La ville de Los Angeles vient de franchir un pas décisif dans sa volonté d’affirmer son statut de ville sanctuaire pour les immigrés. Mercredi 4 décembre, le conseil municipal a adopté à l’unanimité un texte entérinant officiellement cette position, alors même que le président élu Donald Trump a promis des expulsions massives de migrants en situation irrégulière dès son entrée en fonction.
Une décision symbolique forte à l’aube de l’ère Trump
L’adoption de ce texte intervient dans un contexte de vives tensions sur la question migratoire aux États-Unis. Le futur locataire de la Maison Blanche, qui doit prendre ses fonctions le 20 janvier, a fait de la lutte contre l’immigration clandestine un des fers de lance de sa campagne. Et il a déjà nommé à des postes clés des partisans d’une ligne dure en la matière.
Face à ces menaces, les États démocrates, Californie en tête, commencent à se mobiliser pour protéger leurs importantes communautés d’immigrés. Los Angeles, avec ses près de 4 millions d’habitants dont une large part issue de l’immigration, est en première ligne. Comme l’expliquait en novembre un conseiller municipal :
Nous avons été une ville pro immigration depuis nombre d’années. Nous savons que nous avons une cible dans le dos avec ce président élu, et ce que nous faisons ici c’est renforcer nos défenses.
Une ville sanctuaire, qu’est-ce que ça signifie concrètement ?
Le texte adopté mercredi vise à empêcher que les ressources financières ou humaines de la ville soient utilisées pour appliquer les lois fédérales sur l’immigration. En clair, la police locale n’apportera aucune aide aux agents fédéraux de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) pour identifier, arrêter ou expulser des sans-papiers. Les écoles et hôpitaux publics pourront continuer à fournir leurs services à tous, sans distinction de statut migratoire.
Los Angeles rejoint ainsi des dizaines d’autres « sanctuary cities » à travers les États-Unis, de New York à Chicago en passant par San Francisco ou Seattle. Un statut qui suscite la colère des partisans d’une ligne dure. Au sein même du conseil municipal de LA, les élus républicains ont vivement critiqué cette décision :
Les soi-disant villes et États refuge, ça sonne chaleureux et douillet, mais les protections qu’ils offrent ne s’adressent pas à des (grands-mères) achetant de la crème glacée: elles concernent des gens qui sont entrés dans le pays illégalement et ont ensuite commis d’autres crimes.
Los Angeles, creuset multiculturel et bastion progressiste
Mais à Los Angeles, ville monde où se mêlent plus de 220 nationalités et où 60% des habitants ont au moins un parent né à l’étranger, la priorité est clairement à la protection de cette diversité. D’après des sources municipales, près d’un million d’immigrés en situation irrégulière vivraient dans l’agglomération.
Le vote du conseil municipal est donc un message sans équivoque envoyé à la future administration Trump. La « Cité des anges », comme on la surnomme, ne compte pas renier son identité de terre d’accueil. Et elle pourra compter sur le soutien de l’État californien, bastion démocrate qui s’était déjà illustré par son opposition aux politiques de Donald Trump lors de son premier mandat.
Avec ses 39 millions d’habitants, la Californie pèse lourd. C’est aussi la 5ème économie mondiale, le berceau de la high-tech et un leader sur les questions environnementales. Autant d’atouts dans son bras de fer annoncé avec le futur président républicain et ses velléités anti-immigration.
Quels impacts possibles de cette décision ?
À court terme, le texte adopté par le conseil municipal de Los Angeles a surtout une portée symbolique. Mais il pourrait avoir des conséquences concrètes si l’administration Trump met ses menaces à exécution. Le milliardaire a notamment évoqué la possibilité de couper les subventions fédérales aux villes récalcitrantes.
Los Angeles reçoit chaque année des centaines de millions de dollars de Washington pour ses écoles, ses logements sociaux, ses transports… Autant de financements qui pourraient être mis en danger. Mais la ville semble prête à prendre le risque, comme l’a déclaré le maire Eric Garcetti après le vote :
Nous ferons toujours respecter la loi et combattre le crime, mais nous ne le ferons pas en nous en prenant aux familles d’immigrés, en les séparant et en semant la peur. C’est la ligne de conduite que nous avons choisie en tant que ville. Et nous la défendrons.
Au-delà, ce bras de fer entre Los Angeles et Washington illustre les profondes fractures qui divisent la société américaine sur la question migratoire. Et il annonce une bataille juridique et politique sur l’immigration qui risque de marquer toute la présidence Trump. Los Angeles a choisi son camp, et compte bien ne pas rester les bras croisés face à la politique du futur homme fort de la Maison Blanche.