Imaginez la scène : le cours du Solana tombe sous la barre symbolique des 140 dollars, les graphiques sont rouges, les commentateurs paniquent… et pourtant, discrètement, des millions de dollars entrent dans les ETF dédiés à cette blockchain. C’est exactement ce qui s’est passé le 28 novembre 2025. Un paradoxe fascinant qui mérite qu’on s’y arrête longtemps.
Un retour timide mais symbolique des flux
Après vingt-et-un jours consécutifs de sorties nettes – une véritable hémorragie –, les ETF spot Solana ont enfin enregistré des entrées positives. 5,37 millions de dollars, ce n’est pas énorme en valeur absolue, mais le signal est puissant. C’est la première fois depuis trois semaines que les investisseurs institutionnels (ou du moins certains d’entre eux) décident de revenir sur le dossier Solana.
Cette inversion intervient alors que le SOL a perdu près de 30 % sur les trente derniers jours. Le timing est presque trop parfait pour être un hasard.
Qui a ouvert le robinet ?
Deux acteurs se détachent clairement dans cette reprise :
- Grayscale (GSOL) : +4,33 millions de dollars en une seule journée
- Fidelity (FSOL) : +2,42 millions de dollars
À l’inverse, le produit 21Shares (TSOL) a continué de subir des sorties (-1,38 million), tandis que Bitwise, VanEck et Canary sont restés à zéro flux. Le paysage des ETF Solana reste donc très concentré sur quelques gros acteurs.
Le cumul des entrées nettes depuis le lancement de ces produits atteint désormais 618,59 millions de dollars. Les actifs sous gestion flirtent avec les 890 millions. Ce n’est pas encore le raz-de-marée des ETF Bitcoin ou Ethereum, mais la trajectoire est là.
Pourquoi le prix ne suit-il pas ?
Voici la grande question que tout le monde se pose. Des entrées, même modestes, devraient théoriquement soutenir le cours. Pourtant le SOL a clôturé la journée à 136,82 dollars, en baisse de plus de 3,6 % sur 24 heures.
Plusieurs explications cohabitent.
D’abord, le volume reste faible : 30 millions de dollars échangés sur ces ETF le 28 novembre, c’est peanuts face aux milliards qui circulent quotidiennement sur le marché spot et les perpétuels. L’impact direct des ETF reste marginal pour l’instant.
Ensuite, la rotation sectorielle est brutale. Plus de 1 000 milliards de dollars se sont évaporés de la capitalisation des altcoins ces dernières semaines au profit des stablecoins et, dans une moindre mesure, du Bitcoin. Solana n’est pas épargné.
Enfin, et c’est peut-être le plus intéressant : certains y voient une accumulation discrète. Les institutionnels profiteraient de la faiblesse des prix pour se positionner à bon compte, sans faire remonter le cours immédiatement. Un schéma déjà observé sur Bitcoin à plusieurs reprises.
Un écosystème qui continue de tourner à plein régime
Car il ne faut pas se leurrer : malgré la correction du token, l’activité on-chain de Solana reste impressionnante. Les volumes DEX dépassent régulièrement ceux d’Ethereum + ses layer 2 combinés. Les inscriptions Pump.fun continuent de générer des frais records. Les développeurs n’ont jamais été aussi nombreux.
Le réseau traite encore plus d’un million de transactions par jour en moyenne, avec des pics à plusieurs dizaines de millions lors des lancements de memecoins. Le TVL (valeur totale verrouillée) oscille autour des 10 milliards de dollars, loin des sommets de 2021 mais toujours très honorable pour un cycle baissier.
En clair : le prix peut bien faire ce qu’il veut à court terme, l’usage, lui, ne faiblit pas.
Que nous disent vraiment ces ETF ?
Les produits d’investissement traditionnels sur Solana sont encore jeunes. Ils n’ont que quelques mois d’existence. Leur taille reste modeste comparée aux géants Bitcoin (plus de 100 milliards AUM) ou Ethereum.
Mais ils constituent un baromètre précieux du sentiment institutionnel. Et ce que l’on observe depuis leur lancement est instructif :
- Bitwise (BSOL) domine très largement avec plus de 527 millions de dollars d’entrées cumulées
- Grayscale et Fidelity se battent pour la deuxième place
- 21Shares est le seul à afficher des sorties nettes (-27,6 millions)
On voit se dessiner une hiérarchie claire, avec des gagnants et des perdants parmi les émetteurs. Exactement comme ce qui s’est passé sur Bitcoin en 2024.
Et maintenant ?
La grande question est de savoir si ce petit rebond des flux annonce une tendance plus durable ou s’il s’agit simplement d’un sursaut isolé.
Techniquement, le niveau des 130-135 dollars constitue une zone de support majeure. Un rebond y est statistiquement probable. À l’inverse, une cassure nette sous 130 ouvrirait la porte à une correction plus profonde vers les 100-110 dollars, niveau des précédents sommets historiques ajustés.
Côté fondamentaux, plusieurs catalyseurs existent pour 2026 : arrivée possible de nouveaux émetteurs d’ETF (Franklin Templeton, Invesco…), maturité croissante des applications DeFi et RWA sur Solana, upgrades techniques (Firedancer, ZK compression…).
Mais à très court terme, le marché reste sous la domination du Bitcoin et des mouvements macro-économiques. Tant que la corrélation avec le BTC reste aussi élevée, Solana aura du mal à s’extraire durablement à la hausse.
Conclusion : patience et perspective
Les 5,37 millions d’entrées du 28 novembre ne vont pas révolutionner le marché du jour au lendemain. Mais ils rappellent une chose essentielle : pendant que les retailers paniquent et vendent, certains acteurs regardent déjà plus loin.
L’histoire des cryptomonnaies est remplie de ces moments où le prix et les fondamentaux semblent totalement déconnectés. Parfois pendant des mois. Et c’est souvent à ces moments précis que se construisent les grandes tendances de demain.
Le SOL sous 140 dollars avec des ETF qui recommencent à acheter ? Ce n’est peut-être pas une catastrophe. C’est peut-être une opportunité.
« Les marchés peuvent rester irrationnels plus longtemps que vous ne pouvez rester solvables », disait Keynes. En crypto, on pourrait ajouter : « …et parfois, c’est précisément quand tout semble perdu que les smart money commencent à acheter. »
À bon entendeur.









