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L’Éthiopie au bord du gouffre : Tigré en feu

Des combats éclatent à nouveau au Tigré entre armée fédérale et forces locales, les vols sont suspendus... La paix de 2022 vacille-t-elle vraiment ? La région risque-t-elle une nouvelle guerre sanglante ?
L’Éthiopie au bord du gouffre : combats au Tigré et vols suspendus La Corne de l’Afrique tremble à nouveau. Après une guerre qui a fait des centaines de milliers de morts entre 2020 et 2022, le nord de l’Éthiopie voit resurgir des affrontements directs entre l’armée fédérale et les forces tigréennes. Des sources concordantes rapportent des combats récents dans une zone disputée, tandis que les liaisons aériennes vers la région ont été brutalement interrompues. Cette escalade, première du genre depuis l’accord de paix de Pretoria, ravive les craintes d’un retour à un conflit ouvert aux conséquences potentiellement dévastatrices pour tout le pays et ses voisins.

Une région toujours sous tension

Le Tigré, région septentrionale de l’Éthiopie, reste marqué par les séquelles d’un conflit armé long et sanglant. L’accord de paix signé fin 2022 à Pretoria avait mis fin aux hostilités principales, mais n’a pas effacé les rancœurs profondes ni résolu les litiges territoriaux persistants. Aujourd’hui, les signes d’une détérioration rapide de la situation se multiplient, avec des affrontements armés et des mesures restrictives qui rappellent les heures les plus sombres de la guerre.

Les observateurs de la région soulignent que les tensions n’ont jamais vraiment disparu. Des forces extérieures restent présentes sur le sol tigréen, en violation claire des termes de l’accord de paix, et les divisions internes au sein des acteurs locaux compliquent encore davantage la stabilisation. La récente reprise des combats marque un tournant dangereux, susceptible de faire basculer le fragile équilibre régional.

Des affrontements localisés mais significatifs

Les premiers heurts directs entre l’armée fédérale éthiopienne et les forces de défense tigréennes remontent à novembre 2025, dans une zone voisine. À l’époque, des tirs d’armes lourdes et des frappes de drones avaient déjà été signalés, signe que la paix restait précaire. Mais les événements des derniers jours apparaissent plus préoccupants encore.

Des combats se sont déroulés à Tsemlet, dans l’ouest du Tigré, une localité revendiquée par des forces de la région limitrophe de l’Amhara. Selon des sources diplomatiques et sécuritaires, l’armée fédérale, appuyée par des milices amharas, s’est opposée aux forces tigréennes dans cette zone disputée. Une source locale au Tigré a confirmé ces affrontements, tandis qu’une autre voix sécuritaire décrit une situation qui « semble dégénérer ».

Les détails précis sur l’intensité et la durée des échanges restent flous, les acteurs principaux n’ayant pas communiqué officiellement. Cette opacité alimente l’inquiétude : personne ne sait si les hostilités se poursuivent ou si une accalmie temporaire s’installe. Ce qui est certain, c’est que ces incidents représentent une escalade notable par rapport aux mois précédents.

« La situation semble dégénérer », a confié une source sécuritaire, dubitative quant à la capacité des forces tigréennes à reprendre le contrôle de la zone par la force.

Cette zone de Tsemlet, au cœur des revendications territoriales, cristallise les frustrations accumulées depuis des années. Les Amharas y revendiquent des droits historiques, tandis que les Tigréens la considèrent comme partie intégrante de leur région. L’intervention de l’armée fédérale aux côtés de milices locales change la donne et risque de transformer un différend local en confrontation plus large.

Suspension des vols : un signal d’alarme

Parallèlement aux combats, les liaisons aériennes vers le Tigré ont été suspendues. Ethiopian Airlines, unique compagnie à desservir la région, a interrompu ses vols pour des « raisons opérationnelles », selon des responsables de l’entreprise. Cette mesure, inédite depuis la reprise des liaisons post-conflit, inquiète fortement les populations locales.

Durant la guerre, les vols, les télécommunications et les services bancaires avaient été totalement coupés, isolant le Tigré du reste du pays. Leur rétablissement avait symbolisé le retour à une certaine normalité après Pretoria. La suspension actuelle, même présentée comme temporaire, évoque immédiatement ces heures noires et renforce l’anxiété à Mekele, la capitale régionale.

