalité, rendez-vous avec l’avenir de notre modèle social.
Reste à savoir si ce cri d’alarme sera enfin entendu… ou s’il restera, une fois de plus, lettre morte dans le vacarme ambiant.
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