Imaginez un instant : vous terminez onzième d’un tournoi à plusieurs millions de dollars, vous avez joué quatre jours exceptionnels, mais votre performance ne compte quasiment pour rien dans la course au trône mondial du golf. Pendant des années, c’est exactement la réalité qu’ont vécue les joueurs du circuit LIV Golf. Ce mardi 4 février 2026, tout change… ou presque.
Après un bras de fer de plusieurs années, le circuit financé par l’Arabie saoudite vient de franchir une étape symbolique majeure : l’instance officielle du classement mondial (OWGR) accepte enfin d’attribuer des points, mais avec une restriction qui fait déjà débat.
Une reconnaissance attendue depuis 2022
Depuis son lancement fracassant en 2022, le LIV Golf cherche à obtenir la légitimité sportive que seul le classement mondial peut apporter. Sans ces points, impossible pour ses membres de prétendre réellement aux plus grands titres individuels ou de figurer parmi l’élite planétaire reconnue par tous.
Le passage récent à un format de 72 trous (annoncé fin 2025) constituait déjà une avancée significative pour répondre aux critiques récurrentes sur la nature « exhibition » du circuit. Aujourd’hui, c’est une nouvelle porte qui s’entrouvre.
Seuls les dix premiers compteront
L’annonce est claire : seuls les joueurs terminant dans le top 10 de chaque événement LIV se verront attribuer des points pour le classement mondial officiel. Au-delà de la dixième place, zéro point, même en cas de performance solide sur quatre tours.
Cette limitation drastique vise, selon l’instance dirigeante, à répondre à plusieurs particularités du circuit saoudien : nombre restreint de participants (54 joueurs), absence de cut, système de points interne très différent et grille de prix garantie indépendamment du résultat.
« L’objectif était de trouver un moyen équitable d’intégrer les meilleurs joueurs masculins du monde, y compris les plus performants du LIV Golf, tout en tenant compte des critères que le circuit ne remplit pas encore pleinement. »
Cette phrase résume parfaitement la position prudente adoptée : on reconnaît le niveau, mais on ne l’intègre pas totalement… pour l’instant.
Une demi-victoire aux yeux du LIV Golf
Du côté des organisateurs, on salue évidemment cette première reconnaissance officielle. C’est une brèche dans le mur érigé depuis quatre ans par les instances traditionnelles. Pourtant, la satisfaction reste mesurée.
Le communiqué officiel ne cache pas une certaine déception face à cette formule jugée « sans précédent » et « disproportionnée ». En clair : un joueur classé 11e est traité exactement comme celui qui finit 54e. Une aberration pour un circuit qui met en avant la régularité et la compétitivité sur l’ensemble des quatre jours.
Les talents émergents et les joueurs capables de performances constantes mais rarement victorieuses se retrouvent particulièrement pénalisés par cette règle.
Contexte : le départ de deux poids lourds
L’actualité récente n’aide pas à voir cette annonce sous un jour totalement positif. Deux des figures les plus emblématiques du circuit ont quitté le navire ces dernières semaines : l’un après des résultats en dents de scie, l’autre laissant planer le doute sur son avenir à moyen terme.
Ces départs de stars soulignent la fragilité relative du projet malgré les moyens colossaux engagés. Obtenir des points mondiaux devient donc encore plus stratégique pour conserver l’attractivité auprès des joueurs et du public.
Quels impacts concrets pour les joueurs ?
Pour les membres du top 10 régulier, cette décision représente une opportunité réelle de remonter au classement mondial. Un podium ou une victoire sur le LIV Golf pourrait désormais propulser un joueur bien plus haut qu’auparavant dans la hiérarchie planétaire.
- Accès potentiellement facilité aux Majeurs (sous conditions)
- Meilleure visibilité auprès des sponsors traditionnels
- Arguments supplémentaires lors des négociations de contrats
- Possibilité de figurer dans les listes des meilleurs mondiaux sans « astérisque »
Mais pour tous ceux qui naviguent entre la 11e et la 30e place, la frustration risque d’être immense. Terminer à quelques coups des dix premiers sans en récolter le moindre bénéfice au classement mondial pourrait pousser certains à reconsidérer leur engagement à long terme.
Vers une intégration plus complète à moyen terme ?
La question que tout le monde se pose désormais : cette attribution partielle n’est-elle qu’une première étape avant une reconnaissance totale ?
Plusieurs éléments laissent penser que le dialogue se poursuit en coulisses. Le passage à 72 trous avait déjà été perçu comme un geste d’apaisement. L’intégration progressive des points pourrait suivre le même schéma : petits pas successifs plutôt qu’une acceptation brutale.
Les prochains mois seront déterminants. Si les meilleurs joueurs du LIV continuent d’afficher un niveau comparable à celui des circuits traditionnels lorsqu’ils participent aux grands rendez-vous internationaux, la pression montera pour une révision de la formule actuelle.
Le classement mondial face à son plus grand défi depuis 30 ans
Depuis sa création en 1986, l’OWGR a rarement connu une telle crise de légitimité. Intégrer ou non un circuit aussi riche et controversé pose des questions fondamentales sur ce que doit représenter un classement mondial « officiel ».
Doit-il refléter uniquement les circuits historiques ou doit-il intégrer toutes les performances de très haut niveau, quel que soit le cadre ? La réponse apportée aujourd’hui reste hybride et insatisfaisante pour beaucoup d’observateurs.
Et les Français dans tout ça ?
Plusieurs Tricolores ont rejoint le circuit ces derniers mois, attirés par les perspectives financières et sportives. Le premier d’entre eux a même marqué les esprits par sa combativité dès ses débuts.
Cette attribution partielle de points pourrait les aider à rester compétitifs au classement mondial tout en continuant l’aventure saoudienne. Une bonne nouvelle pour ceux qui réalisent régulièrement des top 10.
Un golf mondial à la croisée des chemins
Le paysage du golf professionnel n’a jamais été aussi fracturé. D’un côté un circuit historique riche en tradition mais critiqué pour sa rigidité, de l’autre un challenger ultramoderne dopé aux pétrodollars et capable d’attirer les plus grands noms.
Aujourd’hui, les deux mondes se rapprochent timidement. Cette attribution partielle de points constitue peut-être le premier vrai pont entre deux univers qui s’ignoraient superbement depuis 2022.
Reste à savoir si ce pont tiendra le choc des prochaines tempêtes ou s’il s’effondrera sous le poids des egos, des dollars et des principes. Une chose est sûre : le golf de très haut niveau ne sera plus jamais tout à fait le même après cette décision du 4 février 2026.
À suivre de très près dans les mois qui viennent, notamment lors des grands rendez-vous majeurs où les joueurs des différents circuits se retrouvent enfin face à face. Les performances réalisées là-bas pourraient bien accélérer – ou au contraire freiner – le processus d’intégration complète du LIV Golf dans le grand livre du golf mondial.
Le match ne fait que commencer.
Points clés à retenir
- Attribution partielle de points OWGR confirmée pour le LIV Golf
- Seuls les 10 premiers de chaque tournoi sont concernés
- 11e place = 0 point, même performance que la 54e
- Première reconnaissance officielle depuis la création en 2022
- Passage préalable à 72 trous en 2025 comme condition sine qua non
- Départs récents de deux grandes figures du circuit
- Frustration affichée face à une formule jugée déséquilibrée
Le monde du golf continue donc d’évoluer à grande vitesse. Entre tradition et révolution, entre argent et mérite sportif, entre unité et fracture : le prochain chapitre s’annonce passionnant.
Et vous, que pensez-vous de cette décision ? Une avancée logique ou une concession insuffisante ?









