L’affaire Redoine Faïd connaît un nouveau rebondissement. Ce lundi, une juge de l’application des peines a demandé de mettre fin à l’isolement du braqueur multirécidiviste, estimant ses conditions de détention « contraires à la dignité de la personne humaine ». Une décision qui a ravi la défense mais que le parquet conteste, ayant déjà fait appel.
La détention de Redoine Faïd jugée indigne
Actuellement incarcéré pour purger de lourdes peines, dont 14 ans de réclusion pour son évasion spectaculaire de la prison de Réau en 2018, Redoine Faïd est placé à l’isolement en raison de son statut de détenu à haut risque. Mais pour la juge de l’application des peines, cet isolement prolongé s’apparente à un traitement inhumain.
Dans sa décision, elle souligne que les conditions de détention actuelles de Redoine Faïd portent atteinte à sa dignité. L’administration pénitentiaire a désormais 30 jours pour y remédier et mettre fin à cet isolement jugé abusif.
La défense se félicite, le parquet fait appel
Sans surprise, les avocats de Redoine Faïd ont salué cette décision qui va dans le sens de ce qu’ils dénoncent depuis des mois. Maître Hutin, l’un de ses conseils, a déclaré à la presse :
La détention de Monsieur Faïd telle qu’appliquée aujourd’hui est une véritable mise au tombeau. Nous ne pouvons que nous réjouir que la justice rappelle le droit et les principes fondamentaux.
Mais le parquet de Béthune voit les choses différemment. Considérant Redoine Faïd comme un détenu particulièrement dangereux, il a immédiatement fait appel de la décision de la juge. L’objectif est clair : maintenir le braqueur à l’isolement malgré les critiques sur ses conditions de détention.
Un dossier sous haute tension
Le cas Redoine Faïd est loin d’être anodin. Figure du grand banditisme français, il cumule les condamnations pour braquages et évasions spectaculaires. Son parcours criminel et ses évasions rocambolesques en ont fait un personnage médiatique.
Mais la question de ses conditions de détention divise. Pour ses soutiens, son isolement prolongé s’apparente à de la « torture » et une « vengeance » de l’administration pénitentiaire. Certaines associations de défense des droits des détenus pointent une mise à l’écart abusive.
De leur côté, les syndicats de surveillants pénitentiaires jugent cet isolement indispensable au regard du profil du détenu. Pour eux, un allégement des mesures de sécurité autour de Redoine Faïd serait incompréhensible et potentiellement dangereux.
Un débat sur la dignité des détenus
Au-delà du cas individuel, cette affaire relance le débat sur les conditions de détention dans les prisons françaises. La surpopulation carcérale chronique et la vétusté de nombreux établissements sont régulièrement dénoncées par les observateurs.
Des associations rappellent que la dignité des détenus est un droit fondamental, quel que soit leur parcours ou les actes commis. Même les criminels les plus endurcis doivent bénéficier de conditions d’incarcération respectant un socle minimal de droits.
À l’inverse, d’autres voix s’élèvent pour défendre la nécessité de mesures de sécurité renforcées pour les détenus identifiés comme les plus à risque. L’isolement serait alors une mesure de précaution pour prévenir les évasions ou les troubles en détention.
Vers une évolution de la situation ?
La décision de la juge, si elle est confirmée en appel, pourrait contraindre l’administration pénitentiaire à revoir les conditions de détention de Redoine Faïd. Un assouplissement de son isolement devra alors être mis en place.
Mais le parquet, en faisant appel, espère obtenir un revirement de la cour d’appel. L’objectif sera de défendre le maintien de cet isolement jugé indispensable au regard du profil pénal du braqueur.
Cette affaire, qui mêle enjeux sécuritaires et respect des droits fondamentaux, est symptomatique des tensions qui traversent le monde carcéral. Entre fermeté et humanité, l’équilibre est souvent difficile à trouver pour la justice et l’administration pénitentiaire.
Une chose est sûre : la décision de la cour d’appel sur les conditions de détention de Redoine Faïd sera scrutée de près. Elle pourrait faire jurisprudence et tracer une ligne, dans un sens ou dans l’autre, sur la question sensible de l’isolement des détenus.