L’arrestation mouvementée d’un migrant camerounais de 37 ans en gare de Toulon le samedi 12 novembre marque la fin d’une cavale sanglante à travers l’Europe. Sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), l’homme est soupçonné d’être l’auteur de plusieurs meurtres particulièrement violents de personnes sans-abri.
Le périple meurtrier d’un migrant violent
Selon des sources policières, le suspect serait impliqué dans plusieurs homicides commis ces derniers mois à Lyon, Évry, Strasbourg, Dijon ainsi qu’à Rotterdam aux Pays-Bas. Les victimes, toutes des personnes vivant dans la rue, auraient été sauvagement attaquées à coups de parpaing alors qu’elles dormaient.
Le 5 novembre dernier à Rotterdam, un SDF de 37 ans a été grièvement blessé après avoir reçu une dalle de béton sur le crâne. Son état reste critique. Quelques jours plus tard à Lyon, un sans-abri moldave a été tué selon le même mode opératoire. Ces agressions d’une violence inouïe ont déclenché une vaste chasse à l’homme.
Traque d’un migrant camerounais incontrôlable
Le signalement d’un individu correspondant à la description du meurtrier présumé a été diffusé aux polices belge et française suite à l’agression de Rotterdam. L’homme, déclarant se nommer Levis Ekini et être de nationalité camerounaise, avait été aperçu dans un train en direction de la Belgique après les faits.
Faute de papiers d’identité, l’identité réelle du suspect est en cours de vérification. Repéré dans plusieurs villes où des agressions similaires ont eu lieu, il était visé par un mandat d’arrêt pour assassinats.
Interpellation mouvementée dans un train
C’est finalement à Toulon, après avoir violenté une jeune femme dans un train, que l’individu a été appréhendé. Reconnu par des policiers, il a été maîtrisé non sans difficultés, semant un vent de panique parmi les passagers.
Placé en garde à vue, le Camerounais conteste pour l’heure les faits qui lui sont reprochés. Les enquêteurs devront établir son parcours exact et son lien avec la série noire d’agressions qui endeuille les villes traversées. Le parquet d’Evry, saisi après une attaque dans cette ville, centralise les investigations.
Rebondissement : le suspect formellement identifié
Ce 15 novembre, un rebondissement vient confirmer la piste du suspect camerounais. D’après le parquet de Lyon, « les analyses génétiques diligentées dans le cadre de l’enquête ouverte pour assassinat ont permis d’établir un rapprochement avec les faits dont le parquet d’Evry est saisi ». La même source indique que le dossier lyonnais va être transféré à Évry « dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice ».
Le magistrat évrien envisage désormais de regrouper l’ensemble des enquêtes visant le Camerounais, qui doit être présenté à un juge d’instruction en vue de sa probable mise en examen. Derrière l’errance et la violence aveugle de cet homme se dessinent les failles d’un système migratoire défaillant, incapable de protéger efficacement ses ressortissants comme ceux des pays traversés.
Scènes d’horreur et détresse des victimes
Derrière la froide mécanique judiciaire se cachent des destins brisés et des traumatismes indélébiles. Un témoin de l’agression de Rotterdam livre un récit glaçant.
Je passais sous le pont quand j’ai entendu un grand bruit. J’ai vu cet homme penché sur un corps inerte, un parpaing ensanglanté à la main. Il avait l’air possédé, son regard était vide. Il s’est enfui en me bousculant, j’en tremble encore.
– Un riverain choqué.
Les proches des victimes, eux, oscillent entre colère et incompréhension. « Mon frère n’avait pas une vie facile mais il ne méritait pas de finir comme ça », confie, éplorée, la sœur de l’homme tué à Lyon. « Personne ne devrait mourir ainsi, qu’on ait un toit ou non. J’espère que le responsable paiera pour ses actes. »
Au fil des révélations sur le profil du mis en cause, c’est une détresse psychologique lourde qui se fait jour. Selon des associations caritatives locales, l’homme était connu pour son instabilité et sa propension à la violence depuis son arrivée sur le territoire national il y a 5 ans.
Malgré nos efforts, nous n’avons jamais réussi à l’intégrer dans un centre d’hébergement sur le long terme. Il se montrait agressif, parfois délirant. Avec le recul, il est clair qu’il avait besoin d’une prise en charge psychiatrique lourde.
– Le président d’une association d’aide aux migrants.
La longue errance d’un migrant psychologiquement fragile
Comment cet homme vraisemblablement atteint de troubles mentaux sévères a-t-il pu passer entre les mailles du filet si longtemps et sillonner l’Europe sans être inquiété ? C’est toute la question de la prise en charge des personnes migrantes les plus vulnérables qui est posée.
En situation irrégulière depuis plusieurs années, le suspect camerounais n’a bénéficié d’aucun accompagnement adéquat malgré sa fragilité manifeste. Pour les défenseurs des droits des demandeurs d’asile, ce drame illustre tragiquement les carences de l’intégration.
La précarité administrative, sociale et sanitaire des migrants demeurera un terreau pour ce type de drames tant qu’une approche plus humaine et individualisée de l’accueil ne sera pas mise en œuvre. Construire des murs ou multiplier les OQTF n’y changera rien.
– Un avocat spécialiste du droit d’asile.
Derrière le déchaînement de violence d’un homme, ce fait divers tragique met en lumière un angle mort des politiques migratoires : la santé mentale des exilés. Un enjeu crucial et pourtant négligé, dont les conséquences peuvent être dévastatrices.