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Libération de Javier Tarazona : un symbole d’espoir au Venezuela

Dimanche, Javier Tarazona sort de quatre ans et demi de prison sous les applaudissements et les cris de « Liberté ! ». Accompagné de ses anciens compagnons de cellule, il prie dans une église bondée. Mais que signifie vraiment cette libération pour les centaines de détenus encore enfermés ?

Dans une église du centre de Caracas, des cris de joie ont soudainement résonné. « Liberté ! Liberté ! Liberté ! » scandent des dizaines de fidèles debout, les mains levées, les regards brillants d’émotion. Au centre de cette vague d’enthousiasme se tient un homme de 43 ans : Javier Tarazona. Après quatre ans et sept mois de détention, l’activiste emblématique vient d’être libéré.

Ce moment, immortalisé par les applaudissements et les larmes, dépasse largement le cadre d’une simple sortie de prison. Il symbolise pour beaucoup un tournant, un souffle d’espoir dans un pays qui a connu trop de souffrances silencieuses.

Une libération sous le signe de la foi et de la fraternité

Javier Tarazona n’est pas sorti par la grande porte d’une prison. Comme souvent au Venezuela dans ce genre de cas, les autorités ont choisi un lieu symbolique : le parvis de l’église de la Candelaria. C’est là, au milieu des fidèles en pleine cérémonie, qu’il a retrouvé la liberté.

Il serre d’abord dans ses bras son frère Rafael, puis sa mère Teresa, 71 ans, dont le visage rayonne d’un bonheur longtemps retenu. Quelques instants plus tard arrive Omar de Dios Garcia, arrêté le même jour que lui en juillet 2021. Les trois hommes, qui ont partagé la même cellule pendant quatre mois, s’enlacent longuement, comme s’ils rattrapaient en quelques secondes toutes ces années perdues.

Rejoint par leur avocat Miguel Forero, le petit groupe avance ensemble dans l’allée centrale de l’église. Ils s’agenouillent devant l’autel. Les fidèles, qui commencent à reconnaître le visage de l’activiste, se lèvent spontanément. Les applaudissements fusent à nouveau, suivis des mêmes cris : « Liberté ! Liberté ! Liberté ! »

« Nous sommes entrés en priant, nous en sortons en priant »

Quelques minutes plus tard, Javier Tarazona s’exprime avec une sérénité frappante. Il évoque ses anciens compagnons de cellule avec beaucoup d’affection :

« C’étaient mes compagnons de cellule. Nous sommes entrés en prison en priant, nous en sortons en priant. »

Cette phrase résume à elle seule l’état d’esprit de l’homme qui ressort de l’épreuve. Malgré les conditions terribles qu’il a connues, il refuse de céder à la rancœur. Il préfère parler d’espoir, de retrouvailles, de joie simple et profonde.

Il explique aussi que quatre ans et sept mois de captivité n’ont pas réussi à éteindre sa voix :

« 4 ans et 7 mois de prison n’ont pas fait taire la vérité. La vérité m’a rendu libre. »

Le contexte politique d’une libération inattendue

La libération de Javier Tarazona n’arrive pas par hasard. Elle s’inscrit dans une séquence d’événements politiques majeurs et rapides. Deux jours plus tôt, la présidente par intérim Delcy Rodríguez annonce la fermeture de la prison de l’Hélicoïde – lieu tristement célèbre – ainsi qu’une loi d’amnistie générale. Cette décision intervient sous forte pression internationale, notamment américaine.

Mais le fait le plus spectaculaire reste sans doute la capture du président Nicolás Maduro par l’armée américaine, survenue moins d’un mois auparavant. Cet événement a bouleversé l’échiquier politique vénézuélien et ouvert la voie à des mesures qui semblaient inimaginables peu de temps auparavant.

Dans ce contexte de bouleversement, la libération de plusieurs prisonniers politiques, dont Javier Tarazona, apparaît comme l’un des premiers signes concrets d’un possible changement de cap.

Qui est Javier Tarazona ?

Directeur de l’ONG Fundaredes, Javier Tarazona s’est imposé depuis des années comme l’une des voix les plus crédibles et les plus courageuses du pays sur les questions de droits humains, en particulier dans les zones frontalières.

Il a notamment révélé de très nombreux cas d’affrontements entre groupes armés irréguliers colombiens et forces armées vénézuéliennes. Ses enquêtes pointues, étayées par des témoignages et des preuves, ont souvent dérangé les autorités.

