Un tournant majeur vient de s’opérer au Mali, marquant un nouveau chapitre dans l’histoire mouvementée du pays. Ce vendredi, l’ONU a officiellement remis aux autorités maliennes le dernier camp de son ancienne mission de Casques bleus, la Minusma. Cette rétrocession symbolique soulève de nombreuses questions quant à l’avenir sécuritaire et la stabilité de cette nation ouest-africaine, en proie depuis des années au jihadisme et aux rébellions indépendantistes.
La fin d’une ère pour la Minusma
Déployée en 2013 pour tenter d’endiguer les menaces qui pesaient sur le Mali, la Minusma a vu son mandat s’achever fin 2023, sous la pression de la junte militaire au pouvoir. Le camp de 37 hectares qui abritait son quartier général et sa principale base opérationnelle était le dernier vestige de cette mission onusienne d’envergure. Lors de la cérémonie de rétrocession, le secrétaire général adjoint de l’ONU, Atul Khare, a souligné le « rôle crucial » joué par ce camp dans la réalisation des objectifs de la Minusma.
Un bilan en demi-teinte
Cependant, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, n’a pas manqué de rappeler les griefs de la junte envers la mission. Selon lui, la Minusma n’a pas été « en capacité de répondre aux attentes pressantes, existentielles des Maliennes et des Maliens ». Il a également accusé la mission de favoriser « l’instrumentalisation par certaines puissances des questions des droits de l’Homme à des fins politiques et de déstabilisation ». Des rapports épinglant les exactions de l’armée qui irritaient au plus haut point le pouvoir en place.
Un lourd tribut humain
Malgré ces critiques, il convient de rappeler l’engagement des quelque 15 000 soldats et policiers de la Minusma, venus des quatre coins du monde pour tenter de stabiliser le Mali. Leur mission de protection des civils et de défense des droits humains s’est avérée périlleuse. Plus de 180 Casques bleus y ont laissé la vie, principalement dans des attaques attribuées aux groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, faisant de la Minusma l’une des missions onusiennes les plus meurtrières de ces dernières années.
Une transition délicate
Le départ des Casques bleus soulève de nombreuses incertitudes quant à la capacité des autorités maliennes à assurer seules la sécurité du territoire. Le camp rétrocédé par l’ONU est certes doté d’infrastructures modernes, allant de routes asphaltées à une clinique médicale de pointe. Mais la tâche qui attend désormais l’armée nationale est immense, sur fond de persistance de la menace jihadiste et de tensions avec les groupes rebelles. Certains experts craignent un vide sécuritaire dont pourraient profiter les groupes armés.
Quel avenir pour le Mali ?
Si le gouvernement de transition s’est engagé à poursuivre la lutte antiterroriste et à œuvrer pour la stabilisation du pays, beaucoup s’interrogent sur sa stratégie et ses moyens pour y parvenir. Le retrait de la Minusma marque indéniablement un tournant, mais l’ampleur de ses répercussions reste à déterminer. Une source proche du dossier confie : « Le Mali est à la croisée des chemins. Les mois à venir seront décisifs pour voir si les autorités parviennent à combler le vide laissé par l’ONU et à endiguer durablement les défis sécuritaires. »
Une chose est sûre, la communauté internationale gardera un œil attentif sur l’évolution de la situation au Mali. Car de la stabilité de ce pays dépend en grande partie celle de toute la région sahélienne, elle-même confrontée à la recrudescence des périls jihadistes et à la fragilité des États. Le retrait des Casques bleus est peut-être la fin d’un chapitre, mais l’histoire du Mali, elle, est loin d’être terminée. Les prochaines pages restent à écrire, et le monde entier en sera le témoin attentif et concerné.