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L’exploitation Minière Illégale Divise le Ghana à l’Approche des Élections

Au Ghana, l'exploitation minière illégale est devenue un enjeu crucial de l'élection présidentielle. Découvrez les conséquences dévastatrices de cette pratique sur l'environnement et l'économie, et comment elle divise le pays à l'approche du scrutin...

Au Ghana, premier producteur d’or africain, l’exploitation minière illégale est devenue un enjeu crucial à l’approche de l’élection présidentielle du 7 décembre. Cette pratique, connue localement sous le nom de « galamsey », a des conséquences dévastatrices sur l’environnement et l’économie du pays. Pourtant, pour de nombreux Ghanéens poussés par le chômage et la pauvreté, c’est un moyen de survie indispensable malgré les risques.

Le lourd tribut environnemental du « galamsey »

L’exploitation minière illégale a un coût social et environnemental alarmant au Ghana. Des milliers d’hectares de terres agricoles, notamment des plantations de cacao autrefois florissantes, ont été décimés. Les arbres ont laissé place à des trous béants, rappelant le lourd tribut payé par la nature.

Mais le pire est sans doute la pollution des rivières, empoisonnées par le mercure et le cyanure utilisés par les mineurs. C’est une menace directe pour l’approvisionnement en eau potable de millions de Ghanéens. Même les réserves forestières sont touchées, avec plus de 34 d’entre elles dévastées selon la Commission des forêts du Ghana.

Un revenu vital pour les mineurs

Malgré ces dégâts, le « galamsey » reste un commerce en plein essor. Pour les mineurs comme Frank, qui risquent quotidiennement leur vie, c’est avant tout une question de survie :

Nous savons que nos activités nuisent à la terre et polluent les rivières, mais quel choix avons-nous ? Il n’y a pas d’emplois.

– Frank, mineur illégal

Avec un revenu hebdomadaire d’environ 180 dollars, comparable au salaire mensuel d’un enseignant, le « galamsey » est devenu un recours vital face au chômage et à la pauvreté. Mais les mineurs se sentent stigmatisés par les mesures répressives, sans alternative économique viable.

Un enjeu électoral majeur

À l’approche du scrutin présidentiel, qui s’annonce serré entre le vice-président Mahamudu Bawumia et l’ancien président John Mahama, la question du « galamsey » est sur toutes les lèvres. Malgré les promesses du président sortant Nana Akufo-Addo en 2017, cette pratique n’a fait que s’amplifier, nourrie par la hausse des prix de l’or et le chômage des jeunes.

Face à la pression croissante de l’opinion publique, le gouvernement a déployé des bateaux de la marine pour protéger les cours d’eau. Mais pour beaucoup, ces mesures semblent insuffisantes au regard de l’ampleur du phénomène, qui représente 40% de la production d’or du pays et emploie plus d’un million de personnes.

La difficile équation économique

Au-delà de l’environnement, c’est toute l’économie ghanéenne qui est fragilisée. Le pays traverse l’une des pires crises de son histoire, l’ayant contraint à faire défaut sur sa dette extérieure et à conclure un plan d’aide de 3 milliards de dollars avec le FMI. La valeur des obligations d’État s’est effondrée, ruinant de petits épargnants.

Dans ce contexte, l’exploitation minière illégale est devenue pour les jeunes électeurs le symbole de l’échec du gouvernement. Beaucoup appellent à une régulation plutôt qu’à une interdiction, pour permettre aux mineurs de travailler dans des conditions décentes et durables.

Le gouvernement doit nous aider à exploiter les mines de manière responsable. Au lieu d’envoyer des soldats détruire notre matériel, il devrait créer des emplois décents pour nous.

– Frank, mineur illégal

Mais à ce jour, aucun des partis en lice n’a présenté de stratégie claire et applicable pour résoudre ce casse-tête, selon les experts. Le « galamsey » promet donc de rester au cœur des débats, bien après les élections.

Car au-delà d’un enjeu électoral, c’est un véritable défi de développement auquel est confronté le Ghana. Comment concilier la nécessaire préservation de l’environnement avec le besoin vital d’emplois et de revenus pour une population jeune et grandissante ? La réponse à cette question déterminera en grande partie l’avenir du pays, et bien au-delà de ses frontières.

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