Arrêté le 2 juillet 2021, il est rapidement devenu l’un des visages les plus connus parmi le millier de prisonniers politiques recensés à l’époque. Son procès, constamment reporté, n’a jamais vraiment abouti à un jugement clair.

Les conditions de détention à l’Hélicoïde

Pendant les premiers mois de sa détention, Javier Tarazona affirme avoir subi des traitements particulièrement durs. Il parle de coups répétés, d’absence totale de lumière naturelle, d’eau non potable, et de conditions sanitaires indignes :

« On nous faisait uriner et déféquer dans les récipients dans lesquels on devait manger. »

Il décrit aussi 1 675 jours passés « dans un endroit sombre », sans que personne ne puisse imaginer ce que cela signifie réellement au quotidien.

Malgré ces conditions, il refuse aujourd’hui de se laisser définir par la victimisation. Il préfère regarder vers l’avant et tirer des leçons collectives de cette expérience.

« Fermer l’Hélicoïde ne suffit pas »

Si Javier Tarazona se réjouit évidemment de sa libération et de la fermeture de cette prison tristement célèbre, il met immédiatement en garde contre toute forme de pensée magique :

« La fermeture de l’Hélicoïde ne résout pas le problème de l’injustice dans ce pays. Si fermer l’Hélicoïde, c’est effacer une mémoire, je crois qu’il faut travailler pour que cela ne se répète pas. »

Il va même plus loin en plaidant pour l’ensemble des détenus du pays, y compris ceux de droit commun :

Sur les 84 000 prisonniers que compte actuellement le Venezuela, environ 30 000 se trouvent dans des centres de police inadaptés, où les conditions de vie sont qualifiées de « déplorables » par l’activiste lui-même.

Un combat qui continue

Libéré, Javier Tarazona n’entend pas ranger son engagement au placard. Au contraire :

« Mon travail d’activiste des droits humains est une tâche inhérente à mon essence humaine. »

Ces mots montrent à quel point son parcours carcéral n’a pas entamé sa détermination. Il souhaite désormais porter la voix de tous ceux qui restent derrière les barreaux, qu’ils soient prisonniers politiques ou de droit commun.

Un pays encore marqué par 711 prisonniers politiques

Malgré les libérations récentes, le chemin reste long. Selon les données les plus récentes de Foro Penal, il resterait encore environ 700 à 711 prisonniers politiques dans les geôles vénézuéliennes.

Devant de nombreuses prisons du pays, des familles continuent de camper, espérant chaque jour une nouvelle annonce de libération. Le dimanche où Javier Tarazona est sorti, au moins huit autres personnes ont également retrouvé la liberté.

Ces chiffres, bien que positifs, montrent que la route vers une véritable réconciliation nationale et une justice restaurée est encore longue et semée d’embûches.

L’émotion d’une mère et d’un frère

À la sortie de l’église, Teresa de Jesús Sanchez Garcia, la mère de Javier, parle d’un « moment merveilleux ». Son visage, marqué par des années d’angoisse, respire enfin le soulagement.

Omar de Dios Garcia, de son côté, raconte le mélange de joie et d’incrédulité qu’il a ressenti en apprenant la nouvelle :

« Ce que j’ai fait, c’était rire, mais rire de joie contenue de voir que nous avons enfin concrétisé notre espoir depuis le premier instant de l’arrestation. »

Il évoque aussi la souffrance particulière des mères, et notamment celle de Javier, qui a porté seule pendant plus de quatre ans l’espoir que tout cela finirait un jour.

Vers une nouvelle page ?

La libération de Javier Tarazona et de plusieurs autres figures connues marque-t-elle réellement le début d’une nouvelle ère au Venezuela ? Beaucoup l’espèrent, mais restent prudents.

Les défis sont immenses : reconstruction d’un système judiciaire indépendant, amélioration des conditions de détention, réconciliation nationale, lutte contre l’impunité, retour de la confiance dans les institutions… La liste est longue.

Mais dans une église de Caracas, un dimanche de février, des centaines de personnes ont crié « Liberté ! » avec une conviction qui ne trompe pas. Elles savent que ce mot, si simple, reste le plus précieux et le plus difficile à obtenir.

Javier Tarazona, lui, continue d’avancer, porté par cette même conviction. Il sait que la vérité, même emprisonnée pendant 1 675 jours, finit toujours par triompher.

Et aujourd’hui, elle a gagné une bataille importante.

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