Dans une déclaration sans précédent, le Premier ministre civil du Mali, Choguel Kokalla Maiga, a publiquement appelé les chefs de la junte militaire au pouvoir à entamer des discussions sur la fin de la période dite de « transition ». Cette prise de position audacieuse intervient dans un contexte de tensions croissantes, alors que le pays est dirigé par les militaires depuis les coups d’État successifs de 2020 et 2021.
Un appel à rendre le pouvoir aux civils
Lors d’un discours devant les partisans de son mouvement politique, le M5-RFP, M. Maiga a souligné l’urgence de discuter de la fin de la transition. Initialement, la junte s’était engagée à organiser des élections et à remettre le pouvoir aux civils avant la fin du mois de mars 2024. Cependant, cette échéance a été reportée sine die, sans consultation préalable au sein du gouvernement.
La Transition était sensée prendre fin le 26 mars 2024. Mais elle a été reportée sine die, unilatéralement, sans débat au sein du gouvernement.
Choguel Kokalla Maiga, Premier ministre civil du Mali
Le Premier ministre a exprimé sa frustration face à l’absence de débat sur cette question cruciale. Il a déploré le fait d’être réduit à se contenter de rumeurs relayées par la presse ou à interpréter les faits et gestes du Ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.
Des risques de « graves remises en cause »
M. Maiga a mis en garde contre les dangers d’une telle situation, évoquant « le spectre de la confusion et de l’amalgame » qui plane sur la transition. Il a souligné les risques de « graves remises en cause » et de « retour en arrière » si la situation n’évoluait pas.
Malgré ces critiques, le Premier ministre a tenu à saluer le rôle des forces armées, appelant à l’unité et au respect des autorités politiques, qu’il considère comme les garants de la force et de la stabilité du pays.
Une prise de position sans précédent
L’appel lancé par Choguel Kokalla Maiga marque une étape importante dans les relations entre le gouvernement civil et la junte militaire au Mali. C’est la première fois qu’un haut responsable politique ose critiquer ouvertement les dirigeants militaires depuis leur arrivée au pouvoir.
En mai dernier, le mouvement M5-RFP avait déjà publié une déclaration critiquant la junte pour ne pas avoir respecté le délai imparti pour rendre le pouvoir aux civils. Un allié de M. Maiga, signataire de cette déclaration, avait été condamné à un an de prison en juillet avant d’être libéré en septembre, sa peine ayant été commuée.
Un contexte de répression des critiques
L’appel du Premier ministre intervient dans un contexte de répression des voix critiques envers la junte. En juin dernier, onze personnes avaient été arrêtées pour « complot contre les autorités légales » après avoir exprimé leur désaccord avec l’action des militaires au pouvoir.
Cette situation témoigne des tensions qui persistent au Mali, un pays plongé dans une crise politique et sécuritaire depuis 2012. Le pays fait face à des attaques régulières de groupes jihadistes et d’autres groupes armés, ainsi qu’à des affrontements avec des forces séparatistes dans le nord.
Un avenir incertain pour le Mali
L’appel lancé par Choguel Kokalla Maiga soulève de nombreuses questions quant à l’avenir politique du Mali. La junte militaire acceptera-t-elle d’ouvrir des discussions sur la fin de la transition ? Quelles seront les conséquences de cette prise de position audacieuse pour le Premier ministre et son mouvement politique ?
Les prochaines semaines et les prochains mois s’annoncent décisifs pour le Mali. La communauté internationale, qui suit de près la situation dans le pays, attend des signes concrets d’une transition vers un gouvernement civil et d’un retour à l’ordre constitutionnel.
Il reste à espérer que toutes les parties prenantes, qu’elles soient civiles ou militaires, sauront faire preuve de sagesse et de responsabilité pour permettre au Mali de surmonter cette période trouble de son histoire et de retrouver le chemin de la stabilité et de la démocratie.