Imaginez un continent qui, malgré ses ambitions climatiques affichées, reste figé sur des habitudes énergétiques datant d’un autre siècle. Pendant que certains pays accélèrent vers un futur dominé par l’électricité propre, d’autres, dont l’Europe dans son ensemble, peinent à bouger. C’est précisément ce constat alarmant que dresse le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie lors d’une intervention récente en Suède.
Le message est clair et urgent : pour garantir sa sécurité et préserver sa prospérité économique, l’Europe n’a d’autre choix que d’électrifier massivement son économie. Nous entrons dans ce que les experts appellent l’ère de l’électricité, et le Vieux Continent risque de se retrouver à la traîne si rien ne change rapidement.
L’urgence d’une électrification massive pour l’avenir européen
Depuis une décennie, la part de l’électricité dans la consommation énergétique totale stagne en Europe autour de 20 %. Ce chiffre, qui semblait acceptable il y a dix ans, apparaît aujourd’hui comme un handicap majeur face aux transformations mondiales. Pendant ce temps, des économies émergentes ont pris une avance considérable.
Le contraste est saisissant. Là où l’Europe marque le pas, d’autres régions du monde progressent à grands pas. Cette stagnation n’est pas seulement une question de chiffres : elle met en péril la compétitivité industrielle, la résilience face aux crises géopolitiques et la capacité à répondre aux défis climatiques.
Le dirigeant de l’agence internationale insiste : l’avenir doit être électrique. L’Europe possède tous les atouts pour devenir un leader, ou du moins figurer parmi les pionniers de cette révolution. Pourtant, les signaux actuels montrent plutôt un ralentissement préoccupant.
Un retard persistant face à la concurrence internationale
La comparaison avec la Chine est particulièrement éloquente. Alors que l’Europe reste scotchée à 20 % d’électricité dans son mix énergétique final, le géant asiatique a déjà franchi la barre des 32 %. Cette différence de douze points n’est pas anodine : elle reflète des choix stratégiques audacieux et une mise en œuvre rapide.
Ce retard s’explique par plusieurs facteurs cumulés au fil des années. L’Europe a misé sur des énergies qui, aujourd’hui, montrent leurs limites. Elle a aussi tardé à investir massivement dans les technologies qui permettent une électrification à grande échelle.
Si nous voulons être prospères, si nous voulons notre sécurité, nous devons électrifier nos économies et je suis désolé de vous dire que nous en sommes loin.
Directeur exécutif de l’AIE, lors d’un séminaire à Stockholm
Cette déclaration résonne comme un appel au réveil. Elle souligne que l’enjeu dépasse largement les considérations environnementales : il s’agit avant tout de souveraineté et de compétitivité économique à long terme.
Les obstacles récents qui freinent la transition européenne
La route vers une économie plus électrique n’est pas sans embûches. Ces dernières années, plusieurs décisions politiques ont ralenti le mouvement. Parmi elles, la révision de l’objectif initial concernant les véhicules neufs représente un symbole fort de ces hésitations.
Initialement, l’Union européenne avait fixé une date butoir pour interdire la vente de voitures neuves à moteurs thermiques. Ce calendrier ambitieux a été assoupli récemment, sous la pression du secteur automobile et de certains États membres qui estimaient les délais trop contraignants.
Cette flexibilité accordée vise à préserver l’industrie automobile européenne, mais elle risque aussi de prolonger la dépendance aux carburants fossiles et de retarder l’adoption massive des véhicules électriques. Le message envoyé aux industriels et aux consommateurs est ambivalent.
La faillite symbolique d’un fleuron européen des batteries
Un autre événement récent illustre parfaitement les difficultés rencontrées. Le fabricant suédois de batteries, longtemps présenté comme le grand espoir européen pour concurrencer les leaders asiatiques, a déposé le bilan au printemps 2025.
Cette entreprise, qui devait poser les bases d’une filière autonome sur le continent, s’est retrouvée écrasée par une dette considérable et des retards industriels accumulés. Sa disparition marque un coup dur pour les ambitions d’indépendance stratégique en matière de stockage d’énergie.
Les batteries constituent en effet un maillon essentiel de l’électrification : sans elles, impossible de déployer à grande échelle les véhicules électriques, les systèmes de stockage pour les renouvelables ou les solutions d’équilibrage du réseau.
L’Europe devrait en être le leader. Ou du moins l’un des leaders. Je vois l’avenir de l’Europe comme étant électrique.
Directeur de l’AIE, Stockholm
Malgré ces revers, l’appel à l’action reste d’actualité. La faillite de ce projet ambitieux doit servir de leçon plutôt que de découragement définitif.
