Imaginez un monde où envoyer de l’argent de Berlin à Lisbonne coûte presque rien, se fait en quelques secondes et reste entièrement libellé en euros. Ce scénario, qui semblait encore futuriste il y a peu, commence à prendre forme dans les discours des plus hautes autorités monétaires européennes. Récemment, le président de la banque centrale allemande a jeté un pavé dans la mare en reconnaissant publiquement les atouts concrets des stablecoins libellés en euros.
Pourtant, loin de se convertir au monde des cryptos privées, cette prise de position reste très encadrée. L’euro numérique, projet piloté par la Banque centrale européenne, demeure l’horizon prioritaire. Entre pragmatisme et prudence stratégique, où se situe réellement l’avenir de la monnaie européenne ?
Quand la Bundesbank ouvre une fenêtre sur les stablecoins européens
Joachim Nagel n’est pas connu pour ses envolées lyriques envers l’univers crypto. Au contraire, il a souvent affiché une méfiance claire envers les actifs numériques non adossés à une autorité centrale. Pourtant, lors d’une intervention remarquée début 2026 devant la communauté d’affaires germano-américaine, il a employé des termes plutôt inhabituels dans sa bouche : il voit du « mérite » dans les stablecoins libellés en euros.
Concrètement, le dirigeant met en avant leur capacité à réduire drastiquement les coûts et les délais des paiements transfrontaliers, que ce soit pour les entreprises ou les particuliers. Dans un contexte où les virements internationaux classiques peuvent encore prendre plusieurs jours et engendrer des frais importants, cette efficacité représente un argument difficile à ignorer.
Les atouts pratiques des stablecoins euro face aux systèmes traditionnels
Les stablecoins, lorsqu’ils sont correctement adossés et régulés, offrent plusieurs avantages structurels. Leur fonctionnement sur des blockchains publiques ou permissionnées permet des règlements quasi-instantanés, 24h/24 et 7j/7. Les intermédiaires sont réduits au minimum, ce qui comprime les coûts.
Pour une PME allemande qui exporte régulièrement vers l’Italie ou la France, la différence entre payer 0,3 % et 20 € fixes par virement SEPA instantané peut vite devenir significative à l’échelle d’une année. Du côté des particuliers, les transferts familiaux transfrontaliers, très fréquents dans l’espace Schengen, pourraient également bénéficier de cette agilité.
« Les stablecoins en euros peuvent représenter un moyen moins coûteux et plus efficace pour les paiements transfrontaliers. »
Joachim Nagel – Président de la Deutsche Bundesbank
Cette citation, prononcée dans un cadre officiel, marque un tournant rhétorique important pour l’institution francfortoise.
Le digital euro reste la priorité stratégique absolue
Malgré cette ouverture, Joachim Nagel réaffirme avec force que le projet de monnaie numérique de banque centrale (MNBC) de détail, autrement dit le digital euro, constitue la réponse souveraine et pan-européenne idéale. Selon lui, il s’agira de la première solution de paiement numérique de détail véritablement paneuropéenne, reposant exclusivement sur des infrastructures européennes.
Ce positionnement n’est pas anodin. Il répond à une double préoccupation : maintenir le contrôle monétaire au sein de la zone euro et éviter une dépendance excessive vis-à-vis de solutions étrangères, notamment américaines.
Le spectre de la dollarisation numérique via les stablecoins US
Quelques jours avant cette intervention, le même dirigeant avait tiré la sonnette d’alarme sur un scénario bien précis : celui d’une domination accrue des stablecoins adossés au dollar américain sur le sol européen. Selon lui, un tel phénomène pourrait « gravement affecter » la transmission de la politique monétaire de la BCE et affaiblir la souveraineté économique du continent.
Cette crainte n’est pas nouvelle, mais elle prend une résonance particulière à l’heure où certains stablecoins dollars affichent des capitalisations plusieurs dizaines de fois supérieures à leurs équivalents européens. La perte de contrôle sur la création monétaire privée devient alors un risque systémique non négligeable.
Wholesale CBDC : la piste discrète mais avancée de la Bundesbank
Parallèlement au retail CBDC, la Bundesbank pousse également sur le segment wholesale. Joachim Nagel a confirmé que des travaux exploratoires significatifs ont déjà été réalisés sur une monnaie numérique de banque centrale de gros, destinée aux institutions financières.
