Imaginez un match tendu, à quelques minutes de la fin, votre équipe mène d’un but et subit une contre-attaque. L’arbitre sort un deuxième carton jaune pour un joueur adverse… mais vous êtes persuadé qu’il s’est trompé de joueur. Aujourd’hui, cette injustice reste souvent irréparable. Demain, cela pourrait changer radicalement. L’instance qui décide des lois du jeu dans le football mondial vient d’envoyer un signal fort : le VAR pourrait bientôt intervenir sur bien plus de situations qu’aujourd’hui.
Vers un VAR plus large : l’annonce qui secoue le monde du football
Chaque année, l’instance internationale qui régit les lois du jeu (IFAB) tient une grande réunion pour faire le point sur l’évolution du football. Lors de la session la plus récente, plusieurs pistes ont été évoquées pour améliorer l’équité et la fluidité des rencontres. Parmi elles, trois propositions majeures concernent directement le fameux arbitrage vidéo, plus connu sous le nom de VAR.
Le constat est simple : malgré son introduction en 2018, le VAR reste limité à quatre types d’erreurs « claires et évidentes » : but / pas de but, penalty / pas de penalty, carton rouge direct, erreur d’identité. Mais de nombreuses situations litigieuses échappent encore à toute correction. C’est précisément sur ces zones grises que l’instance souhaite agir.
Les deuxièmes cartons jaunes enfin corrigibles ?
La situation la plus attendue par les supporters concerne les exclusions pour deux cartons jaunes. Actuellement, même si l’arbitre se trompe manifestement de joueur ou attribue le carton à la mauvaise équipe, le VAR ne peut pas intervenir. Cette limitation a provoqué des injustices retentissantes ces dernières années.
Désormais, l’IFAB semble prête à autoriser une intervention lorsque des preuves claires et irréfutables montrent que le deuxième avertissement a été donné à tort. Cela pourrait concerner :
- Une confusion sur l’identité du joueur sanctionné
- Un carton jaune donné à la mauvaise équipe après une faute
- Un deuxième avertissement manifestement injustifié sur le plan factuel
Cette évolution serait une petite révolution. Pour la première fois, le VAR sortirait de son cadre ultra-restreint pour protéger l’équité disciplinaire en fin de match, là où chaque décision pèse lourd.
« Il est temps de donner aux arbitres les outils nécessaires pour corriger les erreurs manifestes qui changent le cours d’une rencontre, même en dehors des quatre cas historiques. »
(Extrait des conclusions provisoires de la réunion annuelle)
Bien sûr, des garde-fous seraient mis en place : l’intervention ne serait possible que sur des preuves « claires et évidentes », et uniquement si la décision a déjà été prise sur le terrain.
Les corners mal attribués dans le viseur
Autre sujet qui fâche régulièrement dans les tribunes : le corner accordé à la mauvaise équipe. Qui n’a jamais hurlé devant sa télévision en voyant un ballon sortir après avoir été touché par un défenseur, alors que l’arbitre indique corner pour l’attaquant ?
L’IFAB propose de permettre au VAR de corriger ce type d’erreur, mais sous conditions très strictes :
- La vérification doit être immédiate
- Elle ne doit pas retarder la reprise du jeu
- L’erreur doit être manifeste et incontestable
En pratique, cela signifie que le VAR ne sifflerait que dans les toutes premières secondes suivant l’attribution du corner. Si le ballon est déjà en jeu ou si trop de temps s’est écoulé, pas d’intervention possible. L’objectif reste de préserver le rythme du match.
Cette mesure pourrait sembler anodine, mais elle répond à une frustration ancienne. Dans un sport où un corner peut valoir un but décisif, corriger une erreur aussi basique renforcerait considérablement la crédibilité des décisions arbitrales.
Les caméras corporelles sur les arbitres : un futur proche ?
Moins médiatisée mais tout aussi intéressante, l’IFAB s’est dite favorable au développement et à l’expérimentation des caméras portées par les arbitres (bodycams). Plusieurs championnats ont déjà testé ce dispositif ces dernières saisons.
