Dans un contexte régional toujours aussi inflammable, le Liban tente de tracer une voie différente. Alors que les tensions entre l’Iran, Israël et leurs alliés ne cessent de rebondir, le Premier ministre libanais a tenu des propos sans ambiguïté. Il refuse catégoriquement que son pays soit à nouveau plongé dans un conflit dévastateur.
Une déclaration forte pour protéger un pays épuisé
Le chef du gouvernement s’est exprimé avec une fermeté inhabituelle. Lors d’une intervention publique à Dubaï, il a martelé que le Liban ne tolérerait plus d’être instrumentalisé dans des confrontations extérieures. Cette prise de position intervient à un moment où les déclarations belliqueuses se multiplient dans la région.
Le pays sort à peine d’une guerre épuisante qui a laissé des cicatrices profondes. Les infrastructures sont endommagées, l’économie est au bord du gouffre et la population aspire avant tout à la stabilité. Dans ce cadre, la volonté affichée de ne pas céder à la surenchère militaire résonne comme un appel au réalisme.
Les propos du Hezbollah et leurs implications
Le dirigeant du mouvement chiite a récemment déclaré que son organisation se considérerait comme directement visée en cas d’attaque américaine contre l’Iran. Il a ajouté que la réponse serait décidée « en temps voulu ». Ces mots ont immédiatement suscité des inquiétudes au sein de la classe politique libanaise.
Une telle posture pourrait en effet entraîner le pays entier dans une spirale de violences. Le Premier ministre a donc tenu à marquer clairement sa différence : « Nous ne permettrons jamais à quiconque d’entraîner le pays dans une nouvelle aventure ». Le message est limpide.
« Nous ne permettrons jamais à quiconque d’entraîner le pays dans une nouvelle aventure »
Déclaration du Premier ministre libanais
Cette phrase résume à elle seule la ligne rouge posée par le gouvernement. Elle traduit aussi la lassitude d’une grande partie de la population face aux conséquences des engagements armés passés.
Un lourd tribut payé lors du conflit précédent
La confrontation qui a opposé le Hezbollah à Israël a duré de longs mois et s’est achevée par un cessez-le-feu en novembre 2024. Les pertes humaines et matérielles ont été immenses. Des quartiers entiers ont été ravagés, des milliers de familles déplacées, et l’économie déjà fragile a subi un choc supplémentaire.
Aujourd’hui, personne au Liban ne semble prêt à revivre une telle épreuve. Le Premier ministre l’a d’ailleurs souligné sans détour : cette guerre a coûté très cher au pays. Il insiste sur le fait que la reconstruction et la stabilisation doivent primer sur toute nouvelle escalade.
Le Hezbollah lui-même est sorti affaibli de ce round. Bien que toujours influent, le mouvement a subi des pertes importantes en hommes et en moyens. Il n’a d’ailleurs pas pris part à l’affrontement direct entre l’Iran et Israël survenu en juin 2025, signe peut-être d’une prudence nouvelle.
Malgré le cessez-le-feu, les frappes continuent
Le calme reste précaire. Israël poursuit régulièrement des opérations ciblées contre des positions et des responsables du Hezbollah. L’accusation récurrente est celle d’une tentative de réarmement et de reconstitution des capacités militaires dans le sud du pays.
Ces incursions aériennes maintiennent une tension permanente. Elles compliquent également les efforts de stabilisation interne. Pour le gouvernement, il devient urgent de rétablir un monopole de la violence légitime sur l’ensemble du territoire.
Contrôle opérationnel revendiqué au sud du Litani
Le Premier ministre a affirmé que l’armée libanaise exerce désormais un contrôle opérationnel sur la zone sud du pays. Une étape importante a été franchie avec l’annonce du désarmement complet du Hezbollah au sud du fleuve Litani, à environ trente kilomètres de la frontière israélienne.
Cette zone avait longtemps été considérée comme un fief quasi exclusif du mouvement armé. Le fait que l’armée régulière y affirme son autorité marque un tournant symbolique et pratique. Cela répond aussi à une exigence ancienne de la communauté internationale.
- Renforcement progressif du déploiement militaire dans le sud
- Collecte et destruction d’armes non autorisées
- Surveillance accrue des axes stratégiques
- Coordination avec les forces de l’ONU présentes sur place
Ces mesures visent à instaurer une zone tampon effective et à réduire les risques d’incidents frontaliers. Elles s’inscrivent dans une stratégie plus large de reprise en main sécuritaire par les institutions de l’État.
Un appel au soutien arabe pour l’armée
L’armée libanaise fait face à des défis colossaux. Manque cruel de financement, équipements vétustes, effectifs insuffisants : la liste des carences est longue. Face au Hezbollah, qui dispose encore de ressources importantes, l’institution militaire a besoin d’un appui massif et rapide.
C’est dans cette optique qu’une conférence internationale est prévue à Paris le 5 mars. L’objectif affiché est de lever des fonds destinés exclusivement à moderniser et renforcer l’armée. Le Premier ministre a lancé un appel vibrant aux pays arabes pour qu’ils participent activement.
