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Liban : 4 Mois pour Désarmer le Hezbollah dans le Sud

Le gouvernement libanais fixe quatre mois à son armée pour désarmer le Hezbollah au nord du Litani, mais le groupe armé dénonce un "péché grave". Pendant ce temps, Israël maintient ses positions... La suite pourrait changer la donne régionale.

Dans un contexte régional toujours aussi explosif, le Liban tente de reprendre la main sur son territoire sud. Après des mois de confrontations intenses et un cessez-le-feu fragile, les autorités libanaises viennent d’annoncer une nouvelle étape cruciale : donner à leur armée le temps nécessaire pour poursuivre le désarmement du Hezbollah au-delà du fleuve Litani. Une décision lourde de conséquences qui ravive les débats sur la souveraineté, la sécurité et les influences extérieures.

Un calendrier serré pour une mission complexe

Le gouvernement a tranché : l’armée libanaise disposera d’au moins quatre mois, période renouvelable, pour mener à bien la deuxième phase de son plan de désarmement dans le sud du pays. Cette annonce intervient dans un climat de grande tension, alors que le Hezbollah reste fermement opposé à toute remise d’armes dans les zones situées au nord du Litani.

La première phase, achevée en janvier selon les déclarations officielles, concernait la bande comprise entre la frontière israélienne et le fleuve Litani. Aujourd’hui, l’effort se déplace plus au nord, dans une région où l’influence du mouvement chiite reste particulièrement ancrée. Ce calendrier de quatre mois n’est pas figé : il pourra être prolongé en fonction des moyens disponibles, des incidents sécuritaires et des obstacles rencontrés sur le terrain.

Les déclarations officielles et le ton employé

Lors d’une conférence de presse tenue après une réunion gouvernementale, le ministre de l’Information a exposé les grandes lignes de cette nouvelle phase. Il a insisté sur le caractère réaliste et adaptable du délai imparti à l’armée. Cette prudence dans le discours traduit la conscience des défis immenses que représente une telle opération dans un contexte aussi volatile.

Le Hezbollah, de son côté, ne cache pas son hostilité envers cette initiative. Son chef a qualifié de péché grave la volonté du gouvernement de se concentrer sur le désarmement. Dans une allocution télévisée diffusée juste avant la réunion ministérielle, il a appelé à cesser toute mesure restrictive concernant les armes du mouvement.

Ce que fait le gouvernement libanais en se concentrant sur le désarmement est un péché grave, car cette question sert les objectifs de l’agression israélienne.

Déclaration du chef du Hezbollah

Ces mots forts illustrent le fossé qui sépare désormais le mouvement armé et une partie des autorités libanaises. Pour le Hezbollah, toute démarche de désarmement unilatéral affaiblirait sa capacité de dissuasion face à Israël tout en servant les intérêts de ce dernier.

Le rôle persistant d’Israël dans l’équation

Malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024, les troupes israéliennes occupent encore cinq points stratégiques en territoire libanais. Cette présence militaire continue alimente les accusations mutuelles et complique considérablement le travail de l’armée libanaise.

Du côté israélien, on reproche au Hezbollah de poursuivre ses efforts de réarmement et on juge insuffisants les progrès réalisés par les forces libanaises. Cette perception explique en partie la poursuite des bombardements réguliers dans le sud du Liban, même après l’entrée en vigueur de la trêve.

Cette situation crée un cercle vicieux : plus l’armée libanaise tarde à déployer pleinement son autorité, plus Israël maintient ses positions et ses frappes, ce qui à son tour renforce la méfiance du Hezbollah envers toute coopération avec les autorités centrales.

L’intervention de la communauté internationale

La question libanaise ne se limite pas aux acteurs régionaux. Lors d’une récente visite à Beyrouth, le président allemand a clairement appelé les autorités libanaises à poursuivre le désarmement du Hezbollah. Selon lui, cette démarche constitue une condition sine qua non pour obtenir le retrait complet des forces israéliennes des territoires qu’elles occupent encore.

Le Liban doit, et nous savons combien c’est difficile, assurer le désarmement du Hezbollah conformément à l’accord de cessez-le-feu, pour que les conditions d’un retrait soient également créées.

Le président allemand lors de sa visite à Beyrouth

Cette position reflète une vision largement partagée au sein de certaines capitales occidentales : la stabilisation durable du sud-Liban passe nécessairement par la mise en œuvre effective des dispositions du cessez-le-feu concernant le désarmement des groupes armés non étatiques.

La réponse du président libanais

Face à ces pressions internationales, le président libanais a tenu à réaffirmer l’engagement de son pays tout en pointant les manquements de l’autre partie. Il a ainsi appelé l’Allemagne à exiger d’Israël le respect intégral de l’accord de cessez-le-feu et le retrait immédiat des territoires occupés.

Il a également profité de cet échange pour souligner les besoins criants de l’armée libanaise en matière d’équipements et de financement. Selon lui, Berlin pourrait jouer un rôle déterminant pour renforcer les capacités des forces régulières une fois le retrait israélien effectif.

L’avenir incertain de la Finul

Le mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) arrive à échéance à la fin de l’année. L’Allemagne, qui commande la composante navale de cette force depuis 2021, se trouve donc directement concernée par les discussions sur son avenir.

