Imaginez-vous ouvrir la porte d’une chambre d’hôtel un matin d’hiver, prêt à partir skier avec votre meilleur ami et coéquipier, et découvrir soudain qu’il ne respire plus. Cette scène cauchemardesque est devenue réalité pour un jeune biathlète norvégien au talent déjà très prometteur. Ce drame a bouleversé toute une communauté sportive.
Un matin ordinaire qui vire au cauchemar
Le 23 décembre dernier, dans un hôtel isolé du plateau de Lavaze en Italie, l’équipe norvégienne de biathlon se préparait pour une séance d’entraînement matinale. Rien ne laissait présager la tragédie qui allait frapper. Johan-Olav Botn, actuel leader de la Coupe du monde, devait simplement passer récupérer les clés de la voiture dans la chambre de Sivert Guttorm Bakken pour sortir le matériel du coffre.
Ce geste anodin s’est transformé en l’un des moments les plus traumatisants de sa vie. En poussant la porte, il a trouvé son ami inerte, le visage livide, portant encore un masque hypoxique. Le choc a été immédiat et violent. « J’étais dans un état de choc total, et de panique », confie-t-il dans un entretien émouvant accordé à un média norvégien.
Dans ces premières secondes interminables, le cerveau refuse parfois d’accepter ce que les yeux voient. Botn a tenté d’appeler les secours, mais le stress l’a empêché de composer correctement le numéro. Il a alors couru chercher de l’aide dans le couloir, espérant encore un miracle. Malheureusement, l’évidence s’est imposée : Sivert ne respirait plus.
Le poids écrasant d’être le premier témoin
Être la première personne à découvrir un proche décédé laisse des marques indélébiles. Johan-Olav Botn explique ressentir « presque une forme de responsabilité » dans ce moment extrêmement personnel. Cette sensation est fréquente chez les témoins directs d’un décès soudain : un mélange de culpabilité irrationnelle, d’impuissance et de tristesse profonde.
Ses premières pensées sont allées immédiatement vers la famille de Sivert. Il a déjà échangé quelques messages avec eux et prévoit de les rencontrer bientôt pour partager leur peine. « Je pense énormément à eux », répète-t-il, la voix probablement tremblante. Ce lien particulier qui unit désormais Botn à la famille du défunt montre à quel point ce drame dépasse le cadre sportif pour toucher à l’intime et à l’humain.
« J’ai besoin de lui dire au revoir une dernière fois. Je donnerai la priorité aux funérailles plutôt qu’à la Coupe du monde. »
Cette phrase résume parfaitement l’état d’esprit actuel du biathlète. Malgré sa position dominante au classement général mondial, il refuse de laisser le sport prendre le pas sur l’hommage dû à son ami. Les obsèques n’ayant pas encore de date fixe, sa participation à l’étape d’Oberhof (8-11 janvier) reste incertaine. Retrouver ses routines d’entraînement lui semble nécessaire, mais pas au prix d’ignorer le deuil.
Le masque hypoxique au cœur des interrogations
La présence d’un masque hypoxique sur le visage de Sivert Guttorm Bakken au moment de sa mort a immédiatement suscité de nombreuses interrogations dans le milieu du biathlon et au-delà. Cet équipement, utilisé pour simuler l’entraînement en altitude, réduit l’apport en oxygène et force le corps à s’adapter.
Selon les informations disponibles, le masque était réglé pour reproduire une altitude de 7000 mètres. C’est une simulation très poussée, bien au-delà des altitudes habituelles des stages d’entraînement en montagne (souvent entre 1800 et 2500 mètres). Cette pratique, bien que légale et encadrée, pose question lorsqu’elle est utilisée pendant le sommeil ou de manière prolongée.
Johan-Olav Botn a tenu à mettre les choses au clair : « Sivert n’a rien fait d’illégal, et nous respectons la loi norvégienne et les règles de l’AMA. » Il appelle au respect de la famille et demande d’attendre les conclusions de l’enquête officielle avant toute supposition. L’autopsie, réalisée en Italie, devrait apporter des réponses précises dans les prochains mois.
