Après plus d’un an de détention dans les geôles russes, le journaliste américain Evan Gershkovich a recouvré la liberté en août dernier. Dans sa première enquête depuis sa libération, publiée dans le Wall Street Journal, il lève le voile sur l’unité secrète du FSB responsable de son emprisonnement et de celui de nombreux autres occidentaux : la DKRO.
Une force spéciale dans l’ombre
Forte d’environ 2000 agents, la DKRO est une division d’élite du FSB, les services secrets russes. Dirigée par un certain Minaev qui jouerait un « rôle direct dans le choix des Américains à arrêter », selon les informations recueillies par Evan Gershkovich et ses confrères, cette unité ultra-spécialisée est notamment chargée de la surveillance des journalistes étrangers via une subdivision dédiée.
Lors de son passage en prison, Evan Gershkovich a lui-même été informé par l’enquêteur en chef de son dossier qu’il avait été « arrêté et inculpé en tant qu’agent de la CIA » sur décision de la DKRO. Une accusation qu’il n’a cessé de réfuter, soutenu par son employeur et les autorités américaines.
Un outil de répression interne
Mais les activités de la DKRO ne se limitent pas à la traque des ressortissants étrangers. D’après les révélations du Wall Street Journal, cette unité contribue activement à la répression interne en Russie, ayant « ordonné l’arrestation de centaines de Russes accusés d’espionnage, de collaboration ou de trahison ».
La DKRO a ordonné l’arrestation de centaines de Russes accusés d’espionnage, de collaboration ou de trahison.
The Wall Street Journal
Des arrestations d’occidentaux en série
Ces dernières années, dans un contexte de tensions croissantes entre la Russie et l’Occident, plusieurs citoyens américains et d’autres nationalités ont été arrêtés et lourdement condamnés par la justice russe. Washington accuse Moscou de vouloir utiliser ces détenus comme monnaie d’échange contre des Russes emprisonnés aux États-Unis.
Le cas d’Evan Gershkovich n’est en effet pas isolé. D’autres figures comme Paul Whelan, ancien marine américain condamné à 16 ans de prison pour espionnage en 2020, ou encore Trevor Reed, étudiant emprisonné pendant près de 3 ans avant d’être échangé en avril 2022, témoignent des méthodes expéditives employées par le régime russe.
Un témoin capital
De par son expérience personnelle et son statut de journaliste, Evan Gershkovich apparaît comme un témoin capital pour comprendre les rouages de cette unité si secrète du FSB. Son long article fouillé, rédigé avec l’aide de ses confrères sur la base d’entretiens avec des responsables occidentaux et des opposants russes, offre un éclairage inédit sur les coulisses de la répression orchestrée par le Kremlin.
À travers son récit, le journaliste met en lumière les dérives d’un système opaque qui n’hésite pas à utiliser tous les moyens à sa disposition, y compris l’emprisonnement arbitraire, pour servir ses intérêts et faire taire les voix dissonantes, qu’elles soient russes ou étrangères. Un témoignage précieux et courageux.