Cette version permettrait notamment des « paiements programmables » en monnaie de banque centrale, ouvrant la voie à des contrats intelligents financiers beaucoup plus complexes et automatisés, tout en conservant la sécurité et la confiance apportées par l’argent central.
De nombreux observateurs estiment que le wholesale CBDC pourrait arriver plus rapidement que son cousin retail, car il soulève moins de questions politiques et sociétales (anonymat, protection des données, inclusion financière, etc.).
Quel cadre réglementaire pour les stablecoins en euros ?
Si les stablecoins en euros présentent un intérêt, leur encadrement reste un sujet sensible. Le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), entré progressivement en application ces dernières années, impose déjà des exigences strictes aux émetteurs de stablecoins : réserve intégrale, audits réguliers, ségrégation des fonds, etc.
Mais des zones grises subsistent, notamment sur l’interaction entre ces actifs privés et l’éventuel digital euro. Faudra-t-il des ponts techniques ? Une hiérarchie de priorité en cas de tension sur les réserves ? La question de la rémunération des stablecoins (yield) divise également fortement outre-Atlantique et pourrait arriver en Europe.
Comparaison internationale : l’Europe à la croisée des chemins
- Aux États-Unis, malgré l’adoption de certaines lois favorisant les stablecoins en 2025, les discussions sur la structure de marché restent bloquées, notamment autour de la question du partage de rendement.
- En Asie, plusieurs juridictions (Hong Kong, Singapour) ont déjà autorisé et encadré des stablecoins tandis que la Chine avance avec son e-CNY déjà opérationnel à grande échelle.
- L’Europe, avec MiCA, dispose d’un cadre juridique unifié – un avantage compétitif majeur – mais tarde encore à voir émerger des acteurs stables de grande envergure libellés en euros.
Cette position intermédiaire pourrait se révéler stratégique si les autorités européennes parviennent à combiner le meilleur des deux mondes : innovation privée et contrôle public.
Vers une coexistence stablecoins privés / digital euro ?
De plus en plus d’experts anticipent un scénario de coexistence plutôt que de remplacement. Les stablecoins privés pourraient occuper les usages les plus transactionnels et innovants (DeFi, NFT marketplaces, micro-paiements machine-to-machine), tandis que le digital euro servirait de fondation de confiance, de valeur refuge numérique et d’outil de politique monétaire.
Cette complémentarité nécessitera toutefois des ponts d’interopérabilité technique et juridique très robustes, ainsi qu’une surveillance permanente des flux pour éviter tout risque systémique.
Les implications pour les citoyens et les entreprises européennes
Pour le citoyen lambda, l’arrivée de solutions de paiement plus rapides et moins chères est évidemment bienvenue. Mais elle soulève aussi des interrogations sur la protection de la vie privée, le risque de gel de fonds en cas de litige avec l’émetteur, ou encore l’exposition indirecte à des crises sur les réserves.
Pour les entreprises, l’enjeu est double : opportunité de réduction des coûts d’une part, nécessité d’intégrer ces nouveaux rails de paiement dans leurs systèmes d’autre part. Les secteurs du e-commerce transfrontalier, du tourisme intra-européen et des freelances internationaux devraient être parmi les premiers bénéficiaires.
Conclusion : pragmatisme allemand au service de la souveraineté européenne
En reconnaissant les mérites des stablecoins en euros sans pour autant renoncer au projet de digital euro, Joachim Nagel et la Bundesbank adoptent une posture pragmatique et réaliste. Ils refusent à la fois le rejet dogmatique et l’enthousiasme naïf.
L’avenir dira si cette voie médiane permettra à l’Europe de conserver la maîtrise de sa monnaie tout en profitant des avancées technologiques. Une chose est sûre : le débat sur l’avenir de l’argent numérique est désormais ouvert au plus haut niveau et il ne fait que commencer.
Et vous, pensez-vous que les stablecoins privés en euros peuvent coexister pacifiquement avec un digital euro souverain, ou voyez-vous plutôt une concurrence inévitable ?
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