InternationalSociété

Libération de 12 Jeunes Femmes au Nigeria : Espoir Fragile

Après sept jours de captivité dans la brousse, 12 jeunes femmes ont été libérées par leurs ravisseurs jihadistes au Nigeria. Sans rançon, disent les autorités. Mais des centaines d’autres restent introuvables, et les enlèvements explosent dans tout le pays… Que se passe-t-il vraiment ?

Imaginez une mère de 16 à 23 ans, partie travailler aux champs, disparaître en quelques minutes. C’est ce qu’ont vécu treize familles de l’État de Borno, dans le nord-est du Nigeria, le 22 novembre dernier. Une semaine plus tard, douze d’entre elles ont retrouvé leurs filles. Un soulagement immense, mais teinté d’angoisse : des centaines d’autres otages, élèves, fidèles ou simples villageois, restent entre les mains de ravisseurs.

Une libération sans rançon dans l’État de Borno

Samedi soir, les nouvelles ont enfin été bonnes pour douze familles. Les jeunes femmes, toutes musulmanes et âgées de 16 à 23 ans, ont été relâchées dans la brousse après sept jours de captivité. Un élu local a confirmé leur arrivée à l’hôpital pour des examens médicaux. Parmi les treize enlevées, une avait été libérée dès les premiers jours : elle avait convaincu ses ravisseurs qu’elle allaitait son bébé.

Les jihadistes, selon les autorités locales, n’auraient réclamé aucune rançon. Ils auraient fui sous la pression militaire et décidé de se débarrasser de leurs otages pour alléger leur fuite. Les parents ont eux-mêmes été appelés pour venir chercher leurs filles au cœur de la forêt, près d’une réserve naturelle transformée en repaire par les groupes armés.

« Ils ont parlé avec les parents qui sont allés les chercher dans la brousse »

Abubakar Mazhinyi, président du gouvernement local d’Askira-Uba

Un conflit qui dure depuis seize ans

L’État de Borno reste l’épicentre d’une insurrection jihadiste lancée en 2009 par Boko Haram. Le groupe, qui rêvait d’instaurer un califat, a été considérablement affaibli depuis son apogée en 2014-2015, mais il subsiste. À ses côtés, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), né d’une scission en 2016, continue lui aussi les attaques et les enlèvements.

Le bilan humain est effroyable : plus de 40 000 morts et deux millions de déplacés en seize ans, selon les Nations unies. Des villages entiers ont été rayés de la carte, des écoles fermées, des marchés désertés. Et pourtant, la vie continue, souvent au prix d’un courage quotidien incroyable.

La vague d’enlèvements de novembre

Ces dernières semaines, le Nigeria a connu une explosion brutale des kidnappings de masse. Des centaines de personnes ont été enlevées à travers le pays, souvent en plein jour :

  • Plus de 300 élèves et enseignants d’une école catholique à Papiri (État de Niger) – 265 toujours portés disparus
  • 25 lycéennes dans un internat à Maga (État de Kebbi)
  • 38 fidèles d’une église à Eruku (État de Kwara)
  • 10 habitants à Ispa (État de Kwara)
  • Et les 13 jeunes femmes près de leurs fermes à Borno

Tous ces enlèvements n’ont pas été revendiqués. Certains sont l’œuvre de jihadistes, d’autres de gangs criminels surnommés « bandits » qui écument les routes et les villages du nord-ouest et du centre, tuant ou exigeant des rançons colossales.

Le traumatisme Chibok, toujours présent

Quand on parle d’enlèvements de jeunes filles au Nigeria, impossible de ne pas penser à Chibok. En avril 2014, 276 lycéennes avaient été kidnappées par Boko Haram. Plus de cent d’entre elles manquent toujours à l’appel onze ans après. Ce drame avait choqué le monde entier et lancé la campagne #BringBackOurGirls.

Dix ans plus tard, la mécanique est la même : des adolescentes et jeunes femmes arrachées à leur quotidien, souvent près de leurs champs ou de leurs écoles. Le but : terroriser les populations, recruter de force, ou monnayer des rançons. La différence, c’est que les enlèvements se sont démultipliés et étendus bien au-delà du nord-est.

Pourquoi cette flambée soudaine ?

Plusieurs facteurs se combinent. D’abord, la saison sèche facilite les mouvements dans la brousse. Ensuite, la pression militaire dans le nord-est pousse certains groupes jihadistes à se disperser ou à chercher de nouveaux financements rapides. Enfin, l’impunité reste totale pour beaucoup de gangs criminels qui se professionnalisent.

Dans certaines zones, les habitants racontent que les ravisseurs arrivent à moto par dizaines, tirent en l’air, embarquent qui ils peuvent et disparaissent. Les forces de sécurité, débordées et parfois corrompues, peinent à réagir.

L’espoir ténu des familles

Pour les douze jeunes femmes libérées samedi, le cauchemar s’arrête. Elles rentrent chez elles, entourées de leurs proches, mais marquées à jamais. Les examens médicaux, les questions des voisins, le regard des autres : la reconstruction sera longue.

Pour les centaines d’autres familles qui attendent encore, chaque jour est une épreuve. Certaines paient des rançons astronomiques, d’autres n’ont simplement pas les moyens. Et pendant ce temps, les écoles ferment, les champs restent en friche, la peur s’installe durablement.

Un pays en quête de solutions

Face à cette crise, les autorités promettent plus de moyens militaires, des négociations discrètes, des programmes de réinsertion pour les repentis. Mais sur le terrain, beaucoup restent sceptiques. Comment protéger des millions de personnes dans des zones aussi vastes et isolées ?

La libération des douze jeunes femmes de Borno est une éclaircie. Elle montre que parfois, la pression combinée de l’armée et des communautés peut porter ses fruits. Mais elle rappelle aussi l’ampleur du défi : tant que l’insécurité perdurera, aucune famille nigériane ne sera totalement à l’abri.

Ce soir, douze mères serrent leurs filles dans leurs bras. Demain, elles prieront pour que les autres reviennent aussi.

À retenir
– 12 jeunes femmes libérées après 7 jours de captivité
– Aucune rançon versée selon les autorités locales
– Vague inédite d’enlèvements de masse depuis mi-novembre
– Plus de 40 000 morts en 16 ans d’insurrection jihadiste
– Des centaines de personnes toujours portées disparues à travers le pays

Le Nigeria, géant démographique d’Afrique, mérite mieux que cette spirale de violence. L’espoir, fragile, existe pourtant : il passe par ces familles qui se battent, ces communautés qui se serrent les coudes, et parfois, par ces libérations inespérées au cœur de la nuit.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.