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La Chine accroît la pression militaire autour de Taïwan

La Chine muscle sa présence militaire autour de Taïwan avec près de 90 navires déployés. Les États-Unis s'inquiètent et dénoncent un "comportement coercitif". Jusqu'où ira cette démonstration de force ?

Les tensions montent d’un cran en mer de Chine. La Chine a procédé à un déploiement naval massif à proximité de Taïwan, avec près de 90 navires selon un responsable sécuritaire taïwanais cité par l’AFP. Un chiffre « plus élevé » que lors des manœuvres d’envergure déclenchées par Pékin en août dernier en représailles à la visite de Nancy Pelosi, alors présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, à Taïpei.

Le « comportement coercitif » de la Chine dénoncé

Ce déploiement militaire chinois survient alors que le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin est en visite officielle à Tokyo. Lors d’une rencontre avec son homologue japonais, il a fustigé le « comportement coercitif » de la Chine, qui représente selon lui un défi majeur pour la paix et la stabilité dans la région Asie-Pacifique.

« Maintenant, nous sommes lucides concernant les défis pour la paix et la stabilité dans cette région et dans le monde. Cela inclut le comportement coercitif de la République populaire de Chine en mer de Chine orientale, méridionale et ailleurs dans la région »

a déclaré Lloyd Austin

Lloyd Austin a également dénoncé « l’imprudente guerre choisie de la Russie en Ukraine » ainsi que le soutien de la Corée du Nord à Moscou dans ce conflit, qualifiant ces actions de « déstabilisatrices et provocatrices ». Face à ces menaces, il a tenu à réaffirmer « l’engagement élargi et inébranlable des États-Unis en matière de dissuasion à l’égard du Japon et de la Corée du Sud ».

Le Japon inquiet d’une situation « de plus en plus grave »

De son côté, le ministre japonais de la Défense Gen Nakatani a fait part de ses inquiétudes, estimant que la situation sécuritaire dans la région devenait « de plus en plus grave ». Il a remercié Lloyd Austin pour l’engagement américain en matière de « dissuasion » dans le cadre de l’alliance nippo-américaine.

Cette visite de Lloyd Austin au Japon est probablement sa dernière en tant que secrétaire à la Défense avant l’arrivée au pouvoir en janvier prochain de Donald Trump, qui a prévu de le remplacer par Pete Hegseth, un ancien militaire et présentateur sur Fox News connu pour ses positions isolationnistes. Cela fait craindre une diminution des fonds alloués par Washington à la sécurité en Asie-Pacifique.

Le Japon renforce ses capacités militaires

Anticipant ce changement, le Japon a déjà prévu d’améliorer ses propres capacités de défense. Le pays s’est fixé comme objectif de porter ses dépenses militaires à 2% de son PIB d’ici 2027. Pour Daisuke Kawai, directeur adjoint du programme de recherche sur la sécurité économique de l’université de Tokyo, le voyage de Lloyd Austin est « une chance pour les États-Unis d’assurer à leur plus proche allié qu’ils n’abandonneront pas le Japon même après le retour de Trump au pouvoir ».

Le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba a aussi annoncé en novembre dernier qu’il aurait des « discussions franches » avec Donald Trump, insistant sur le fait que la coopération était essentielle pour garantir une zone Asie-Pacifique « libre et ouverte ». La question de Taïwan et de la menace chinoise sera sans aucun doute au cœur de ces échanges cruciaux pour l’avenir sécuritaire de la région.

Taïwan, pomme de discorde entre la Chine et les États-Unis

Taïwan est depuis longtemps un sujet de tensions entre la Chine et les États-Unis. Pékin considère l’île comme une province rebelle destinée à réintégrer son giron, par la force si nécessaire. Les États-Unis, de leur côté, tout en reconnaissant officiellement le principe d’une « Chine unique », s’engagent à fournir à Taïwan les moyens de se défendre face à une éventuelle agression.

La visite de Nancy Pelosi à Taïpei l’année dernière avait provoqué l’ire de la Chine, qui y avait vu une remise en cause de sa souveraineté et une ingérence dans ses affaires intérieures. Pékin avait alors réagi en organisant des manœuvres militaires d’une ampleur inédite autour de l’île.

Ce nouveau déploiement naval massif à proximité des côtes taïwanaises montre que la Chine n’entend pas baisser la pression. C’est un avertissement clair adressé à la fois à Taïpei et à Washington. Une façon pour Pékin de réaffirmer ses ambitions territoriales et sa détermination à contrer toute tentative de « sécession » de Taïwan.

Vers une escalade des tensions ?

Cette démonstration de force inquiète les observateurs qui redoutent une escalade des tensions dans le détroit de Taïwan. Si un conflit venait à éclater, il aurait des conséquences dévastatrices non seulement pour les pays directement impliqués mais pour toute la région Asie-Pacifique et même au-delà, étant donné le poids économique et stratégique de cette zone.

Le risque est d’autant plus grand avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, connu pour son imprévisibilité et sa propension à bousculer les équilibres géopolitiques. Son approche transactionnelle des relations internationales et sa méfiance vis-à-vis des alliances traditionnelles pourraient pousser des alliés comme le Japon à prendre plus de distances avec Washington et à rechercher un modus vivendi avec la Chine.

Pour l’heure, les États-Unis et le Japon affichent leur unité et leur détermination face aux ambitions chinoises. Mais la partie d’échecs qui se joue dans le Pacifique est de plus en plus complexe et périlleuse. Chaque coup, chaque manœuvre peut potentiellement déclencher une réaction en chaîne incontrôlable. Plus que jamais, la retenue, le dialogue et la coopération apparaissent comme les seules voies pour préserver la paix et la stabilité dans cette région sous haute tension.

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