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Journaliste philippine condamnée à 12 ans de prison incompressible

Une journaliste de 26 ans, Frenchie Cumpio, vient d’être condamnée à 12 ans de prison incompressible aux Philippines pour avoir soi-disant financé des rebelles communistes. Une décision qualifiée de « parodie de justice » par l’ONU… mais que cache vraiment cette affaire ?

Dans une salle d’audience tendue du tribunal régional de Tacloban, une jeune femme de 26 ans a vu sa vie basculer en quelques mots prononcés par la juge. Frenchie Cumpio, journaliste et animatrice radio, a été condamnée à une peine de prison incompressible de douze ans et demi pour financement présumé de l’insurrection communiste. À ses côtés, son ancienne colocataire Marielle Domequil a subi le même sort. Les deux femmes se sont effondrées en larmes, s’enlaçant dans un geste désespéré alors que la sentence tombait.

Une condamnation qui choque le monde entier

Ce verdict, prononcé ce jeudi, a immédiatement provoqué une vague d’indignation bien au-delà des frontières des Philippines. Des organisations internationales de défense des droits humains, des rapporteurs spéciaux de l’ONU et des fondations prestigieuses ont dénoncé une décision qui semble davantage motivée par la volonté de faire taire une voix critique que par des preuves solides.

Comment une journaliste indépendante, connue pour son engagement en faveur des communautés marginalisées, a-t-elle pu se retrouver accusée de soutenir une guérilla armée ? L’histoire de Frenchie Cumpio soulève des questions profondes sur la liberté de la presse et les dérives autoritaires dans la région.

Le parcours d’une journaliste engagée

Frenchie Cumpio travaillait comme animatrice radio dans l’est des Philippines, une région marquée par la pauvreté et les conflits armés. Elle couvrait les réalités quotidiennes des habitants de Samar et Leyte, zones encore touchées par l’insurrection communiste la plus ancienne d’Asie.

Son micro servait à donner la parole aux paysans, aux pêcheurs et aux travailleurs exploités. Elle dénonçait les abus de pouvoir, les déplacements forcés et les violations des droits humains. C’est précisément cette ligne éditoriale qui lui a valu d’être dans le viseur des autorités.

En février 2020, elle est arrêtée avec Marielle Domequil. Les deux jeunes femmes sont accusées de détenir illégalement des armes : un pistolet et une grenade. Après plusieurs années de détention provisoire, elles seront finalement relaxées sur ce point précis.

Une accusation de financement du terrorisme

Un an après leur arrestation, une nouvelle charge bien plus lourde est ajoutée au dossier : le financement du terrorisme. Selon l’accusation, les deux femmes auraient fourni de l’argent, des armes et même du tissu à la Nouvelle Armée populaire (NAP), la branche armée du Parti communiste des Philippines.

Les preuves reposent principalement sur les témoignages d’anciens rebelles repentis. Ces déclarations, souvent obtenues dans des contextes controversés, constituent l’essentiel du dossier. Les avocats de la défense dénoncent des témoignages peu crédibles et l’absence de preuves matérielles concrètes.

« Ce verdict est absurde et montre que les promesses de défense de la liberté de la presse du président Ferdinand Marcos Jr. ne sont que des paroles en l’air. »

Directrice pour l’Asie-Pacifique d’une grande organisation de protection des journalistes

La peine encourue initialement pouvait atteindre quarante ans de réclusion. Finalement, le tribunal a prononcé une condamnation à 12 à 18 ans de prison, avec une période incompressible de douze ans et demi avant toute possibilité de libération conditionnelle.

Un contexte politique explosif

Les Philippines restent l’un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes. Depuis des décennies, le pouvoir utilise l’accusation de liens avec les communistes pour discréditer et neutraliser ses opposants. Cette stratégie, appelée « red-tagging », consiste à assimiler toute critique du gouvernement à une forme de soutien à la guérilla.

Sous l’administration actuelle, dirigée par Ferdinand Marcos Jr., les promesses de protection de la liberté de la presse ont été nombreuses. Pourtant, les faits sur le terrain racontent une tout autre histoire. Les arrestations arbitraires, les détentions prolongées et les procès expéditifs se multiplient.