Un journaliste basé à Mekele rapporte une « anxiété croissante » parmi les habitants. Les rumeurs circulent, les habitants se précipitent pour retirer de l’argent, et la peur d’un nouveau blocus se répand. Cette décision logistique, officiellement neutre, est largement perçue comme liée aux « tensions politiques » entre Addis Abeba et l’administration tigréenne.

Contexte d’une paix fragile et incomplète

Pour comprendre la gravité du moment, il faut remonter au conflit de 2020-2022. Ce qui avait commencé comme une opération militaire limitée s’est transformé en guerre totale, impliquant des forces fédérales, tigréennes, amharas et même érythréennes. Les estimations les plus courantes font état d’au moins 600 000 morts, un chiffre que certains experts jugent sous-évalué.

L’accord de Pretoria avait prévu le retrait des forces non éthiopiennes, la démobilisation des combattants tigréens et le retour des déplacés. Pourtant, des forces amhara et érythréennes demeurent présentes dans certaines zones, violant les termes signés. Ces présences étrangères compliquent la reconstruction et nourrissent la méfiance mutuelle.

Au sein même du Tigré, les divisions internes ont fragilisé davantage la situation. L’administration intérimaire mise en place par le pouvoir fédéral a connu des crises, avec des départs forcés et des accusations réciproques. Le parti historique de la région, marginalisé depuis 2018, fait face à des reproches de rapprochement avec des acteurs extérieurs, accentuant les fractures.

Risques d’escalade régionale

Les spécialistes de la Corne de l’Afrique alertent sur le danger d’une escalade militaire. Un expert norvégien spécialisé dans la zone estime que cette confrontation « n’est pas surprenante » et que le risque est « grave ». Il n’exclut pas l’intervention de forces non éthiopiennes pour appuyer les positions tigréennes, ce qui pourrait internationaliser le conflit.

« Le risque d’une escalade militaire est grave, et il est possible que des forces non éthiopiennes viennent appuyer les forces tigréennes. »

Les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée, autrefois réchauffées durant la guerre, se sont à nouveau détériorées. Des discours belliqueux des deux côtés font craindre un embrasement plus large. Dans ce contexte, tout incident local peut servir de détonateur à une crise régionale majeure.

Conséquences humanitaires potentielles

Le Tigré a déjà payé un lourd tribut. Des centaines de milliers de personnes déplacées, des infrastructures détruites, une économie exsangue : la région peine à se relever. Une reprise des hostilités risquerait d’aggraver dramatiquement la situation humanitaire, avec des blocus potentiels, des restrictions d’accès à l’aide et de nouveaux flux de réfugiés vers les pays voisins.

Les populations civiles, déjà traumatisées, vivent dans l’angoisse permanente. La suspension des vols complique l’approvisionnement et les déplacements, tandis que les combats locaux menacent directement les communautés installées dans les zones disputées. Chaque jour qui passe sans désescalade augmente les souffrances accumulées.

Vers une désescalade ou une spirale incontrôlable ?

Face à ces développements alarmants, la communauté internationale suit de près l’évolution. L’enjeu est de taille : éviter que l’Éthiopie, pays le plus peuplé de la Corne de l’Afrique, ne sombre à nouveau dans un cycle de violence. Les appels à la retenue et au dialogue se multiplient, mais la méfiance mutuelle reste un obstacle majeur.

Les prochains jours seront décisifs. Si les combats s’arrêtent et que les vols reprennent rapidement, il sera peut-être possible de ramener le calme. Dans le cas contraire, le risque d’une reprise généralisée du conflit grandit. L’histoire récente de la région montre que les escalades peuvent survenir rapidement, avec des conséquences humaines et politiques incalculables.

Le silence des principaux acteurs officiels n’aide pas à apaiser les esprits. Chaque heure sans communication claire alimente les spéculations et la peur. Dans une région où les souvenirs de la guerre sont encore vifs, la prudence et la vigilance s’imposent plus que jamais.

Restons attentifs aux évolutions sur le terrain. La paix, si durement acquise, reste fragile. Espérons que la raison prévaudra avant qu’il ne soit trop tard pour éviter un nouveau chapitre tragique dans l’histoire tourmentée du nord de l’Éthiopie.

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