Le destin de Serge Atlaoui, un Français de 60 ans, se joue à des milliers de kilomètres de sa terre natale. Emprisonné en Indonésie depuis 2005, il languit dans le couloir de la mort, condamné pour un trafic de drogue qu’il a toujours nié. Pendant que sa vie ne tient plus qu’à un fil, sa famille mène un combat acharné pour le faire revenir en France et le sauver d’une exécution qui pourrait survenir à tout instant.
Une arrestation sur fond de trafic de drogue
L’histoire de Serge Atlaoui bascule en novembre 2005. Cet artisan soudeur originaire de Metz est arrêté dans une usine proche de Jakarta, la capitale indonésienne. Les autorités y ont découvert de la drogue et accusent le Français d’être un « chimiste » impliqué dans un vaste trafic. Mais Serge Atlaoui clame son innocence. Il affirme avoir été embauché uniquement pour installer des machines industrielles, ignorant tout des activités illicites qui s’y déroulaient.
Une législation indonésienne des plus sévères au monde
Malheureusement pour Serge Atlaoui, l’Indonésie applique l’une des législations antidrogue les plus sévères au monde. Le pays n’hésite pas à condamner à mort les personnes impliquées dans des affaires de stupéfiants, même lorsque les preuves de leur culpabilité sont ténues. C’est ainsi qu’en 2007, Serge Atlaoui est condamné à la peine capitale en appel par la Cour suprême indonésienne, après avoir initialement écopé de la prison à vie.
J’ai toujours clamé mon innocence. Je n’ai jamais été impliqué dans un quelconque trafic de drogue. On m’a piégé, c’est une terrible erreur judiciaire.
Serge Atlaoui, dans une lettre à sa famille
Plus de 15 ans dans le couloir de la mort
Depuis lors, Serge Atlaoui vit un véritable cauchemar. Il passe ses journées enfermé dans une cellule exiguë, subissant la dureté des conditions de détention indonésiennes. Pendant des années, il a été incarcéré sur l’île-prison de Nusakambangan, surnommée « l’Alcatraz indonésien ». Ce père de quatre enfants sait que son exécution peut être programmée à tout moment, au gré des décisions politiques.
En 2015, Serge Atlaoui a bien failli être fusillé. Il figurait sur une liste de condamnés à exécuter, aux côtés de huit autres détenus étrangers. In extremis, il a obtenu un sursis temporaire suite à la pression diplomatique exercée par la France. Depuis, il continue d’espérer et de se battre pour prouver son innocence, avec le soutien indéfectible de ses proches.
La France réclame le rapatriement de son ressortissant
Aujourd’hui âgé de 60 ans, Serge Atlaoui est l’un des nombreux étrangers coincés dans les limbes du système judiciaire indonésien. Selon des sources officielles, 88 prisonniers non-indonésiens attendent actuellement leur exécution dans le pays. Face à cette situation, la France a officiellement demandé le rapatriement de Serge Atlaoui.
Le 4 novembre dernier, l’ambassade de France a remis une lettre du ministre français de la Justice à son homologue indonésien, plaidant pour le retour de Serge Atlaoui dans son pays natal. Les autorités françaises espèrent que ce transfert pourra se concrétiser rapidement, afin de mettre un terme au calvaire enduré par leur concitoyen depuis tant d’années.
D’autres prisonniers étrangers dans l’attente d’un dénouement
La demande de rapatriement formulée pour Serge Atlaoui intervient alors que l’Indonésie discute également avec d’autres pays du sort réservé à certains de leurs ressortissants. C’est notamment le cas de Mary Jane Veloso, une Philippine condamnée à mort en 2010 pour trafic d’héroïne. Son président a récemment annoncé un accord avec Jakarta pour qu’elle puisse revenir aux Philippines.
Cinq Australiens, membres du groupe des « Neuf de Bali » arrêtés pour trafic de drogue en 2005, pourraient aussi bénéficier d’un transfert vers leur pays d’origine. Leur cas doit être évoqué la semaine prochaine lors d’une visite en Indonésie du ministre australien de l’Intérieur.
L’espoir d’une issue positive pour Serge Atlaoui
Dans ce contexte, la famille de Serge Atlaoui veut croire à une issue heureuse pour celui qui est devenu malgré lui le symbole des dysfonctionnements de la justice indonésienne. Après plus de 15 ans de combat, ses proches espèrent que les efforts diplomatiques entrepris permettront enfin son retour en France.
Nous n’abandonnerons jamais. Serge est innocent, il n’a pas sa place dans le couloir de la mort. Chaque jour, nous prions pour qu’il nous soit rendu.
La sœur de Serge Atlaoui
Car au-delà du cas individuel de Serge Atlaoui, c’est toute la question de la peine de mort qui est posée. Dans un monde où de plus en plus de pays abolissent ce châtiment suprême, l’acharnement de l’Indonésie interroge. Les erreurs judiciaires, comme celle dont se dit victime le Français, soulignent la nécessité de réformer un système implacable qui broie des vies.
En attendant, Serge Atlaoui s’accroche à l’espoir ténu d’échapper à la peine capitale et de retrouver un jour les siens. Son histoire, tristement banale sous certains aspects, a pris une dimension symbolique. Elle illustre le long et difficile combat contre la peine de mort, qui se joue parfois à l’autre bout du monde, dans l’ombre des couloirs sordides d’une prison indonésienne.