Un schisme qui secoue un couvent centenaire
Le couvent de Santa Clara à Belorado, niché dans la province de Burgos au nord de l’Espagne, abrite depuis des siècles des sœurs clarisses dédiées à la vie contemplative. Ce monastère du XVe siècle, entouré d’un village d’environ 1 800 habitants, est soudain devenu le théâtre d’un affrontement majeur entre des religieuses et leur hiérarchie.
Tout commence au printemps 2024, lorsque les sœurs annoncent publiquement leur rupture avec l’Église catholique. Elles publient un long manifeste détaillant leurs griefs et expliquent leur décision radicale. Cette annonce provoque une onde de choc dans les milieux religieux et au-delà.
Les origines du conflit doctrinal et immobilier
Les religieuses reprochent à la hiérarchie un prétendu chaos doctrinal au sein du Vatican. Elles dénoncent un double langage et des contradictions qui, selon elles, minent la foi traditionnelle. Elles accusent également leurs supérieurs d’avoir saboté un projet d’acquisition d’un autre couvent au Pays basque, ce qui aurait permis à leur communauté de se développer.
Face à cette situation, elles choisissent de se placer sous l’autorité d’un prêtre déjà exclu de l’Église. Ce religieux, fondateur d’une union pieuse, adhère au sédévacantisme, une position qui considère les papes postérieurs à Pie XII comme illégitimes. Exclu depuis plusieurs années, il représente pour elles une alternative à ce qu’elles perçoivent comme une dérive.
Les biens du couvent sont la propriété de l’entité juridique et non des religieuses qui l’habitent.
Cette citation tirée de la décision judiciaire résume parfaitement le cœur du litige : la propriété n’appartient pas aux individus, mais à l’institution ecclésiastique reconnue par le droit canon.
L’excommunication et ses conséquences immédiates
Quelques semaines après leur déclaration publique, l’excommunication tombe. Prononcée par l’archevêché compétent, elle marque leur séparation formelle de l’Église catholique. L’archevêque demande alors leur départ du couvent, arguant qu’elles n’ont plus de droit à y résider en tant que religieuses.
Les sœurs contestent vigoureusement cette mesure. Elles affirment que leur lien avec le lieu est plus profond qu’une simple appartenance institutionnelle et refusent de quitter les lieux. Le bras de fer s’installe, mêlant questions spirituelles et matérielles.
Le couvent, avec son architecture historique et ses traditions séculaires, devient symbole d’une résistance inattendue. Les neuf religieuses restantes maintiennent leur occupation, malgré les injonctions.
Le premier jugement et le recours en appel
En août 2025, le tribunal de Briviesca, ville proche, statue en faveur de l’archevêché. Les juges exigent l’évacuation du bâtiment et sa remise à disposition de l’Église. Ils notent que l’institution a produit un certificat de propriété valide, tandis que les religieuses n’ont pu démontrer aucun droit équivalent.
Les religieuses font appel, espérant inverser la tendance. Elles maintiennent leur position : le couvent leur appartient moralement et pratiquement, indépendamment de la rupture doctrinale.
L’appel aboutit à une confirmation du jugement initial. La cour rejette leurs arguments, réaffirmant que la décision de quitter l’Église dépasse les compétences des religieuses en matière de biens ecclésiastiques.
Ayant établi l’absence de droit de propriété des défenderesses sur le couvent de Santa Clara de Belorado, elles doivent être expulsées.
Cette phrase, extraite du communiqué officiel, scelle le sort judiciaire du groupe. Le tribunal souligne clairement que les biens relèvent d’une entité juridique soumise au droit canon, non des occupantes actuelles.
Les implications plus larges d’un tel schisme
Ce cas illustre les tensions au sein de certains courants catholiques traditionnalistes. Le sédévacantisme, minoritaire, rejette la légitimité des papes modernes et voit dans les réformes post-conciliaires une rupture avec la tradition.
Les religieuses, en adoptant cette voie, se placent en marge de l’institution. Leur geste soulève des questions sur la liberté de conscience, la propriété des biens religieux et les mécanismes de résolution des conflits internes.
Pour les observateurs, l’affaire dépasse le cadre local. Elle reflète des débats plus profonds sur l’autorité, la fidélité doctrinale et les droits matériels dans un contexte de sécularisation croissante en Europe.
Le rôle du droit civil face au droit canon
En Espagne, les biens ecclésiastiques bénéficient souvent d’un statut particulier. Le tribunal a appliqué le droit civil pour trancher, en s’appuyant sur les preuves de propriété fournies par l’archevêché.
Les juges ont considéré que la rupture avec l’Église emportait perte des droits d’occupation. Cette approche montre comment le droit séculier peut intervenir dans des affaires relevant initialement du droit interne à l’Église.
- Preuve de propriété fournie par l’Église : certificat valide.
- Absence de titre équivalent chez les religieuses.
- Conséquence : obligation d’évacuer et de restituer les lieux.
Ces éléments ont pesé lourd dans la balance judiciaire, rendant la position des occupantes difficile à défendre sur le plan légal.
Perspectives d’avenir pour les religieuses concernées
Après la confirmation en appel, les religieuses font face à une expulsion potentielle. Elles pourraient choisir de partir volontairement ou attendre une intervention forcée des autorités.
Leur communauté, déjà réduite, voit son avenir compromis. Certaines pourraient chercher à rejoindre d’autres groupes partageant leurs convictions, tandis que d’autres pourraient réévaluer leur position.
Pour le diocèse, cette affaire permet de récupérer un bien historique et de réaffirmer l’autorité sur ses propriétés. Elle sert également d’exemple dans d’éventuels conflits similaires.
Un regard sur la vie contemplative aujourd’hui
Les clarisses incarnent traditionnellement le retrait du monde pour une prière intense. Leur engagement séculaire attire le respect, même chez les non-croyants.
Ce schisme rappelle que même dans le cloître, les tensions doctrinales peuvent surgir. Il interroge sur la manière dont les communautés préservent leur identité face aux évolutions perçues comme menaçantes.
Belorado devient ainsi un cas d’école, mêlant spiritualité, droit et société contemporaine. L’issue finale influencera sans doute d’autres situations marginales au sein de l’Église.
Réflexions sur la propriété et la foi
Les biens immobiliers des ordres religieux posent souvent des questions complexes. Historiquement accumulés par donations, ils servent à la mission spirituelle.
Lorsqu’une rupture survient, qui en hérite ? Le cas de Belorado répond : l’entité canonique reconnue conserve les droits, indépendamment des personnes physiques.
Cette règle protège la continuité institutionnelle, mais peut sembler dure pour celles qui ont consacré leur vie au lieu.
Échos dans la société espagnole
En Espagne, pays marqué par une forte tradition catholique mais aussi par une sécularisation rapide, cette affaire suscite débats. Certains y voient un exemple de rigidité ecclésiastique, d’autres une nécessaire défense de l’orthodoxie.
Les médias ont largement couvert l’événement, soulignant le caractère spectaculaire d’un tel conflit au XXIe siècle.
Pour beaucoup, il symbolise les fractures persistantes au sein du catholicisme, entre tradition et adaptation au monde moderne.
Le village de Belorado, jusque-là tranquille, se retrouve sous les projecteurs. Ses habitants observent avec un mélange de curiosité et d’inquiétude les développements de cette saga locale devenue nationale.
Quelle que soit l’issue finale, cette histoire restera comme un épisode marquant des tensions contemporaines entre foi personnelle et autorité institutionnelle.