Les avantages potentiels sont nombreux :
- Meilleure compréhension des décisions prises sur le terrain
- Preuves supplémentaires en cas de réclamation grave
- Dissuasion contre les comportements agressifs envers les officiels
- Support pédagogique pour la formation des arbitres
La technologie existe déjà. Reste à définir le cadre légal, la conservation des images, le droit à l’image des joueurs et le moment où ces vidéos pourraient être rendues publiques. L’instance semble vouloir accélérer les tests grandeur nature dans les prochains mois.
Un calendrier précis pour ces changements
La réunion de travail n’était qu’une étape. Les propositions doivent maintenant être entérinées lors de l’assemblée générale annuelle prévue fin février. Si elles sont votées, elles pourraient entrer en vigueur dès la saison suivante, voire faire l’objet de tests dès la fin de l’exercice en cours dans certaines compétitions.
Plusieurs championnats influents ont déjà fait savoir qu’ils étaient prêts à expérimenter rapidement ces nouveautés. L’enjeu est majeur : réussir à élargir le champ d’action du VAR sans transformer chaque match en longue séquence de vérifications.
Les avantages attendus de ces évolutions
Les partisans de ces changements avancent plusieurs arguments solides :
- Réduction des injustices manifestes
- Meilleure protection des joueurs sanctionnés à tort
- Renforcement de la confiance envers l’arbitrage
- Diminution des polémiques post-match sur des erreurs factuelles simples
- Évolution logique d’un outil déjà adopté mondialement
En somme, il s’agirait d’aller au bout de la logique qui a présidé à la création du VAR : corriger les erreurs qui ont un impact majeur sur le résultat final d’une rencontre.
Les craintes et les risques d’un VAR encore plus présent
Tous les acteurs du football ne sont pas aussi enthousiastes. Plusieurs voix s’élèvent pour mettre en garde contre les dangers d’un arbitrage vidéo trop interventionniste.
Parmi les principaux reproches :
- Risque de casser le rythme des matches
- Subjectivité persistante dans l’appréciation du « clair et évident »
- Augmentation du nombre de vérifications inutiles
- Perte de spontanéité et d’émotion brute
- Complexification supplémentaire pour les arbitres de terrain
Ces craintes ne sont pas nouvelles. Elles accompagnent le VAR depuis ses débuts. La clé résidera dans le dosage : savoir élargir sans envahir.
Comment ces changements pourraient impacter les grandes compétitions
Si les propositions sont adoptées, plusieurs compétitions majeures pourraient être concernées dès la prochaine saison :
- Championnats européens majeurs
- Ligue des Champions et Ligue Europa
- Grandes compétitions internationales (Coupe du Monde, Euro, Copa America…)
- Championnats sud-américains et asiatiques influents
Chaque instance organisatrice devra ensuite décider si elle adopte l’ensemble des mesures ou seulement une partie. On peut imaginer une phase de transition avec des expérimentations dans certaines divisions inférieures avant une généralisation.
Le futur de l’arbitrage : entre technologie et humain
Ces annonces interviennent à un moment charnière pour l’arbitrage mondial. D’un côté, la pression populaire et médiatique pour plus de justice n’a jamais été aussi forte. De l’autre, la nécessité de préserver l’âme du jeu, sa fluidité, ses émotions brutes.
La technologie continue d’avancer à grands pas : caméras à 360°, intelligence artificielle pour le hors-jeu semi-automatique, tracking des joueurs en temps réel… L’IFAB doit trouver le juste milieu entre innovation et tradition.
Ce qui est certain, c’est que le football de 2026 et des années suivantes ressemblera de moins en moins à celui des années 2010. Le VAR, outil décrié par certains, encensé par d’autres, est en train de s’installer durablement comme un pilier de l’arbitrage moderne.
Reste une question essentielle : jusqu’où ira-t-on dans l’intervention technologique ? La frontière entre aide à l’arbitrage et arbitrage à distance est ténue. Les prochains mois seront déterminants pour dessiner les contours du football de demain.
Une chose est sûre : les débats autour du VAR ne sont pas près de s’éteindre. Et c’est peut-être tant mieux. Car tant qu’on discute de ces questions, c’est que le football reste vivant, passionné, et profondément humain.
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