Un potentiel minier gigantesque mais freiné par la réalité arctique
Le Groenland n’est pas seulement une étendue de glace et de fjords spectaculaires. Son sous-sol recèle une variété impressionnante de ressources minérales. Plus de 70 types différents de minéraux font l’objet d’explorations actives. Parmi eux, l’or domine avec près de 50 permis qui le mentionnent, suivi du cuivre et du nickel. Les fameuses terres rares, indispensables pour les aimants permanents, les batteries et l’électronique avancée, apparaissent dans une vingtaine de permis. D’autres éléments stratégiques comme le graphite, le molybdène ou le zinc complètent ce tableau.
Mais pourquoi si peu d’exploitation malgré ces richesses ? Les conditions extrêmes expliquent beaucoup. L’île est couverte de glace sur la majeure partie de sa surface, rendant impossible toute prospection ou extraction dans ces zones. Seule la frange côtière, plus accessible, concentre les activités. Les températures glaciales, les fjords gelés une grande partie de l’année et l’absence quasi totale d’infrastructures routières ou portuaires compliquent chaque étape, de l’exploration à la production.
Le chemin entre une découverte prometteuse et une mine productive est semé d’embûches. Il faut des années, parfois des décennies, pour passer de l’exploration à l’exploitation. Les évaluations environnementales strictes, les questions de faisabilité économique et les impacts sociaux sur les communautés locales freinent souvent les projets. Certains sont même abandonnés en cours de route.
Les deux seules mines en activité aujourd’hui
Sur l’ensemble du territoire, deux sites seulement extraient activement des minerais. La première est une mine d’anorthosite, une roche aux applications industrielles variées, notamment dans la fabrication de verre spécial, de céramiques ou de matériaux de construction. Gérée par une société disposant de capitaux canadiens et suisses, elle opère dans des conditions arctiques rudes mais parvient à maintenir une production continue, servant même de modèle pour d’autres initiatives.
La seconde est une mine d’or, exploitée par une entreprise fondée par un entrepreneur islandais et cotée au Canada. Elle représente un exemple réussi de relance d’un ancien site, démontrant que, malgré les obstacles, une exploitation viable est possible quand les conditions s’alignent.
Ces deux opérations illustrent parfaitement la réalité groenlandaise : même les projets qui aboutissent restent modestes en échelle comparés aux ambitions globales pour les ressources critiques.
Les permis miniers : un paysage en évolution
Les autorités groenlandaises accordent actuellement plus d’une centaine de permis miniers actifs. La grande majorité concerne l’exploration, qui donne un accès exclusif à des zones pour rechercher divers minéraux (à l’exception des hydrocarbures et des éléments radioactifs sauf exceptions). Une poignée seulement sont des permis d’exploitation, autorisant l’extraction effective.
Parmi les projets avancés mais pas encore en production :
- Une société américaine détient le seul permis actif pour des terres rares dans le sud, mais le démarrage n’est pas attendu avant plusieurs années.
- Une entreprise britannique a obtenu un permis pour un gisement de graphite, avec une production prévue autour de 80 000 tonnes de concentré par an, mais le début commercial est envisagé pour 2029.
- D’autres initiatives concernent l’anorthosite supplémentaire ou le molybdène, soutenu par des intérêts européens et canadiens.
Certains permis d’exploitation sont détenus par des sociétés dont les projets sont suspendus ou en phase de désengagement, soulignant la volatilité du secteur.
« Le chemin qui mène de l’exploration à l’exploitation est long, complexe et prend souvent de nombreuses années. »
Une porte-parole de l’Autorité des ressources minérales du Groenland
Cette citation résume bien la situation : patience et résilience sont indispensables.
L’impact du changement climatique sur les perspectives
Le réchauffement accéléré modifie la donne. La fonte des glaces libère progressivement des zones autrefois inaccessibles et ouvre de nouvelles routes maritimes arctiques. Cela pourrait faciliter le transport des minerais vers les marchés mondiaux. Pourtant, paradoxalement, cela pose aussi des problèmes environnementaux accrus, car les écosystèmes fragiles sont perturbés.
Les activités minières se concentrent toujours sur les régions côtières plus clémentes, comme Sermersooq ou Kujalleq au sud-est. L’intérieur reste hors d’atteinte en raison de l’épaisseur glaciaire. Ainsi, une grande partie du potentiel reste inexplorée.
Pour les hydrocarbures, trois permis d’exploration pétrolière persistent jusqu’en 2028, détenus par une société britannique. Les estimations indiquent des réserves modestes à l’échelle mondiale dans l’est du Groenland, mais l’exploitation reste hypothétique.
Les défis environnementaux et sociaux au cœur des débats
L’exploitation minière au Groenland n’est pas seulement une question technique ou économique. Elle soulève des enjeux profonds pour les populations locales, majoritairement inuites. La pêche et le tourisme, piliers de l’économie, pourraient souffrir d’impacts négatifs. Les évaluations environnementales rigoureuses visent à protéger ces intérêts.
Les projets impliquant des éléments radioactifs, comme certains gisements de terres rares associés à l’uranium, font face à des restrictions politiques fortes. La société groenlandaise débat intensément de l’équilibre entre développement économique et préservation de l’environnement.
Les investisseurs doivent naviguer dans un cadre réglementaire exigeant, où le consentement des communautés locales joue un rôle clé. Cela explique pourquoi tant de projets stagnent malgré l’intérêt international croissant.
Un intérêt géopolitique croissant
Le sous-sol groenlandais n’attire pas seulement des entreprises privées. Des puissances internationales manifestent un intérêt stratégique pour sécuriser des approvisionnements en minéraux critiques. Le contexte de tensions mondiales autour des chaînes d’approvisionnement amplifie cette attention.
Malgré cela, le Groenland maintient une approche prudente, privilégiant une exploitation responsable et durable. Les autorités insistent sur le long terme plutôt que sur des développements précipités.
En conclusion, le Groenland représente un paradoxe fascinant : un trésor minéral immense sous une nature hostile, avec un potentiel énorme mais une réalité d’exploitation très limitée. Les deux mines actives prouvent que c’est possible, mais les nombreux projets en attente rappellent que la patience est de mise. Avec le changement climatique qui redessine les cartes, l’avenir de ce secteur pourrait évoluer, mais toujours sous la contrainte des réalités arctiques implacables.