Les trois grandes erreurs stratégiques du passé
Pour expliquer la situation actuelle, le responsable international pointe trois choix politiques regrettables qui ont marqué les dernières décennies en Europe.
La première erreur concerne la dépendance excessive envers un seul fournisseur pour le gaz naturel. Cette vulnérabilité a été cruellement révélée lors des tensions géopolitiques récentes, obligeant le continent à une diversification coûteuse et précipitée.
La deuxième concerne l’abandon progressif du nucléaire dans plusieurs pays. Alors que cette filière offre une production d’électricité décarbonée et stable, son déclin a réduit les options disponibles pour accompagner la montée en puissance des renouvelables intermittents.
Enfin, la troisième erreur réside dans le retard pris sur l’innovation dans les énergies renouvelables. Face à une concurrence asiatique particulièrement agressive, l’Europe n’a pas su maintenir un rythme suffisant d’investissements et de développements technologiques.
L’importance vitale de la diversification énergétique
Dans un monde marqué par les incertitudes géopolitiques, la diversification n’est plus une option : elle devient une nécessité absolue. Le dirigeant de l’agence le résume par une formule simple et percutante.
Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier. Diversifiez autant que possible. Pas un seul pays, pas une seule route commerciale, pas une seule entreprise.
Directeur exécutif de l’AIE
Cette règle d’or de la sécurité énergétique s’applique à tous les niveaux : sources d’approvisionnement, technologies, partenaires commerciaux. Elle est particulièrement pertinente dans le contexte actuel de crises multiples et de tensions internationales.
La diversification permet de réduire les risques, d’améliorer la résilience et de limiter l’impact des perturbations sur les prix et la disponibilité. Elle constitue le fondement d’une stratégie énergétique souveraine et durable.
Le rôle central du nucléaire dans la construction récente
Les données récentes sur le nucléaire mondial sont éloquentes. Au cours des cinq dernières années, 85 % des nouvelles centrales nucléaires construites dans le monde l’ont été en dehors de l’Europe, principalement en Asie.
Cette concentration géographique montre que certains pays ont fait du nucléaire un pilier stratégique de leur transition énergétique. Ils bénéficient ainsi d’une source d’électricité bas carbone, disponible en continu et capable d’accompagner le développement massif des renouvelables.
L’Europe, en ayant partiellement tourné le dos à cette technologie, se prive d’un atout majeur pour accélérer son électrification tout en maintenant la stabilité du réseau électrique.
Vers un leadership européen dans l’ère électrique ?
Malgré les retards accumulés et les obstacles actuels, rien n’est encore perdu. L’Europe dispose d’atouts considérables : un marché intérieur vaste, des compétences scientifiques de haut niveau, des industriels reconnus et une volonté politique de plus en plus affirmée en faveur de la transition.
Pour transformer ces atouts en réalité, plusieurs chantiers prioritaires s’imposent. Il faut d’abord accélérer le déploiement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques. Ensuite, renforcer massivement les réseaux électriques pour absorber la croissance de la demande.
Il est également crucial d’investir dans l’innovation, notamment sur les batteries nouvelle génération, les matériaux critiques et les technologies de stockage. Enfin, une politique industrielle ambitieuse et cohérente est nécessaire pour recréer une filière compétitive sur le continent.
Les implications pour la sécurité et la prospérité
L’électrification n’est pas seulement une question technique ou environnementale : elle touche directement à la sécurité nationale et à la prospérité économique. Une économie fortement électrifiée, alimentée par des sources diversifiées et décarbonées, est plus résiliente face aux chocs externes.
Elle permet aussi de réduire la facture énergétique importée, de créer des emplois qualifiés dans les secteurs d’avenir et de renforcer la compétitivité industrielle. À l’inverse, le maintien d’une dépendance aux combustibles fossiles expose le continent à des volatilités de prix et à des risques géopolitiques récurrents.
Le moment est donc décisif. Les prochains mois et années détermineront si l’Europe saura saisir l’opportunité de l’ère électrique ou si elle continuera à accumuler du retard face aux leaders mondiaux.
Conclusion : un appel à l’action collectif
L’avertissement est lancé, les données sont là, les exemples concrets ne manquent pas. L’Europe se trouve à un carrefour stratégique majeur. Choisir l’accélération de l’électrification, c’est opter pour plus de sécurité, plus de souveraineté et plus de prospérité à long terme.
Cela demandera du courage politique, des investissements massifs et une coordination renforcée entre États membres. Mais l’enjeu est trop important pour tergiverser davantage. L’avenir électrique est en marche : l’Europe doit décider si elle veut le conduire ou simplement le suivre.
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