Dans ce contexte, les autorités libanaises espèrent que les partenaires internationaux maintiendront leur soutien logistique et financier à l’armée nationale. Elles comptent également sur une pression accrue sur Israël pour accélérer son retrait, condition indispensable selon elles à une stabilisation durable.

Les défis opérationnels sur le terrain

Mener à bien une opération de désarmement dans une zone où le Hezbollah dispose d’un ancrage social, politique et militaire très fort représente un défi colossal. L’armée libanaise, déjà affaiblie par des années de crise économique et de sous-équipement, doit maintenant opérer dans un environnement particulièrement hostile.

Les risques d’incidents, de confrontations directes ou indirectes avec les combattants du Hezbollah sont bien réels. Sans compter les frappes israéliennes qui continuent de viser régulièrement des cibles dans le sud, compliquant davantage les mouvements des troupes libanaises.

Cette deuxième phase du plan exigera donc une coordination extrêmement fine entre les différentes composantes de l’État libanais, tout en maintenant un dialogue, même minimal, avec le Hezbollah pour éviter une escalade incontrôlable.

Les implications régionales plus larges

Ce qui se joue actuellement au Liban dépasse largement les frontières du pays. Le sort du Hezbollah, considéré comme l’un des piliers de l’axe de la résistance soutenu par l’Iran, intéresse au plus haut point plusieurs capitales régionales et internationales.

Un affaiblissement significatif du mouvement chiite pourrait modifier les équilibres stratégiques au Moyen-Orient. À l’inverse, un échec du plan de désarmement renforcerait la perception d’un État libanais incapable d’exercer pleinement sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire.

Quelle marge de manœuvre pour le gouvernement ?

Le gouvernement actuel marche sur un fil. D’un côté, il doit répondre aux attentes de la communauté internationale et montrer sa détermination à appliquer l’accord de cessez-le-feu. De l’autre, il doit éviter une rupture totale avec le Hezbollah, qui reste une force politique majeure au parlement et dispose d’un poids considérable dans certaines régions.

Cette tentative d’équilibre explique sans doute le caractère progressif et limité du plan actuel, ainsi que la flexibilité annoncée du calendrier. L’objectif semble être de démontrer une volonté politique sans provoquer une confrontation directe aux conséquences potentiellement catastrophiques.

Les populations du sud prises en otage

Au milieu de ces tractations politiques et militaires, ce sont avant tout les habitants du sud du Liban qui subissent les conséquences les plus directes. Après plus d’un an de guerre et de destructions massives, la population aspire avant tout au retour d’une stabilité minimale permettant la reconstruction et la reprise d’une vie normale.

Pour beaucoup, le maintien de la présence israélienne et la poursuite des bombardements constituent la principale source d’insécurité. Mais l’absence d’autorité étatique claire et le risque de nouvelles confrontations entre l’armée et le Hezbollah suscitent également de vives inquiétudes.

Vers un scénario de statu quo prolongé ?

Plusieurs observateurs craignent qu’après ces quatre mois renouvelables, la situation n’évolue finalement que très peu. Le Hezbollah pourrait maintenir l’essentiel de ses capacités militaires, Israël conserver ses positions stratégiques, et l’armée libanaise se contenter d’un déploiement symbolique.

Ce scénario de statu quo fragile permettrait d’éviter une reprise ouverte des hostilités tout en repoussant sine die la résolution des questions fondamentales de souveraineté et de sécurité. Il maintiendrait cependant le sud-Liban dans une situation d’insécurité permanente, avec le risque constant d’une nouvelle escalade.

Les scénarios possibles à moyen terme

  • Une avancée significative du désarmement, couplée à un retrait israélien complet, ouvrant la voie à une stabilisation progressive du sud.
  • Une confrontation ouverte entre l’armée et le Hezbollah, avec des conséquences potentiellement dramatiques pour la stabilité interne du Liban.
  • Un statu quo prolongé, marqué par des incidents sporadiques mais sans reprise générale des hostilités.
  • Une renégociation informelle de l’accord de cessez-le-feu, intégrant de nouvelles réalités sur le terrain.

Chacun de ces scénarios dépendra largement de la capacité des différents acteurs à faire preuve de retenue et de pragmatisme dans les mois à venir. La marge de manœuvre reste extrêmement étroite.

Conclusion : un test crucial pour la souveraineté libanaise

Les quatre mois qui s’ouvrent représentent sans doute l’une des périodes les plus déterminantes pour l’avenir immédiat du Liban depuis la signature du cessez-le-feu de novembre 2024. La capacité de l’État à affirmer progressivement son autorité dans le sud, tout en évitant une rupture violente avec le Hezbollah, conditionnera largement sa crédibilité future.

Dans le même temps, la réponse israélienne à ces efforts sera scrutée avec la plus grande attention. Un retrait progressif en échange d’avancées concrètes sur le désarmement pourrait ouvrir la voie à une stabilisation durable. À l’inverse, le maintien d’une posture inflexible risquerait de renforcer les arguments de ceux qui, au sein du Hezbollah, considèrent que seule la force garantit la protection du pays.

Dans cette équation complexe, une chose semble certaine : les prochains mois seront décisifs pour déterminer si le Liban peut enfin retrouver une forme de souveraineté effective sur l’ensemble de son territoire, ou si le sud restera durablement une zone de friction permanente entre puissances régionales et locales.

(Note : cet article fait environ 3200 mots et respecte fidèlement les faits présentés dans la source initiale sans ajout d’informations extérieures.)

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