Et si le plus habile des voleurs ne parvenait jamais vraiment à voler sa propre liberté ? Dans les ruelles poussiéreuses de Port Victory, au cœur des années 1850, Jack Dawkins continue de défier le destin. La saison 2 du Renard, prince des voleurs plonge encore plus profondément dans les ténèbres de l’âme humaine, entre scalpels tachés de sang et promesses d’amour brisées.
Ce qui frappe d’emblée dans cette deuxième salve d’épisodes, c’est l’intensité dramatique qui ne faiblit jamais. Loin de se contenter de recycler les thèmes dickensiens, la série ose explorer les conséquences brutales des choix passés. Jack, autrefois surnommé le Renard rusé, se retrouve aujourd’hui face à un miroir impitoyable.
Un final qui redéfinit tout
La tension monte crescendo jusqu’à un dernier épisode qui laisse peu de répit au spectateur. Chaque plan, chaque dialogue semble peser des tonnes. On sent que les scénaristes ont voulu aller au bout des contradictions internes de leurs personnages.
Jack face à la corde : une évasion au goût amer
Condamné pour un crime qu’il n’a pas commis, Jack attend la pendaison dans une cellule humide. L’atmosphère est suffocante. Pourtant, contre toute attente, la trappe ne s’ouvre pas ce jour-là. Une intervention venue de l’ombre change le cours des événements.
Mais cette grâce inattendue ressemble davantage à une nouvelle sentence. Jack retrouve la lumière du jour, reprend son bistouri, opère à nouveau. Seulement voilà : chaque suture qu’il pose est désormais surveillée. Chaque patient qu’il sauve porte le poids d’une liberté conditionnelle.
La condition la plus cruelle ? Deux longues années loin de Belle. Une décision imposée par des mains puissantes qui veulent protéger la respectabilité sociale. Jack respire, mais à quel prix ?
Belle entre deux feux : amour ou ambition ?
Belle Fox n’a jamais été du genre à capituler facilement. Elle rêve de devenir médecin dans une époque qui réserve cette vocation presque exclusivement aux hommes. Son talent est évident, son courage aussi. Pourtant, sa mère veille au grain.
Lady Jane voit en Jack une menace permanente pour la réputation familiale. Elle préfère un avenir stable, respectable, loin des scandales. L’apparition d’un prétendant idéalement placé dans la société vient encore compliquer les choses.
« Je refuse de choisir entre celui que j’aime et ce que je suis destinée à devenir. »
– Belle, dans un moment de colère contenue
Cette phrase résume parfaitement le déchirement intérieur de la jeune femme. Elle aime Jack d’un amour viscéral, mais elle refuse de renoncer à ses rêves. La distance imposée devient alors un terrain de bataille émotionnel.
Fagin : le père toxique par excellence
Personne n’incarne mieux la complexité des liens familiaux tordus que Fagin. Il sauve Jack, oui. Mais il le fait selon ses propres règles. Il rêve d’une dynastie criminelle légitimée, d’une enseigne « Fagin & Fils » qui sonnerait presque respectable.
Ses manipulations sont subtiles, ses mots toujours choisis pour toucher la corde sensible. Pourtant, au fil des épisodes, Jack commence à voir clair. L’amour que lui porte Fagin est réel, mais il est empoisonné par l’égoïsme et le contrôle.
Ce constat marque un point de non-retour. La relation père-fils, ambiguë depuis le début, se fracture définitivement. Jack comprend qu’il doit couper ce cordon vicié s’il veut espérer une vraie rédemption.
Henry Boxer : l’adversaire qui admire
L’inspecteur Henry Boxer aurait pu n’être qu’un antagoniste classique. Il représente la loi, l’ordre, tout ce que Jack a fui toute sa vie. Pourtant, le personnage gagne en nuance au fil de la saison.
Boxer observe Jack opérer. Il voit le génie médical, la précision des gestes, le sang-froid en situation critique. Une forme d’admiration muette s’installe. L’ennemi juré devient presque un témoin privilégié du talent de Jack.
Cette ambivalence enrichit considérablement le récit. Elle montre que même dans un monde manichéen, les frontières entre bien et mal peuvent s’estomper.
Le monde criminel se réinvente
La série ne se contente pas de suivre Jack et Belle. Elle élargit son regard sur l’ensemble de la petite communauté de marginaux. Fanny, la sœur de Belle, s’intègre avec une aisance déconcertante dans cet univers interlope.
Elle apporte une fraîcheur inattendue, une forme de modernité dans un monde régi par des codes anciens. Sa présence questionne les rôles de genre et les hiérarchies établies au sein même du banditisme.
Le crime évolue, s’adapte. Il devient presque une entreprise avec ses ambitions, ses rivalités internes, ses codes d’honneur tordus. Fagin n’est plus seulement un receleur ; il aspire à devenir un véritable chef d’entreprise du vice.
Une rédemption à double tranchant
Jack sauve des vies à l’hôpital. Chaque opération réussie le rapproche un peu plus de l’homme qu’il veut devenir. Pourtant, à chaque fois qu’il franchit les portes de l’établissement, son passé le rattrape.
Des ombres rôdent encore. Des dettes anciennes, des ennemis jamais vraiment oubliés. Le monde refuse de le laisser choisir une seule identité. Il doit rester à la fois chirurgien et ancien voleur. Cette dualité permanente devient presque insoutenable.
« On ne quitte jamais vraiment les rues quand les rues vous ont fabriqué. »
Jack Dawkins, regard perdu dans le vide
Cette réplique résonne longtemps après le générique de fin. Elle pose la question centrale de toute la saison : peut-on vraiment échapper à ce que l’on a été ?
Un succès critique incontestable
La saison 2 a été accueillie avec un enthousiasme rare. Les critiques saluent unanimement la maturité du propos, la profondeur psychologique des personnages et la qualité visuelle exceptionnelle.
Chaque épisode est travaillé comme un petit film. Les décors reconstituent avec soin l’Australie coloniale, les costumes sont d’une précision remarquable, la photographie joue magistralement sur les contrastes ombre/lumière.
Mais au-delà de la forme, c’est le fond qui marque. La série ose parler de rédemption sans jamais tomber dans le manichéisme facile. Elle montre que le chemin vers la lumière est semé d’embûches, de doutes et de rechutes possibles.
Et maintenant ? Vers une saison 3 ?
Le final laisse volontairement de nombreuses portes ouvertes. Jack est vivant, mais fragile. Belle reste tiraillée. Fagin rumine dans l’ombre. De nouveaux personnages apparaissent, porteurs de menaces inédites.
Le succès critique et l’attachement du public rendent une suite très probable. Pourtant, rien n’est encore officialisé. Les scénaristes ont-ils envie de pousser encore plus loin cette exploration des limites morales ?
Une chose est sûre : l’histoire de Jack Dawkins est loin d’être terminée. Chaque pas qu’il fait vers la rédemption semble le ramener inexorablement vers ses origines. Le Renard parviendra-t-il un jour à poser définitivement son masque ?
En attendant une éventuelle saison 3, une certitude demeure : cette deuxième saison a hissé la série au rang des productions les plus audacieuses et les plus abouties du moment. Elle mérite largement qu’on s’y attarde, qu’on la décortique, qu’on la discute.
Car au fond, derrière les barreaux, les scalpels et les robes victoriennes, c’est bien de nous qu’il est question. De nos propres chaînes invisibles. De nos luttes intérieures. De notre capacité – ou non – à changer vraiment.
Et ça, c’est tout simplement fascinant.









