En l’espace d’à peine douze jours, le château de cartes syrien s’est effondré sous les yeux d’un Vladimir Poutine impuissant. La chute éclair de son allié Bachar al-Assad face à une offensive rebelle fulgurante marque un sérieux revers géopolitique et militaire pour le maître du Kremlin. Cette défaite cinglante interroge sur l’avenir de la présence russe dans la région et plus largement sur la capacité de projection de Moscou.
Une victoire à la Pyrrhus en 2015
Près de dix ans auparavant, en 2015, l’intervention décisive des forces russes avait permis à l’armée syrienne de reprendre le dessus face à une rébellion protéiforme. Ce succès militaire avait alors consacré le retour en force de la Russie sur la scène internationale, face à des puissances occidentales en retrait. Mais cette victoire se révèle aujourd’hui bien amère.
L’engagement ukrainien, talon d’Achille russe
Comme l’analyse Rouslan Poukhov, directeur d’un think tank moscovite, la Russie ne dispose tout simplement plus des troupes, des ressources et de l’influence nécessaires pour peser efficacement en dehors de sa sphère d’influence post-soviétique. L’assaut prolongé contre l’Ukraine, dans lequel le Kremlin a jeté ses meilleures unités depuis février 2022, a considérablement érodé les capacités militaires russes.
Essayer de maintenir Assad au pouvoir aurait de toute façon abouti à un échec.
Fiodor Loukianov, analyste politique russe
Un dispositif militaire russe imposant mais impuissant
Pourtant, la Russie avait considérablement renforcé sa présence en Syrie depuis 2015 :
- Une base navale stratégique à Tartous, ouvrant sur la Méditerranée
- Un aérodrome militaire à Hmeimim
- Plusieurs milliers de soldats déployés dans le pays
Ces installations permettaient à Moscou de projeter sa puissance bien au-delà des frontières syriennes, notamment en Afrique. Leur perte représenterait un coup dur pour les ambitions régionales russes.
Quel avenir pour la présence russe en Syrie ?
Le Kremlin semble aujourd’hui avoir perdu la main. Nul ne sait si les rebelles, menés par des groupes islamistes radicaux que la Russie a combattus depuis 2015, accepteront de préserver les intérêts russes. Moscou dit mener des négociations pour sécuriser son personnel diplomatique et militaire. Mais un retrait des bases de Tartous et Hmeimim semble de plus en plus probable.
Pour Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, une «période très difficile» s’annonce en Syrie, marquée par une grande «instabilité». Certains blogueurs militaires proches du Kremlin estiment désormais que seule la guerre en Ukraine compte vraiment aux yeux de Moscou. Une façon de minimiser ce qui s’apparente à une véritable débandade géopolitique pour Vladimir Poutine.