D’après des sources proches, Narges Mohammadi, éminente militante iranienne des droits humains et Prix Nobel de la paix 2023, vient d’être temporairement libérée de prison pour raisons médicales. Âgée de 52 ans, Mme Mohammadi purge depuis novembre 2021 une peine dans le quartier des femmes de la prison d’Evine à Téhéran, en raison de son engagement de longue date contre le port obligatoire du voile et la peine de mort en Iran.
Cette libération fait suite à une intervention chirurgicale subie il y a trois semaines par la militante, comprenant l’ablation d’une tumeur et une greffe osseuse. Selon son avocat, Maître Mostafa Nili, le parquet de Téhéran a suspendu l’exécution de sa peine pour une durée de 21 jours afin qu’elle puisse recevoir les soins nécessaires.
Un répit insuffisant pour la lauréate du Nobel
Si cette libération temporaire constitue une bouffée d’air frais pour Narges Mohammadi, son comité de soutien basé à Paris la juge toutefois insuffisante. Après plus d’une décennie passée derrière les barreaux, la militante aurait en effet besoin de soins médicaux spécialisés dans un environnement sûr pour se rétablir pleinement.
Malgré son état de santé fragile, Mme Mohammadi n’a eu de cesse de poursuivre son combat en prison. En mars dernier, elle avait diffusé un message audio dénonçant une « guerre à grande échelle contre les femmes » en Iran. Plus récemment, elle a apporté son soutien à une étudiante arrêtée pour s’être dévêtue en public, un geste de dissidence encouragé par la militante.
25 ans d’engagement pour les droits des femmes
Ingénieure de formation, Narges Mohammadi s’est très tôt engagée dans la défense des droits humains en Iran. Vice-présidente du Centre des défenseurs des droits de l’Homme fondé par Shirin Ebadi, elle-même Prix Nobel de la paix en 2003, elle a été maintes fois condamnée et emprisonnée au cours des 25 dernières années.
Son combat se concentre principalement sur l’abolition de la peine de mort et la lutte contre le port obligatoire du voile pour les femmes, en vigueur dans le pays depuis la Révolution islamique de 1979. Des prises de position qui lui ont valu d’être qualifiée de « prisonnière d’opinion » par Amnesty International.
Narges a transformé son corps en symbole de dissidence.
Narges Mohammadi au sujet d’une étudiante arrêtée
Une mère privée de ses enfants
Au-delà de son engagement, Narges Mohammadi est aussi une mère de famille. Ses longs séjours en prison l’ont empêchée de voir grandir ses jumeaux, Kiana et Ali, qui vivent en France avec leur père depuis 2015. Une situation déchirante pour cette femme élégante aux cheveux bouclés noirs, qui n’a même pas pu assister à la remise de son Prix Nobel en juin dernier.
Malgré sa libération provisoire, l’avenir de Narges Mohammadi reste incertain. Condamnée en juin à une année supplémentaire de prison pour « propagande contre l’État », elle risque de devoir retourner prochainement derrière les barreaux. Son comité de soutien appelle la communauté internationale à se mobiliser pour obtenir sa libération définitive et lui permettre de recevoir les soins dont elle a besoin.
L’histoire de Narges Mohammadi illustre le combat acharné des militantes iraniennes pour défendre les droits des femmes dans un contexte politique et religieux oppressant. Un combat loin d’être terminé, mais porté par le courage et la détermination d’icônes comme cette ingénieure devenue le symbole de la résistance féminine en Iran.