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Le Cinéma Argentin Brille à Venise

Le cinéma argentin retrouve son éclat à Venise avec cinq films, dont un documentaire poignant. Mais derrière ce succès, une crise menace. Quels défis attendent cette industrie ?

Imaginez une salle obscure où les projecteurs s’allument sur des histoires vibrantes, portées par une nation dont le cinéma a toujours su captiver. À Venise, le cinéma argentin fait son grand retour, illuminant la Mostra avec cinq productions audacieuses. Pourtant, derrière cet éclat, se cache une industrie fragilisée par des coupes budgétaires et des défis structurels. Comment ce secteur parvient-il à briller malgré les obstacles ? Plongeons dans cette renaissance fragile mais prometteuse.

Un retour en force à la Mostra de Venise

Après des années de présence discrète sur la scène internationale, le cinéma argentin retrouve une place de choix à la Mostra de Venise. Cinq productions, dont un documentaire signé par l’illustre Lucrecia Martel, témoignent de cette résurgence. Mais ce retour n’est pas sans paradoxe : il intervient dans un contexte où l’industrie cinématographique nationale fait face à des vents contraires, marqués par des restrictions financières et une réorganisation controversée du soutien public.

Les défis d’un secteur en crise

Depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei en décembre 2023, le paysage cinématographique argentin a radicalement changé. L’INCAA, organisme public chargé de soutenir la production audiovisuelle, a vu ses mécanismes de financement bouleversés. Auparavant, les cinéastes bénéficiaient de subventions ou d’avances sur recettes. Aujourd’hui, ils doivent apporter leur propre financement privé avant d’espérer un soutien, une fois toutes les conditions remplies.

“Depuis la nouvelle direction de l’INCAA, aucun film n’a obtenu de financement.”

Vanesa Pagani, présidente de l’Association des producteurs indépendants

Ce changement a suscité une vive inquiétude. Les fonds collectés par l’INCAA, notamment via un pourcentage des recettes des salles, semblent ne plus être réinvestis dans la production nationale. Cette opacité alimente les critiques, certains experts dénonçant une gestion qui fragilise l’avenir du cinéma local.

Une présence en trompe-l’œil ?

À première vue, la sélection de cinq films argentins à Venise pourrait sembler un signe de vitalité. Pourtant, un regard plus attentif révèle une réalité nuancée. Parmi ces œuvres, on trouve Un cabo suelto de Daniel Hendler, une coproduction avec l’Uruguay et l’Espagne, Pin de fartie d’Alejo Moguillanski, ou encore The Souffleur de Gastón Solinicki, coproduit avec l’Autriche. Le documentaire Nuestra tierra de Lucrecia Martel, présenté hors compétition, se distingue par son engagement, abordant l’assassinat de l’activiste Javier Chocobar et l’expulsion de sa communauté à Tucumán.

Mais pour certains, cette présence est en partie “illusoire”. La majorité de ces films repose sur des coproductions internationales, financées en grande partie par des fonds étrangers. Cette dépendance soulève une question cruciale : peut-on encore parler d’un cinéma purement argentin ?

“Il est difficile de dire qu’il s’agit de films entièrement argentins.”

Javier Campo, chercheur spécialisé dans le cinéma documentaire

Une industrie sous pression économique

Les défis ne se limitent pas aux restrictions de financement. L’Argentine traverse une période de turbulences économiques, avec des coûts de production en hausse et un pouvoir d’achat en berne. Pour les producteurs, tourner un film devient un véritable parcours du combattant. Les difficultés macroéconomiques rendent la création plus ardue, surtout pour les projets indépendants qui ne bénéficient pas du soutien des grandes plateformes.

Face à ce constat, certains professionnels prédisent une baisse significative de la production cinématographique à court et moyen terme. Cette situation menace particulièrement les films à petit budget, souvent porteurs d’une vision artistique unique, qui peinent à trouver leur place dans un marché dominé par des impératifs commerciaux.

Le rôle ambigu des plateformes de streaming

Dans ce contexte, les plateformes de streaming comme Netflix ou Amazon jouent un rôle ambivalent. D’un côté, elles permettent de maintenir une certaine activité en finançant des projets et en créant des emplois. De l’autre, elles privilégient des productions formatées, souvent réalisées par des cinéastes et acteurs déjà établis, au détriment de la diversité et de l’émergence de nouveaux talents.

Les plateformes de streaming en quelques points :

  • Soutien économique : Financement de projets et création d’emplois.
  • Limitation artistique : Priorité aux contenus grand public.
  • Risque pour la diversité : Moins d’espace pour les films indépendants.
  • Absence de renouvellement : Peu d’opportunités pour les nouveaux talents.

Si ces plateformes permettent de “garder la tête hors de l’eau”, elles ne peuvent pas, selon les experts, constituer l’unique modèle de production. Une industrie cinématographique qui repose uniquement sur des géants du streaming risque de perdre ce qui fait sa richesse : sa capacité à raconter des histoires uniques, souvent primées dans les festivals internationaux.

La menace sur la diversité culturelle

Le cinéma argentin s’est longtemps distingué par sa capacité à produire des œuvres audacieuses, souvent saluées dans les festivals pour leur originalité. Mais avec la raréfaction des financements publics et la domination des plateformes, cette diversité est en péril. Les films indépendants, qui portent souvent des récits sociaux ou expérimentaux, risquent de disparaître au profit de productions plus commerciales.

“Une partie du cinéma est perdue, celle qui a du succès dans les festivals.”

Vanesa Pagani

Ce phénomène pourrait également freiner le renouvellement générationnel. Les jeunes réalisateurs, souvent à l’origine d’œuvres innovantes, peinent à accéder aux ressources nécessaires pour concrétiser leurs projets. Sans un soutien public fort, l’Argentine risque de voir s’étioler une nouvelle génération de cinéastes.

Un espoir fragile mais réel

Malgré ces défis, la présence argentine à Venise montre que le cinéma du pays n’a pas dit son dernier mot. Des réalisateurs comme Lucrecia Martel continuent de porter haut les couleurs de l’Argentine, avec des œuvres engagées qui résonnent à l’international. Mais pour que cette dynamique perdure, il faudra repenser le modèle de financement et redonner à l’INCAA les moyens de soutenir pleinement la création.

En attendant, les coproductions internationales et les plateformes de streaming offrent une bouée de sauvetage, mais elles ne suffisent pas à garantir l’avenir d’une industrie riche et diversifiée. Le cinéma argentin, entre résilience et incertitude, continue de fasciner. Reste à savoir s’il pourra surmonter ces épreuves pour écrire un nouveau chapitre de son histoire.

Défi Impact Solution potentielle
Coupes budgétaires Réduction des financements publics Renforcer le rôle de l’INCAA
Dépendance aux coproductions Perte d’identité nationale Encourager les fonds locaux
Domination des plateformes Moindre diversité artistique Soutenir le cinéma indépendant

Le cinéma argentin, malgré les obstacles, reste un symbole de créativité et de résilience. À Venise, il prouve qu’il peut encore briller. Mais pour que cet éclat perdure, il faudra un engagement fort, tant de la part des institutions que des cinéastes eux-mêmes. L’histoire continue, et elle promet d’être captivante.

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