Un embarquement qui tourne court pour un journaliste accrédité
Nick Kolyohin, âgé de 42 ans et journaliste indépendant, avait reçu l’autorisation préalable de rejoindre la délégation médiatique à bord de l’appareil gouvernemental. Pour la première fois depuis plusieurs voyages internationaux du Premier ministre, les reporters étaient conviés à voyager dans le même avion que Benjamin Netanyahu. Cette mesure facilitait la couverture de la rencontre prévue avec le président américain Donald Trump, marquant leur septième entrevue depuis le retour de ce dernier à la Maison Blanche en 2025.
Le journaliste, qui couvre l’actualité pour trois chaînes de télévision russes, avait embarqué avec une dizaine d’autres confrères. Il avait même rangé ses affaires et commencé à s’installer quand des agents du Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien, l’ont approché. La demande fut claire et sans appel : il devait quitter l’appareil immédiatement. Le motif ? Une vérification approfondie de ses « contacts » s’imposait, selon les explications fournies sur place.
Cette intervention surprise a transformé ce qui devait être un trajet professionnel en une scène embarrassante. Devant ses collègues, le journaliste a vu ses bagages fouillés de manière minutieuse, comme si une menace immédiate pesait. L’humiliation ressentie reste vive dans ses propos rapportés à l’AFP.
Le témoignage poignant du journaliste concerné
Joint par téléphone, Nick Kolyohin n’a pas caché son amertume. Il décrit un traitement qu’il juge disproportionné et dénué de sens, surtout envers une personne invitée officiellement. « Traiter ainsi un journaliste que vous avez invité, l’humilier devant tout le monde et le jeter dehors, cela n’a aucun sens », a-t-il déclaré. Il insiste sur le fait que ses affaires ont été inspectées avec une suspicion extrême, renforçant le sentiment d’être perçu comme une menace potentielle.
Le journaliste rappelle son parcours : né à Moscou, il a immigré en Israël à l’âge de neuf ans. Il ne détient plus que la nationalité israélienne, a servi dans l’armée et a même travaillé au sein d’une agence gouvernementale rattachée au bureau du Premier ministre entre 2011 et 2012, durant un précédent mandat de Benjamin Netanyahu. Ces éléments renforcent son sentiment d’injustice face à une décision qu’il perçoit comme arbitraire.
Pour lui, la procédure soulève des questions légitimes : pourquoi une vérification de dernière minute alors que les accréditations avaient été validées en amont ? Pourquoi ne pas avoir agi plus tôt si des doutes existaient ? Ces interrogations restent sans réponse claire pour l’instant.
La position officielle des autorités israéliennes
Le cabinet du Premier ministre a rapidement confirmé l’exclusion du vol, sans entrer dans les détails. La raison invoquée reste la même : des considérations de sécurité qui ne peuvent être divulguées publiquement. Cette réponse laconique vise à clore le débat sans alimenter les spéculations.
De son côté, le Shin Bet a tenu à rappeler son rôle primordial. Chargé de la protection du chef du gouvernement, le service prend des mesures pour minimiser tout risque potentiel. Dans ce cadre précis, des décisions peuvent être adoptées à tout moment si une menace est suspectée, même de façon ténue. Aucune précision supplémentaire n’a été fournie, laissant planer le mystère sur la nature exacte des « contacts » à vérifier.
Cette opacité est classique dans les affaires touchant à la sécurité nationale. Elle protège les méthodes et les sources, mais elle alimente aussi les critiques sur le manque de transparence, surtout quand un citoyen israélien et journaliste accrédité est concerné.
Contexte du voyage : une rencontre Netanyahu-Trump sous haute tension
Ce vol intervenait dans un moment diplomatique crucial. Benjamin Netanyahu se rendait à Washington pour discuter avec Donald Trump, dans un climat international marqué par de multiples défis. La septième rencontre depuis 2025 témoigne d’une relation étroite entre les deux dirigeants, souvent décrite comme stratégique pour Israël face aux menaces régionales.
La présence de journalistes à bord facilitait une couverture en temps réel, permettant des reportages directs et des analyses immédiates. L’exclusion d’un reporter, même isolée, perturbe légèrement cette dynamique et soulève des interrogations sur la gestion de la presse lors de déplacements officiels.
Contrairement aux deux précédents voyages aux États-Unis, où les médias avaient été écartés pour des motifs de sécurité ou logistiques, cette fois l’invitation avait été étendue. Le revirement de dernière minute pour un seul individu intrigue d’autant plus.