« J’espère que tous nos frères arabes y participeront activement, car c’est la clé de la sécurité »
Le Premier ministre libanais
Cet appel traduit une prise de conscience : sans un soutien régional conséquent, les efforts de désarmement et de stabilisation risquent de rester lettre morte. La solidarité arabe est présentée comme un levier indispensable.
Un équilibre fragile entre souveraineté et pressions externes
Le Liban se trouve dans une position délicate. D’un côté, il doit préserver sa souveraineté et affirmer l’autorité de l’État. De l’autre, il subit les conséquences des rivalités régionales impliquant l’Iran, Israël, les États-Unis et leurs alliés respectifs.
La déclaration du Premier ministre peut être lue comme une tentative de redonner au Liban une marge de manœuvre. En refusant explicitement d’être entraîné dans un conflit, il cherche à protéger le pays des retombées d’une éventuelle escalade entre Washington et Téhéran.
Mais cette posture indépendante est-elle tenable sur le long terme ? Le Hezbollah conserve une influence considérable, tant sur le plan politique que militaire. Les équilibres internes restent précaires.
Vers une souveraineté retrouvée ?
Le chemin vers une véritable souveraineté est encore long. Le désarmement progressif du Hezbollah sur l’ensemble du territoire constitue l’un des chantiers les plus sensibles. Il exige à la fois une détermination politique et des moyens concrets.
L’armée doit pouvoir s’imposer comme la seule force armée légitime. Cela passe par un renforcement capacitaire massif, mais aussi par un consensus national autour de cette priorité. Or ce consensus reste difficile à obtenir dans un pays aux communautés confessionnelles très marquées.
Le Premier ministre mise visiblement sur le soutien extérieur pour faire pencher la balance. La conférence de Paris sera un test crucial. Si les promesses se concrétisent, l’institution militaire pourrait gagner en crédibilité et en efficacité.
Les attentes de la population libanaise
La grande majorité des Libanais aspire à la paix et à la reconstruction. Après des années de crises cumulées – économique, politique, sécuritaire – la fatigue est palpable. Les discours guerriers rencontrent de moins en moins d’écho.
Dans ce contexte, la position exprimée par le chef du gouvernement correspond à une attente profonde de la société. Les Libanais veulent un État qui protège, qui investit dans l’avenir plutôt que dans la confrontation. Ils veulent surtout éviter un nouveau cycle de destruction.
- Paix durable aux frontières sud
- Reconstruction des zones dévastées
- Relance économique urgente
- Renforcement des institutions publiques
- Amélioration des conditions de vie quotidiennes
Ces priorités reviennent en boucle dans les discussions au sein de la population. Le gouvernement semble vouloir s’en faire l’écho, au moins dans ses déclarations publiques.
Un message adressé à la communauté internationale
En s’exprimant à Dubaï, le Premier ministre s’adressait aussi à la communauté internationale. Il a voulu montrer que le Liban actuel n’est plus disposé à servir de théâtre d’opérations pour des agendas extérieurs.
Ce discours de responsabilité et de retenue vise à rassurer les partenaires occidentaux et arabes. Il positionne le pays comme un acteur raisonnable dans une région où la modération est rare.
Reste à transformer ces paroles en actes concrets. Le test viendra rapidement avec la conférence de Paris et les mois qui suivront. La capacité du gouvernement à faire avancer le dossier du désarmement sera scrutée de près.
Conclusion : un pari risqué mais nécessaire
Le Liban se trouve à un carrefour historique. Entre la tentation de la confrontation régionale et l’aspiration à la stabilité interne, le choix est clair pour le gouvernement actuel. Il mise sur la désescalade, le renforcement de l’État et le soutien arabe et international.
Ce pari est audacieux. Il suppose une unité nationale fragile, une armée renforcée et une communauté internationale mobilisée. Mais il répond à une aspiration profonde de la population : vivre enfin en paix, reconstruire et tourner la page des conflits sans fin.
L’avenir dira si cette voie est tenable. En attendant, la déclaration du Premier ministre constitue un signal fort : le Liban veut exister autrement que comme un pion sur l’échiquier régional. Une ambition légitime, mais ô combien difficile à concrétiser dans le contexte actuel.
Points clés à retenir
Refus clair d’un nouveau conflit : Le gouvernement pose une limite nette face aux risques d’escalade.
Désarmement en cours : Contrôle revendiqué au sud du Litani, zone stratégique.
Appel au soutien arabe : La conférence de Paris est présentée comme décisive pour l’armée.
Priorité à la stabilité : Après des années de crises, la population aspire avant tout à la paix.
Ces éléments dessinent les contours d’une stratégie qui tente de concilier souveraineté nationale et réalisme géopolitique. Le chemin sera semé d’embûches, mais l’intention affichée est sans ambiguïté : préserver le Liban des flammes qui consument trop souvent la région.









