La Corée du Sud traverse une crise politique et économique sans précédent suite à la décision choc du président Yoon Suk Yeol de proclamer la loi martiale dans le pays. Cette annonce, immédiatement invalidée par l’Assemblée nationale à majorité d’opposition, a fait plonger le won qui a perdu 1,55% face au dollar américain en une seule journée, atteignant son plus bas niveau depuis octobre 2022.
Le président accuse les « forces communistes nord-coréennes »
Dans une allocution aux accents guerriers, le président conservateur Yoon Suk Yeol a justifié sa décision en accusant les « forces communistes nord-coréennes » et les « éléments hostiles à l’Etat » de menacer la sécurité du pays. Visant directement l’opposition, en particulier le Parti démocratique (DPK) majoritaire à l’Assemblée, il lui reproche de « paralyser le gouvernement » par de multiples procédures de destitution à son encontre et de membres de son cabinet.
Le chef de l’Etat est en effet confronté à une vague de contestation liée notamment à des soupçons de corruption et de manipulation boursière visant son épouse Kim Keon Hee. L’opposition réclame la nomination d’un procureur spécial indépendant pour enquêter sur cette affaire qui mine la crédibilité de la présidence.
L’armée ferme le Parlement, les députés bravent l’interdiction
Malgré le blocage du bâtiment de l’Assemblée nationale par l’armée suite à la proclamation de la loi martiale, près de 200 députés sur 300 sont parvenus à siéger pour voter à l’unanimité son invalidation, comme le permet la Constitution. Mais le ministère de la Défense a aussitôt fait savoir que la mesure restait en vigueur et ne pouvait être abrogée que par le président, plongeant le pays dans une crise institutionnelle inédite.
Le won sud-coréen en chute libre
Sur le plan économique, le won a immédiatement dévissé suite à ces développements, alors qu’il était déjà affaibli par un assouplissement monétaire de la banque centrale (BOK) pour tenter de relancer une économie en berne. Pour Marc Chandler, de Bannockburn Global Forex :
Le won était déjà la devise la plus fragile d’Asie avant même la proclamation de la loi martiale. La situation est encore incertaine, la monnaie devrait rester sous pression.
L’opposition et de nombreux experts dénoncent la dérive autoritaire du président Yoon et appellent à un retour rapide à un fonctionnement normal des institutions. Des manifestations anti-loi martiale se multiplient dans le pays malgré les restrictions. Beaucoup craignent une aggravation de la crise et un impact durable sur l’économie et l’image internationale de la Corée du Sud si la situation venait à perdurer.
Aggravation des tensions avec la Corée du Nord
La crise politique interne intervient dans un contexte de vives tensions avec la Corée du Nord voisine, qui multiplie les essais de missiles balistiques et menace de réaliser un 7e essai nucléaire. Pyongyang a dénoncé la loi martiale au Sud comme une « provocation gravissime » et menace d’une riposte militaire.
Pour tenter d’apaiser la situation, le gouvernement sud-coréen a proposé un dialogue à l’opposition et dit étudier une levée progressive de la loi martiale. Mais le président Yoon Suk Yeol apparaît très affaibli par cette crise qu’il a lui-même déclenchée et dont l’issue reste incertaine. L’avenir politique et économique de la Corée du Sud n’a rarement semblé aussi incertain et fragile.