Imaginez la scène : une petite librairie de Moissac, un samedi après-midi tranquille, des dizaines de lecteurs qui patientent pour faire dédicacer le dernier livre de Jordan Bardella. Et soudain, un homme de 74 ans fend la foule, brandit un œuf et l’écrase violemment sur la tête du président du Rassemblement National. L’image est presque comique… si elle n’était pas la énième illustration d’une violence politique qui s’installe durablement en France.
Un geste qui n’a plus rien d’anodin
L’incident s’est produit ce 29 novembre 2025 vers 15 h 45. Jordan Bardella, entouré de ses lecteurs, signe exemplaire après exemplaire quand Jean-Paul M., retraité agricole de Castelsarrasin, passe à l’acte. L’œuf explose, le jaune coule sur le visage du jeune leader politique. Vingt minutes d’exfiltration, nettoyage rapide, et Bardella reprend les dédicaces comme si de rien n’était. Le message est clair : pas question de céder à l’intimidation.
Mais ce qui aurait pu rester un fait divers banal prend une tout autre dimension quand on découvre le passé de l’agresseur.
Un récidiviste patenté
Jean-Paul M. n’en est pas à son coup d’essai. En avril 2022, lors de la campagne présidentielle, il avait déjà tenté d’humilier Éric Zemmour en lui lançant un œuf en pleine figure. Condamné à 500 euros d’amende avec sursis, il n’a visiblement tiré aucune leçon. Quelques semaines plus tard, il récidivait en bombardant d’œufs le bus de campagne de Marine Le Pen dans le même département.
Trois agressions en trois ans, toujours à l’œuf, toujours contre des figures du camp national. Le mode opératoire est signé.
Et pourtant, à chaque fois, les sanctions restent symboliques : amende avec sursis, stage de citoyenneté pour les plus jeunes, remise en liberté rapide. Comme si jeter un projectile sur un responsable politique n’était qu’une farce de carnaval.
Le profil d’un militant obsessionnel
À 74 ans, Jean-Paul M. n’a rien du « déséquilibré » que certains médias aiment dépeindre pour dépolitiser ce type d’actes. C’est un ancien agriculteur, connu localement, qui assume pleinement ses convictions. Il ne cache pas son hostilité viscérale au Rassemblement National et à tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à la droite nationale.
Ses cibles sont toujours les mêmes : Zemmour, Le Pen, Bardella. Ses armes aussi : l’œuf, symbole infantile de contestation, mais qui devient une agression caractérisée dès lors qu’il vise une personne physique.
« Bardella casse-toi ! »
hurlait la centaine de manifestants présents devant la librairie
Car l’agression ne sort pas de nulle part. Une manifestation d’une centaine de personnes, organisée par des collectifs de gauche et d’extrême gauche, avait justement lieu au même moment pour « protester contre la venue » du président du RN. Ambiance garantie.
Une banalisation inquiétante de la violence
Ce qui frappe, c’est la récurrence. Jordan Bardella lui-même n’est pas épargné ces derniers mois :
- Farine jetée à Vesoul par un adolescent de 17 ans
- Œuf l’an dernier lors de la même foire agricole
- Et maintenant cet œuf à Moissac
À chaque fois, la même réponse minimisante : « un gamin », « un non-événement », « manque d’éducation parentale ». Comme si recevoir un projectile en pleine tête faisait partie du métier.
Mais quand on cumule les incidents, le tableau devient plus sombre. On assiste à une forme de harcèlement organisé, toléré, parfois même encouragé dans certains cercles militants. L’œuf d’aujourd’hui peut devenir la pierre de demain.
La réaction mesurée des victimes
Ce qui est intéressant, c’est la différence de posture entre les agressés. Éric Zemmour, lui, avait choisi une tout autre voie après son agression de 2022 : il avait refusé de porter plainte et avait même reçu l’agresseur après son meeting pour discuter. L’homme s’était excusé, reconnaissant avoir dépassé les bornes.
Jordan Bardella, cette fois, a laissé le Rassemblement National déposer plainte, au nom du parti et en son nom personnel. Une réponse plus institutionnelle, sans doute dictée par la répétition des faits.
Mais dans les deux cas, on sent la volonté de ne pas offrir à l’adversaire le spectacle qu’il recherche : la victimisation outrancière ou la surenchère sécuritaire.
Un climat politique qui s’envenime
Cet œuf sur la tête de Bardella n’est qu’un symptôme. Depuis plusieurs années, les meetings et déplacements des responsables du Rassemblement National sont systématiquement perturbés :
- Salles vandalisées avant les réunions publiques
- Manifestations hostiles organisées à chaque venue
- Agressions physiques de plus en plus fréquentes
- Menaces sur les réseaux sociaux devenues quotidiennes
Dans le Tarn-et-Garonne même, le département n’est pas épargné. On se souvient des incidents lors des passages précédents de Marine Le Pen ou des collages sauvages contre les candidats RN aux élections.
Le département, pourtant rural et traditionnellement ancré à droite, voit monter une contestation radicale qui n’hésite plus à franchir la ligne rouge de la violence physique.
Et maintenant ?
Jean-Paul M. a été placé en garde à vue puis remis en liberté. L’enquête suivra son cours. Mais une question demeure : jusqu’à quand tolérera-t-on que des responsables politiques soient physiquement agressés sous prétexte qu’on désapprouve leurs idées ?
Car c’est bien là le cœur du problème. L’œuf peut faire sourire. Mais il porte en lui la négation du débat démocratique. Quand on n’a plus d’arguments, on prend un projectile. Quand on ne supporte plus la contradiction, on empêche l’autre de parler… ou de dédicacer son livre tranquillement.
Ce retraité de 74 ans, avec son œuf, incarne malgré lui une forme de radicalisation ordinaire. Celle qui commence par huer, qui continue par jeter, et qui pourrait un jour aller beaucoup plus loin.
En attendant, Jordan Bardella a repris ses dédicaces. Le jaune d’œuf lavé, le sourire retrouvé. Preuve, s’il en fallait une, que la détermination est plus forte que l’intimidation. Mais pour combien de temps encore ?
À lire aussi : Ces dernières années, les agressions physiques contre les élus et responsables politiques se multiplient, toutes tendances confondues. Un phénomène qui inquiète jusqu’au plus haut sommet de l’État.
La démocratie française tiendra-t-elle le choc face à ceux qui préfèrent l’œuf au bulletin de vote ? L’avenir nous le dira. Mais une chose est sûre : le silence ou la minimisation ne seront plus des réponses suffisantes.