Sivert Guttorm Bakken : un espoir fauché trop tôt
Âgé d’à peine 23 ans, Sivert Guttorm Bakken était considéré comme l’un des plus grands espoirs du biathlon norvégien. Vainqueur de plusieurs courses en IBU Cup, il avait déjà goûté à la Coupe du monde et montrait une progression constante. Son rêve ultime : participer aux Jeux olympiques de Milan-Cortina en 2026.
Son décès brutal a provoqué une onde de choc dans tout le circuit. De nombreux hommages ont afflué de la part de ses concurrents, de ses entraîneurs et des instances du biathlon. Au-delà des performances sportives, c’est l’humain qui est pleuré : un jeune homme souriant, travailleur, apprécié de tous.
Ce drame rappelle cruellement la fragilité de la vie, même chez des athlètes de haut niveau qui semblent invincibles. La préparation intense, les voyages incessants, la pression permanente peuvent parfois masquer des signes de fatigue extrême ou de mal-être. Sivert incarnait pourtant l’image du sportif épanoui et déterminé.
L’impact psychologique sur l’équipe norvégienne
La mort d’un coéquipier dans des circonstances aussi soudaines laisse des séquelles profondes au sein d’un groupe. Les biathlètes norvégiens, habitués à vivre ensemble de longues périodes en stage, forment une véritable famille. Perdre l’un des leurs de cette manière crée un traumatisme collectif.
Johan-Olav Botn n’est pas le seul à être marqué. L’ensemble de l’équipe traverse une période extrêmement difficile. Les entraîneurs doivent désormais gérer à la fois le deuil et la préparation sportive. Trouver le juste équilibre entre respecter la peine des athlètes et maintenir un niveau de performance relève de l’exploit humain.
Plusieurs voix s’élèvent déjà pour demander une meilleure prise en compte de la santé mentale dans le sport de haut niveau. Les protocoles d’entraînement, les charges de travail, l’utilisation d’équipements spécifiques comme les masques hypoxiques doivent être réévalués à l’aune de ce drame.
Que retenir de ce drame ?
Au-delà de la tristesse immense, cette tragédie invite à une réflexion plus large sur plusieurs aspects du sport moderne :
- L’utilisation des masques hypoxiques pendant le sommeil mérite un examen approfondi
- La santé mentale des athlètes doit devenir une priorité absolue
- Les protocoles d’urgence en stage doivent être renforcés
- Le respect de la vie privée et de la famille des sportifs décédés est essentiel
- Le sport de haut niveau ne doit jamais primer sur l’humain
Ces points ne diminuent en rien la responsabilité individuelle, mais ils soulignent que le système dans lequel évoluent les athlètes peut parfois les mettre en danger sans qu’ils s’en rendent forcément compte.
Un message d’espoir au milieu du chagrin
Malgré la douleur, Johan-Olav Botn tente de regarder vers l’avant. Il exprime le besoin de retrouver ses routines, de reprendre l’entraînement, tout en sachant que rien ne sera plus comme avant. Cette dualité entre deuil et retour à la compétition est le lot de nombreux sportifs confrontés à la perte d’un proche.
Le biathlon norvégien, traditionnellement très fort, saura sans doute transformer cette épreuve en force collective. Sivert Guttorm Bakken restera dans les mémoires comme un talent immense et un garçon attachant. Son souvenir continuera d’inspirer ses coéquipiers sur les pistes enneigées du monde entier.
En attendant les résultats définitifs de l’enquête et les obsèques, une chose est sûre : le biathlon a perdu bien plus qu’un athlète prometteur. Il a perdu un ami, un frère d’armes, un rêveur. Et cette perte-là est irréparable.
Prenez soin de vos proches. Même les plus forts, même les plus jeunes, même ceux qui paraissent indestructibles.
En mémoire de Sivert Guttorm Bakken
Un sourire qui illuminait les pistes
Une détermination sans faille
Un avenir radieux éteint trop tôt
Que son âme repose en paix.









