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La Corée du Sud face à une crise politique et économique sans précédent

La Corée du Sud est secouée par une crise politique majeure qui fait plonger sa monnaie et mine la confiance de ses entreprises. Le pays cherche des solutions pour surmonter cette période de turbulences et stabiliser son économie, alors que le retour de Donald Trump inquiète. Plongée au cœur du chaos.

Depuis début décembre, la Corée du Sud traverse une crise politique majeure qui ébranle ses fondations économiques. Après un auto-coup d’État manqué du président Yoon Suk Yeol, suivi de sa destitution et de celle de son remplaçant, le pays se retrouve plongé dans le chaos. Les répercussions se font déjà ressentir avec une chute vertigineuse du won, qui a atteint son plus bas niveau depuis 2009 face au dollar, et un recul historique de la confiance des entreprises et des consommateurs.

Un imbroglio constitutionnel qui paralyse le pays

Au cœur de cette crise se trouve un blocage au niveau de la Cour constitutionnelle, qui doit statuer sur la validité de la destitution du président Yoon. Problème : trois des neuf sièges de cette instance sont actuellement vacants. Pour confirmer le départ forcé de Yoon Suk Yeol, il faudrait un vote unanime des six juges restants, sans quoi ce dernier pourrait théoriquement retrouver son poste. Le parlement a bien nommé trois nouveaux juges, mais ces nominations ont été rejetées par le président par intérim Han Duck-soo, lui-même destitué dans la foulée. Résultat : une impasse totale.

Choi Sang-mok, l’homme providentiel ?

C’est désormais Choi Sang-mok, numéro deux du gouvernement et ministre des Finances, qui tient les rênes du pays par intérim. Ce haut-fonctionnaire de carrière de 61 ans a promis de «surmonter cette période de turbulences» et de stabiliser rapidement l’économie. Mais la tâche s’annonce ardue, d’autant que Choi Sang-mok hérite d’un budget 2025 amputé de 4100 milliards de wons (2,7 milliards d’euros) par le parlement, dominé par l’opposition.

La façon la plus facile de sortir de cette crise serait que Choi nomme les nouveaux juges.

Gareth Leather, analyste chez Capital Economics

Cela ouvrirait en effet la voie à une confirmation rapide du départ de Yoon Suk Yeol et à une élection présidentielle anticipée. Mais en attendant, les premiers signes d’un impact sur l’économie se font déjà sentir, avec une croissance au point mort et des perspectives moroses pour 2023.

Le spectre de la polarisation à la thaïlandaise

Au-delà des turbulences à court terme, c’est la polarisation politique extrême qui inquiète les observateurs. Certains, comme l’analyste Gareth Leather, évoquent le cas de la Thaïlande, un autre pays ultrapolarisé dont l’économie stagne depuis un coup d’État en 2014. Si la crise devait s’enliser, la Corée du Sud pourrait connaître le même sort et voir les investissements étrangers se tarir durablement.

Une démocratie plus solide qu’il n’y paraît

Malgré ce tableau sombre, la plupart des économistes soulignent la résilience dont fait preuve jusqu’ici l’économie sud-coréenne face au chaos ambiant. Dès le 4 décembre, la banque centrale s’est engagée à injecter toutes les liquidités nécessaires pour stabiliser les marchés. Et l’indice Kospi de la Bourse de Séoul a limité ses pertes à moins de 4% depuis le début de la crise.

De nos jours, un auto-coup d’État militaire n’est plus possible en Corée du Sud. La société coréenne est suffisamment mûre pour empêcher ce genre d’action complètement folle.

Park Sang-in, professeur d’économie à l’Université nationale de Séoul

Une analyse partagée par ce professeur d’économie qui estime que la démocratie sud-coréenne a résisté à la tentative de coup de force de Yoon Suk Yeol grâce à la mobilisation de la population et à la maturité des institutions. «Les investisseurs n’ont pas à s’inquiéter de la stabilité à long terme», assure-t-il, jugeant la situation «plus stable et plus mûre» qu’aux États-Unis sous Donald Trump.

Le retour de Donald Trump, un motif d’inquiétude

Le probable retour de l’ex-président américain à la Maison Blanche en 2024 suscite néanmoins des craintes à Séoul. Ses promesses de relancer des guerres commerciales tous azimuts font en effet peser un risque supplémentaire sur l’économie sud-coréenne, très dépendante de ses exportations. Il faudra donc suivre de près l’évolution de la situation politique des deux côtés du Pacifique dans les mois à venir.

En attendant, les autorités sud-coréennes s’emploient à rassurer les marchés et la population. Le ministre des Finances Choi Sang-mok multiplie les déclarations apaisantes, affirmant sa «conviction» que le «système économique robuste et résilient» du pays permettra de traverser cette zone de turbulences. Reste à voir si cela suffira à endiguer la spirale de défiance enclenchée par ce chaos politique inédit.

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