Liberté de la presse et impératifs sécuritaires : un équilibre fragile
Cet épisode illustre la tension permanente entre la nécessité de protéger les hautes personnalités et le respect de la liberté de la presse. Dans un pays confronté à des menaces constantes, les protocoles de sécurité sont rigoureux. Le Shin Bet dispose d’une large marge de manœuvre pour évaluer les risques, y compris sur des critères subjectifs comme les relations personnelles ou professionnelles.
Cependant, quand un journaliste citoyen israélien, ayant servi l’État et travaillé pour des institutions officielles, se voit traité de la sorte, cela pose question. Est-ce une mesure préventive justifiée ou un excès de zèle ? Sans éléments concrets, le débat reste ouvert.
De nombreux observateurs soulignent que la presse joue un rôle essentiel dans la démocratie. Exclure un reporter accrédité sans explication publique peut éroder la confiance. D’un autre côté, la sécurité prime souvent sur toute autre considération dans ce type de contexte.
Parcours atypique d’un journaliste aux racines russes
Nick Kolyohin incarne une trajectoire classique de l’immigration israélienne venue de l’ex-URSS. Arrivé enfant, il s’intègre pleinement : service militaire, emplois dans le secteur public, puis carrière dans le journalisme international. Sa collaboration avec des médias russes s’inscrit dans une niche professionnelle où la maîtrise de la langue et la compréhension culturelle sont des atouts majeurs.
Couvrir les relations israélo-américaines depuis une perspective russe ajoute une couche de complexité. Dans un monde où l’information est géopolitique, les journalistes comme lui naviguent entre plusieurs sphères d’influence. Cette position peut parfois susciter des soupçons, surtout quand les relations entre Israël, les États-Unis et la Russie traversent des phases tendues.
Son passé au bureau du Premier ministre constitue un élément paradoxal : ancien collaborateur interne, il se retrouve aujourd’hui écarté pour des raisons obscures. Cela souligne à quel point les vérifications de sécurité peuvent évoluer indépendamment du parcours individuel.
Réactions et implications potentielles
L’incident n’est pas passé inaperçu dans les cercles médiatiques israéliens. Bien que les détails restent limités, il alimente les discussions sur les protocoles d’accréditation pour les vols officiels. Certains y voient une preuve de vigilance accrue, d’autres une atteinte à la crédibilité des processus.
Pour Nick Kolyohin, l’affaire pourrait avoir des répercussions professionnelles. Couvrir un événement majeur depuis le terrain reste essentiel ; devoir improviser un plan B à la dernière minute complique la tâche. Pourtant, sa détermination à poursuivre son travail semble intacte.
Du côté des autorités, l’absence de communication détaillée vise probablement à éviter d’ouvrir une boîte de Pandore. Révéler les motifs exacts risquerait de compromettre des méthodes ou d’exposer des informations sensibles. Cette prudence est compréhensible, mais elle laisse le champ libre aux interprétations.
Un rappel des enjeux sécuritaires autour des déplacements officiels
Les vols du Premier ministre israélien font l’objet d’une protection maximale. L’appareil, surnommé « Wing of Zion », bénéficie de protocoles dignes des plus hautes instances. Chaque passager, y compris les journalistes, passe par des filtrages multiples. Un changement de dernière minute, même rare, démontre que la vigilance ne faiblit jamais.
Dans un environnement géopolitique volatile, où les menaces hybrides incluent l’espionnage ou les influences étrangères, les « contacts » d’un individu peuvent devenir un critère décisif. Sans verser dans la paranoïa, les services de sécurité appliquent le principe de précaution à l’extrême.
Cet événement, isolé, ne remet pas en cause l’ensemble du système. Il invite toutefois à réfléchir sur l’équilibre entre protection et droits fondamentaux, particulièrement pour les professionnels de l’information.
Vers plus de transparence dans la gestion médiatique des voyages officiels ?
Les déplacements du chef du gouvernement attirent toujours l’attention. Quand un incident comme celui-ci survient, il met en lumière les coulisses souvent opaques. Peut-être que cet épisode poussera à clarifier les critères d’exclusion ou à renforcer les vérifications en amont pour éviter les surprises de dernière minute.
En attendant, Nick Kolyohin reste marqué par l’expérience. Son cas rappelle que même les citoyens les plus intégrés peuvent se retrouver au cœur de décisions sécuritaires impitoyables. La quête d’un juste milieu entre sécurité absolue et respect des individus continue de poser défi.
L’affaire souligne aussi l’importance du journalisme indépendant dans un monde polarisé. Malgré les obstacles, des reporters comme lui persistent à informer, reliant les publics à travers les frontières et les langues.









