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L’État contre Greybull : poursuite choc pour 500 emplois perdus

L'État français décide d'attaquer en justice le fonds Greybull après l'effondrement de Novasco et plus de 500 emplois supprimés. Le repreneur n'aurait injecté qu'une fraction infime des sommes promises... Et si c'était le début d'un grand changement ?

Imaginez un instant : une usine qui tourne depuis des décennies, des centaines de familles qui comptent sur ces salaires pour vivre, et soudain, tout s’effondre. Des promesses mirobolantes de redressement, des millions d’euros annoncés… puis presque rien. C’est l’histoire récente d’une aciérie française qui a vu débarquer un fonds d’investissement étranger avec de grandes ambitions, avant de se retrouver face à un gouffre financier et social. Aujourd’hui, l’État a décidé de ne plus rester spectateur.

Quand un repreneur promet 90 millions… et n’en verse que 1,5

Le feuilleton industriel qui secoue actuellement le secteur de la métallurgie prend une tournure judiciaire très sérieuse. Lundi, les autorités françaises ont officiellement lancé une procédure contre un fonds d’investissement britannique connu pour ses prises de participation dans l’industrie lourde. Ce fonds avait repris en 2024 une entreprise spécialisée dans l’acier, promettant un sauvetage ambitieux.

Pourtant, les faits sont têtus : sur les 90 millions d’euros d’investissement annoncés, à peine 1,5 million auraient été réellement injectés. Pendant ce temps, les pouvoirs publics, eux, ont tenu parole en apportant près de 85 millions d’euros. Le fossé est immense. Il atteint 88,5 millions selon les calculs officiels. Cette différence abyssale est aujourd’hui au cœur du conflit judiciaire.

Un sentiment d’abandon dans les territoires concernés

Derrière les chiffres froids se cachent des réalités humaines très dures. L’usine d’Hagondange, située dans l’est de la France, était un pilier économique local. Des générations d’ouvriers y ont travaillé. Quand la nouvelle de la liquidation partielle est tombée, c’est tout un pan de vie sociale qui a vacillé.

Les habitants décrivent un mélange de colère et d’impuissance. Beaucoup se sentent trahis par un système où les promesses peuvent s’envoler sans conséquence immédiate pour ceux qui les font. C’est précisément pour répondre à ce sentiment d’injustice que les autorités ont choisi de passer à l’offensive judiciaire.

« L’État ne peut accepter que la collectivité paye le prix de la défaillance de ce fonds d’investissement »

Cette phrase prononcée par le ministre délégué à l’Industrie résume parfaitement l’état d’esprit actuel des pouvoirs publics. Il ne s’agit plus seulement de déplorer une situation, mais bien de montrer que certaines pratiques ne seront plus tolérées.

Deux procédures distinctes mais complémentaires

Les autorités ont opté pour une double stratégie. D’une part, une action en responsabilité civile a été déposée devant le tribunal des activités économiques de Paris. Objectif : obtenir réparation financière pour le préjudice subi par les salariés et par la collectivité.

D’autre part, des éléments susceptibles de caractériser une infraction pénale ont été signalés au procureur de la République. Les accusations portent sur un possible manque de loyauté, voire une tromperie dans la présentation du projet de reprise. L’enjeu est donc à la fois financier et symbolique.

Une première audience procédurale est déjà programmée pour le 7 mai. Ce rendez-vous constituera une étape importante dans ce qui s’annonce comme un bras de fer long et complexe.

Retour sur la chronologie d’un fiasco industriel

Pour bien comprendre les enjeux, il est utile de revenir sur les faits marquants :

  • Reprise de l’entreprise par le fonds britannique en 2024
  • Annonce d’un plan d’investissement massif de 90 millions d’euros
  • Engagement parallèle de l’État à hauteur de 85 millions d’euros
  • Constat très rapide de difficultés beaucoup plus importantes que prévues
  • Injection réelle de seulement 1,5 million d’euros par le repreneur
  • Décision judiciaire du 17 novembre actant une cession partielle
  • Maintien de seulement 145 emplois sur 696

Cette liste, aussi sèche soit-elle, raconte une descente aux enfers assez classique dans certains dossiers de reprise industrielle : enthousiasme initial, découverte de la réalité cachée, puis effondrement rapide.

