Un vent de panique a soufflé sur la Bourse de Séoul mercredi, faisant plonger l’indice Kospi et vaciller le won coréen. Au cœur de cette tempête boursière : la proclamation surprise puis la levée express de la loi martiale par le président Yoon Suk Yeol, une décision qui a provoqué un tollé général dans le pays. Un coup de théâtre politique qui s’ajoute aux tensions commerciales déjà vives dans la région, accentuant la nervosité des investisseurs.
La Bourse de Séoul en chute libre, le won sous pression
L’indice composite Kospi a dégringolé de 1,4% pour finir à 2 464 points, après avoir lâché jusqu’à 2,3% en séance. Les poids lourds de la cote ont particulièrement souffert, à l’image du géant Samsung Electronics qui a perdu près de 3% avant de limiter les dégâts en clôture (-0,93%). Hyundai Motors a quant à lui chuté de 2,56%.
Du côté des changes, la monnaie coréenne a elle aussi été malmenée. Plongeant de plus de 2,5% face au dollar dans la nuit à 1 444 wons, au plus bas depuis plus de deux ans. Une dégringolade jugée excessive par les cambistes qui ont permis au won de rebondir à 1 409,55 pour un dollar.
Cette proclamation soudaine de la loi martiale a surpris les marchés, la population et le monde politique (…) Le won s’est effondré avant de se reprendre quand la loi martiale a été levée et que les autorités ont promis des liquidités illimitées pour stabiliser les marchés
explique Michael Wan, de la banque MUFG
Face à ces turbulences, la Banque de Corée a dû convoquer en urgence son comité de politique monétaire pour discuter des mesures de stabilisation du marché. Même si le pire a pu être évité à court terme, comme le souligne M. Wan, l’incertitude politique pourrait perdurer avec un risque de destitution du président Yoon.
Tokyo également affecté, les tensions géopolitiques pèsent
La nervosité s’est aussi propagée à la Bourse de Tokyo. Le Nikkei a fini stable (+0,07%) dans un marché volatil, tandis que le Topix a cédé 0,47%. Les prises de bénéfices après plusieurs séances de hausse et l’exacerbation des risques géopolitiques régionaux ont pesé sur la tendance.
Au-delà de la situation coréenne, les tensions commerciales mondiales se sont encore aggravées selon Stephen Innes de SPI Asset Management, avec l’annonce par la Chine de restrictions sur les exportations de composants clés pour la fabrication de puces vers les États-Unis. De quoi faire plonger les valeurs des groupes exportateurs nippons à l’image de Nikkon (-3,47%), Canon (-1,73%) ou Panasonic (-1,42%).
Le yen, valeur refuge éphémère
Profitant initialement de son statut de valeur refuge, le yen s’est renforcé jusqu’à 148,65 pour un dollar, au plus haut depuis mi-octobre. Mais à mesure que l’accalmie revenait à Séoul, la devise nippone a effacé ses gains pour reculer de 0,29% à 150,04 yens face au billet vert.
Le yen s’est renforcé face au dollar hier en raison de l’aversion au risque : celle-ci s’estompe désormais, mais une certaine prudence restera de mise
commentent les analystes de Tokai Tokyo Intelligence
Pékin et Hong Kong en retrait
Sur les autres places asiatiques, la prudence était aussi de mise. Le Hang Seng à Hong Kong cédait 0,06% dans les premiers échanges tandis qu’en Chine continentale, Shanghai perdait 0,63% et Shenzhen 1,50%. Les investisseurs sont dans l’attente d’une importante réunion politique la semaine prochaine, dont les conclusions pourraient donner des indices sur le soutien des autorités à l’économie en 2025, selon les experts de MUFG.
Cette séquence boursière houleuse en Asie illustre une nouvelle fois la fragilité des marchés face aux chocs politiques et aux tensions géopolitiques. Au moment où les Banques centrales resserrent leurs politiques monétaires pour juguler l’inflation, le risque d’une crise de liquidité et d’une correction plus sévère des indices plane. La Corée du Sud, très dépendante de ses exportations, apparaît particulièrement vulnérable dans ce contexte incertain. Avec un won qui a déjà perdu 10% face au dollar cette année, Séoul joue plus que jamais son va-tout économique et financier.