Chaque mercredi soir, des milliers de téléspectateurs allument leur poste pour plonger dans un univers où les mots prennent vie. L’émission La Grande Librairie continue de fédérer autour d’un plateau où se croisent les plumes les plus singulières du moment. Le 4 février 2026, Augustin Trapenard a réuni un casting particulièrement riche qui promet de faire voyager les esprits entre l’Ouest américain mythique, le Moyen Âge ravagé par la peste et les tourments de notre époque contemporaine.
Ce numéro marque une nouvelle étape dans la volonté affichée par le présentateur de proposer des échanges profonds, sans concession, sur ce que les livres nous disent du monde d’hier et d’aujourd’hui. Six voix fortes, six regards différents, une soirée qui s’annonce dense et passionnante.
Un plateau d’exception pour explorer l’Histoire et notre présent
Augustin Trapenard sait recevoir. Depuis qu’il a repris les rênes de l’émission en septembre 2022, il a su imposer un ton à la fois exigeant et chaleureux. Le 4 février, il accueille des auteurs dont les travaux interrogent directement les fractures de notre temps, tout en revenant sur des cataclysmes passés dont les échos résonnent encore.
Éric Vuillard et le mythe de Billy the Kid revisité
Éric Vuillard ouvre le bal avec Les Orphelins. L’écrivain et cinéaste, connu pour sa manière incisive de revisiter les grands récits historiques, s’empare ici de la figure de Billy the Kid. Loin du western hollywoodien romantique, Vuillard montre comment ce jeune hors-la-loi incarne les violences fondatrices des États-Unis : conquête des terres, ruée vers l’or, émergence d’un pouvoir étatique souvent confisqué au peuple.
Ce livre n’est pas seulement une biographie. C’est une réflexion sur la manière dont les nations se racontent leur propre naissance. Vuillard excelle à démontrer que derrière les légendes se cachent des rapports de force brutaux, des spoliations massives et des rêves brisés. Le lecteur ressort de cette lecture avec l’impression tenace que l’Amérique n’a jamais vraiment réglé ses comptes avec ses origines violentes.
« L’Histoire n’est jamais neutre. Elle est toujours écrite par ceux qui ont gagné… ou par ceux qui ont survécu pour la raconter. »
Éric Vuillard (extrait adapté)
Ce qui frappe chez Vuillard, c’est sa capacité à mêler précision documentaire et puissance narrative. Il ne se contente pas de relater des faits ; il les fait ressentir. Le spectateur peut donc s’attendre à un échange tendu et passionnant avec Augustin Trapenard sur la construction des mythes nationaux.
Patrick Boucheron face à la plus grande catastrophe démographique
Changement radical d’époque avec Patrick Boucheron et son ouvrage Peste noire. L’historien, spécialiste reconnu du Moyen Âge, ne propose pas ici un énième récit linéaire de l’épidémie de 1347-1352. Il adopte une approche pluridisciplinaire fascinante qui convoque l’archéologie, la génétique, les sciences environnementales et l’histoire sociale.
Comment les sociétés ont-elles réagi face à une mortalité qui a parfois atteint 60 % dans certaines régions ? Quelles traces laissent les épidémies dans les sols, dans les squelettes, dans les récits ? Boucheron montre que la peste n’a pas seulement décimé des populations ; elle a bouleversé les équilibres économiques, religieux et politiques de l’Europe entière.
Le livre interroge aussi notre rapport contemporain aux crises sanitaires. Après plusieurs années marquées par une pandémie mondiale, ces pages résonnent d’une actualité brûlante. L’historien rappelle que les sociétés ne sortent jamais indemnes d’un tel choc, mais qu’elles en ressortent souvent transformées, parfois plus résilientes, parfois plus fracturées.
Lolita Pille et sa relecture passionnée d’Antigone
L’autrice Lolita Pille arrive avec Antigone reine, un texte hybride à mi-chemin entre l’essai littéraire, le récit personnel et la réflexion philosophique. Elle y partage son expérience intime de lectrice et d’écrivaine tout en convoquant des figures tutélaires : Virginia Woolf, Nietzsche, Simone Weil, et bien sûr Sophocle.