La région de Samar-Leyte, où s’est déroulé le procès, reste l’un des derniers bastions de la NAP. Le conflit armé, qui a débuté à la fin des années 1960, continue de faire des victimes des deux côtés. Dans ce climat de tension permanente, les journalistes qui couvrent les exactions commises par l’armée ou les milices paramilitaires deviennent des cibles privilégiées.

Une mobilisation internationale

L’affaire Frenchie Cumpio a rapidement dépassé les frontières nationales. La fondation de l’avocate Amal Clooney a suivi de très près le dossier. En octobre dernier, elle dénonçait déjà la lenteur excessive des procédures et les multiples reports d’audience.

La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la liberté d’opinion et d’expression n’a pas mâché ses mots. Elle a qualifié l’affaire de véritable parodie de justice et soupçonne fortement une mesure de représailles contre le travail journalistique de la jeune femme.

De nombreuses organisations de défense des droits humains ont appelé à la libération immédiate des deux condamnées. Elles estiment que cette condamnation constitue un dangereux précédent pour tous les journalistes philippins.

La réaction des soutiens sur place

Devant le tribunal, une foule importante s’était rassemblée pour exprimer son soutien. Parmi eux, la mère de Frenchie Cumpio, accompagnée de ses deux fils. Lorsque la sentence a été connue, elle s’est effondrée en sanglots, soutenue par ses proches.

La police anti-émeute a empêché les manifestants d’entrer dans l’enceinte du palais de justice, créant des scènes de tension supplémentaires. Cette forte mobilisation témoigne de l’attachement de nombreux Philippins à la liberté d’expression et à la protection des journalistes.

Un appel en cours et une bataille judiciaire qui continue

Les avocats des deux femmes ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel. Une demande de libération sous caution est également en cours d’examen. Malgré la lourdeur de la sentence, l’espoir d’une révision judiciaire demeure.

« Malgré cette décision, il existe encore un recours juridique », a déclaré l’un des avocats. Cette détermination à poursuivre le combat sur le plan légal montre que la lutte pour la justice n’est pas terminée.

Les implications pour la liberté de la presse aux Philippines

Cette condamnation intervient dans un contexte où la presse philippine subit une pression croissante. Les journalistes indépendants, surtout ceux qui travaillent en régions, sont particulièrement vulnérables. Les accusations de liens avec les rebelles communistes servent souvent de prétexte pour les réduire au silence.

Les statistiques sont alarmantes : les Philippines figurent régulièrement parmi les pays les plus meurtriers pour les professionnels des médias. Les assassinats, les intimidations et les poursuites judiciaires se multiplient depuis plusieurs années.

Dans ce climat, chaque nouvelle condamnation comme celle de Frenchie Cumpio envoie un message clair : critiquer le pouvoir peut coûter très cher. Les journalistes doivent désormais peser chaque mot, chaque reportage, au risque de se retrouver derrière les barreaux.

Un symbole de la lutte pour la vérité

Frenchie Cumpio est devenue malgré elle un symbole. Son histoire rappelle que la liberté de la presse n’est jamais acquise, même dans les démocraties les plus établies. Dans un pays où le pouvoir change de visage mais où les méthodes répressives perdurent, elle incarne le courage de ceux qui refusent de se taire.

Alors que la communauté internationale observe avec inquiétude l’évolution de la situation, une question demeure : jusqu’où ira la répression avant qu’un véritable sursaut démocratique ne se produise ?

Le combat de Frenchie Cumpio et de tous les journalistes philippins menacés ne fait que commencer. Leur détermination à défendre la vérité face à l’adversité force le respect et appelle à une solidarité sans faille.

Dans les mois à venir, le monde suivra avec attention les suites judiciaires de cette affaire. Chaque étape du processus sera scrutée, chaque décision analysée. Car au-delà du sort individuel de deux jeunes femmes, c’est toute la liberté d’expression aux Philippines qui se joue.

Et si la justice philippine venait à confirmer cette condamnation en appel, ce serait un signal extrêmement préoccupant pour l’ensemble de la région Asie-Pacifique.

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