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Le divorce entre les médias et X (ex-Twitter) : la fin d’une lune de miel ?

Coup de tonnerre dans le paysage médiatique : des journaux de renom claquent la porte de X, pointant du doigt la prolifération de désinformation. Le début d'une vague de départs ou une simple tempête passagère ? Décryptage d'une relation de plus en plus complexe entre médias traditionnels et réseaux sociaux...

C’est un véritable séisme qui secoue actuellement le monde des médias et des réseaux sociaux. Plusieurs grands journaux internationaux, dont le réputé quotidien britannique The Guardian, viennent de claquer la porte de X, l’ex-Twitter rebaptisé par son nouveau propriétaire Elon Musk. En cause : la propagation rampante de désinformation sur la plateforme, devenue selon eux « toxique » pour l’information.

Twitter, ex-eldorado devenu « cauchemar informationnel » ?

Il y a encore quelques années, Twitter était vu par les médias comme la plateforme incontournable, une porte ouverte vers leurs audiences et leurs sources. Une lune de miel digitale qui semble désormais bien loin. The Guardian, bientôt suivi par les journaux espagnol La Vanguardia et suédois Dagens Nyheter, a en effet annoncé mettre fin à toute publication sur ce qu’il qualifie maintenant de « cauchemar informationnel », miné par « les théories du complot d’extrême droite et le racisme ».

Un revirement spectaculaire qui intervient après le rachat de Twitter par le milliardaire Elon Musk fin 2022. Rebaptisé X, le réseau social a vu sa modération drastiquement réduite au nom d’une liberté d’expression érigée en étendard par son nouveau patron. Une décision clivante qui, couplée au soutien actif de Musk à Donald Trump lors de la dernière présidentielle américaine, pourrait pousser d’autres médias vers la sortie selon les experts.

Une dépendance devenue toxique ?

Pourtant, les débuts entre Twitter et les médias avaient tout du conte de fées. Très vite adopté par les rédactions, le réseau leur offrait une connexion directe et instantanée avec leur public. Mais cette relation fusionnelle s’est progressivement muée en dépendance, Twitter devenant le passage obligé de toute stratégie digitale, au détriment parfois des sites web des médias eux-mêmes. Un « trop-plein de Twitter » dénoncé dès 2014 par le chroniqueur du New York Times, David Carr.

Les médias ont externalisé une grande partie de leurs interactions avec les lecteurs vers les réseaux sociaux comme Twitter. De ce point de vue, ils récoltent ce qu’ils ont semé.

Mathew Ingram, ancien de la Columbia Journalism Review

Une analyse partagée par de nombreux observateurs pour qui ce « divorce » marque l’échec des médias à préserver leur indépendance et leur maîtrise de la conversation avec leurs audiences. Un constat amer qui pose la question des alternatives à ce modèle.

Quitter X : un risque calculé pour les médias ?

Si l’hémorragie venait à se confirmer, quel avenir pour les médias ayant quitté le navire X ? Si certains, à l’image de La Vanguardia, redoutent la perte d’abonnés ayant l’habitude de s’informer via le réseau social, d’autres se veulent plus mesurés. Le trafic généré par X resterait ainsi relativement faible comparé à d’autres plateformes, limitant l’impact financier d’un tel départ.

Preuve en est l’expérience de la radio publique américaine NPR qui, six mois après son retrait de Twitter en 2022, n’a constaté que des effets « négligeables » sur ses audiences et revenus selon un rapport indépendant. Un constat encourageant pour les médias tentés de couper le cordon.

Vers un « web0 » des médias ?

Reste la question épineuse de « l’après-X ». Si certains prônent un report vers d’autres réseaux sociaux émergents comme Bluesky, d’autres appellent les médias à reprendre le contrôle de leurs contenus et interactions, dans une logique de « web0 ». Une piste de réflexion portée par Reporters sans frontières, pour qui cette crise est le symptôme d’un échec plus global des démocraties à réguler efficacement les plateformes en ligne.

Elon Musk n’est que le visage radical d’un problème bien plus large. Il va peut-être falloir réinventer nos propres espaces d’interaction et d’information, en dehors des réseaux sociaux traditionnels.

Vincent Berthier, Reporters sans frontières

Une chose est sûre : la lune de miel entre X et les médias semble bel et bien terminée. Place désormais à une refonte en profondeur des liens entre presse et plateformes. Les prochains mois seront décisifs pour dessiner les contours de ce nouveau paysage informationnel, entre retraits, réinventions et régulations. Le combat ne fait sans doute que commencer.

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