Un accord historique vient d’être conclu entre l’Ethiopie et la région séparatiste du Somaliland, suscitant à la fois espoirs et inquiétudes dans la Corne de l’Afrique. Selon des sources diplomatiques, ce protocole d’entente signé en janvier prévoit la location pour 50 ans à l’Ethiopie de 20 km de côtes somalilandaises, en échange d’une possible reconnaissance de l’indépendance autoproclamée du Somaliland.
Une « demande légitime » qui divise
Pour l’Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec 120 millions d’habitants, obtenir un accès à la mer est un enjeu vital depuis qu’elle a perdu ses côtes érythréennes dans les années 1990. La France estime d’ailleurs que cette requête du géant enclavé est « légitime » et « importante ». Mais la Somalie y voit une atteinte inacceptable à sa souveraineté et son intégrité territoriale.
Le contenu de l’accord fait débat
Si les détails précis du protocole n’ont pas été dévoilés, de nombreux acteurs internationaux comme les États-Unis, la Chine, l’Union Européenne ou la Ligue Arabe s’en inquiètent et appellent au respect de la souveraineté somalienne. Une source diplomatique française souligne cependant que ces discussions « ne doivent pas engendrer des tensions dans la Corne, au moment où les pays de la région sont confrontés à des défis importants », dont le terrorisme.
Risque d’escalade dans une région instable
Depuis la signature de cet accord, les relations se sont nettement dégradées entre l’Éthiopie et la Somalie, qui s’est rapprochée de l’Égypte, grande rivale éthiopienne. Une escalade qui préoccupe dans cette zone déjà minée par l’insurrection des shebabs islamistes. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, martèle pourtant que son pays n’a « aucun intérêt à s’impliquer dans une guerre » pour cet accès maritime.
Ce dont nous avons besoin est d’une coopération forte entre l’Ethiopie et la Somalie
Une source diplomatique française
Appels au dialogue et à la retenue
Face à ces vives tensions, la communauté internationale multiplie les appels au calme et à la négociation. La France notamment insiste sur la nécessité d’une « coopération forte » entre l’Éthiopie et la Somalie. Tout en reconnaissant la légitimité des demandes éthiopiennes, Paris souligne que ces discussions doivent impérativement s’inscrire « dans le respect de la souveraineté de la Somalie ».
Un message de fermeté, mais aussi de dialogue, pour tenter d’apaiser une situation explosive dans une des régions les plus instables et stratégiques du continent africain. Car au-delà de l’épineux dossier de l’accès à la mer, c’est bien la stabilité de toute la Corne de l’Afrique qui est en jeu. Un nouveau défi géopolitique qui va exiger de la part de tous les acteurs beaucoup de doigté et de retenue pour éviter l’embrasement.