Pourquoi Antigone fascine-t-elle encore autant ? Parce qu’elle incarne le refus absolu de la compromission, la révolte contre une autorité injuste, la défense d’une loi supérieure à celle des hommes. Lolita Pille explore comment ce personnage tragique continue d’éclairer nos débats actuels sur la désobéissance civile, le féminisme radical et la quête de sens dans un monde qui semble perdre ses repères.
Le ton est personnel, presque intime. L’autrice ne cherche pas à donner des leçons ; elle partage ses éblouissements, ses colères, ses doutes. Une invitation à relire les classiques avec les yeux d’aujourd’hui.
Charles Danzig et le portrait acide de notre « basse période »
Avec Basse période, Charles Danzig livre une radiographie sans complaisance de notre époque. Il y décrit une société où les repères s’effacent, où montent des formes nouvelles de tyrannie intérieure : autocensure, peur du conflit, culte de la performance individuelle au détriment du collectif.
L’auteur analyse des phénomènes aussi divers que l’hyper-connexion, la polarisation des débats publics, la marchandisation des émotions ou encore la difficulté croissante à penser ensemble. Son style est vif, parfois mordant, toujours stimulant. Il ne propose pas de solution miracle, mais oblige le lecteur à regarder en face ce que nous sommes en train de devenir.
Ce livre arrive à point nommé dans un contexte où beaucoup ressentent une forme de fatigue démocratique. Il sera passionnant d’entendre comment Augustin Trapenard anime ce moment critique.
Laure Murat et la révision permanente du passé
Enfin, Laure Murat clôt ce plateau avec Toutes les époques sont dégueulasses. Historienne et professeure, elle s’interroge sur notre manière contemporaine de relire les textes du passé. Pourquoi certains classiques deviennent-ils soudain gênants ? Pourquoi d’autres sont-ils réhabilités avec ferveur ?
L’essai explore les enjeux de la cancel culture, de la réécriture des programmes scolaires, de la patrimonialisation sélective. Sans jamais tomber dans le jugement moralisateur, Laure Murat montre que chaque époque réinvente le passé à son image… et que cela en dit long sur ses propres angoisses et ses propres valeurs.
Une réflexion passionnante sur la transmission culturelle et sur la responsabilité des intellectuels dans un monde qui questionne de plus en plus ses héritages.
Pourquoi ce numéro est particulièrement attendu
Ce qui rend cette émission si attendue, c’est la diversité des approches. On passe d’une relecture critique du mythe américain à une plongée scientifique dans la plus grande pandémie médiévale, puis à des réflexions très contemporaines sur la désobéissance, la décadence perçue et la réécriture du patrimoine littéraire.
Augustin Trapenard excelle à créer des ponts entre ces univers a priori éloignés. Il pose des questions simples mais profondes : qu’est-ce qui nous fait peur aujourd’hui ? Comment les crises d’hier éclairent-elles celles d’aujourd’hui ? Que nous apprennent les écrivains sur notre capacité à vivre ensemble ?
Le public fidèle de l’émission sait qu’il ne s’agit jamais de simple promotion de livres. C’est un vrai moment de pensée collective, parfois inconfortable, souvent lumineux.
La Grande Librairie : un rendez-vous qui ne faiblit pas
Depuis 2008, l’émission a su traverser les modes et les changements de présentateurs sans perdre son âme. Elle reste l’un des rares espaces télévisuels où la littérature est traitée avec sérieux, sans angélisme ni mépris. Les livres y sont des armes, des refuges, des miroirs tendus à la société.
En accueillant ces six auteurs, Augustin Trapenard confirme une fois de plus que La Grande Librairie est bien plus qu’une émission culturelle : c’est un lieu où l’on vient chercher des clés pour comprendre le monde, et peut-être aussi pour le changer un peu.
Alors, mercredi 4 février 2026, à l’heure habituelle sur France 5, préparez-vous à une soirée intense, érudite et profondément humaine. Les livres ne se contenteront pas de parler : ils questionneront, provoqueront, consoleront. Et c’est exactement pour cela que l’on continue, semaine après semaine, à les ouvrir.
Et vous, lequel de ces ouvrages vous intrigue le plus ? Quel regard sur le passé ou sur le présent avez-vous hâte d’entendre ? La discussion ne fait que commencer.