Le discours du fonds face aux accusations

De son côté, le fonds incriminé maintient avoir respecté ses obligations contractuelles. Selon ses représentants, l’état réel des installations, notamment celui de l’aciérie d’Hagondange, se serait révélé « bien plus préoccupant qu’anticipé ».

Cette ligne de défense classique est souvent entendue dans ce type de contentieux : le repreneur explique qu’il a été victime d’une information incomplète ou biaisée lors de la reprise. Reste à savoir si cette argumentation tiendra face aux juges.

Un signal fort envoyé à tous les repreneurs potentiels

Le ministre délégué l’a dit sans détour : il s’agit d’envoyer un « message très clair ». L’État entend montrer qu’il ne laissera plus passer certaines pratiques qui consistent à promettre beaucoup, investir peu, puis se retirer en laissant la facture aux contribuables et aux salariés.

Dans un contexte où de nombreuses entreprises industrielles cherchent encore des repreneurs, cette posture pourrait changer la donne. Les candidats à la reprise savent désormais qu’un engagement trop léger peut avoir de lourdes conséquences judiciaires.

« Il est indispensable d’envoyer un message très clair que l’État ne se laissera pas faire et qu’il est aux côtés des salariés »

Ces mots traduisent une volonté politique nouvelle : ne plus se contenter d’accompagner les restructurations, mais aussi sanctionner les comportements jugés irresponsables.

Quelles conséquences possibles pour le fonds ?

Si la responsabilité civile du fonds est reconnue, plusieurs scénarios sont envisageables :

  1. Condamnation à verser des dommages et intérêts importants
  2. Obligation de rembourser une partie des aides publiques
  3. Indemnisation des salariés licenciés au-delà des indemnités légales
  4. Éventuelles sanctions complémentaires en cas de condamnation pénale

Chacun de ces points représenterait une première dans le paysage judiciaire français appliqué aux fonds d’investissement étrangers. Le précédent créé pourrait influencer durablement les relations entre repreneurs et pouvoirs publics.

La sidérurgie française à un tournant historique

Ce dossier ne peut être compris sans le replacer dans le contexte plus large de la sidérurgie hexagonale. Depuis plusieurs décennies, le secteur subit de plein fouet la concurrence internationale, la hausse des coûts énergétiques et les exigences environnementales croissantes.

De nombreuses usines ont fermé, d’autres ont été reprises plusieurs fois, chaque fois avec des promesses de modernisation. Le cas actuel illustre cruellement les limites du modèle actuel de reprise par des fonds privés quand ceux-ci ne disposent pas des reins suffisamment solides.

Que retenir de cette affaire qui ne fait que commencer ?

Plusieurs enseignements se dégagent déjà :

  • L’État semble déterminé à ne plus laisser passer certains comportements
  • La responsabilité des repreneurs pourrait devenir plus effective
  • Les engagements financiers devront probablement être mieux sécurisés
  • Les territoires industriels restent extrêmement vulnérables
  • La justice pourrait créer un précédent majeur pour l’avenir

Le 7 mai, date de la première audience procédurale, constituera un moment clé. Mais le véritable verdict, lui, ne tombera probablement que dans plusieurs mois, voire plusieurs années.

En attendant, les 551 salariés dont les postes ont disparu observent, entre espoir et résignation, cette bataille judiciaire qui les dépasse largement. Pour beaucoup, l’essentiel n’est plus seulement de gagner de l’argent, mais bien de rétablir un semblant de justice dans une affaire qui les a durablement meurtris.

À suivre donc, avec la plus grande attention, dans un contexte où l’avenir de l’industrie française se joue aussi sur le terrain judiciaire.

En résumé

Une reprise qui tourne au désastre industriel, un repreneur accusé d’avoir largement failli à ses engagements, un État qui décide de contre-attaquer sur le terrain judiciaire : le dossier Novasco pourrait marquer un tournant dans la manière dont la France gère les reprises d’entreprises industrielles par des fonds étrangers.

Les prochains mois seront décisifs pour savoir si cette offensive marque réellement le début d’une nouvelle ère ou reste un coup d’éclat isolé dans une saga industrielle déjà très longue et douloureuse.

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