Imaginez un instant : des athlètes qui grimpent à toute vitesse des pentes raides avec des peaux de phoque collées sous leurs skis, retirent frénétiquement ces peaux en pleine course, puis plongent dans une descente technique à couper le souffle. Le tout en moins de trois minutes. Voilà le spectacle inédit auquel le monde assiste depuis ce jeudi 19 février 2026 sur les pentes de Bormio. Le ski-alpinisme, discipline hybride entre ski de randonnée et course d’orientation verticale, entre officiellement dans la grande famille olympique. Et la France, nation historiquement dominante, a frappé fort dès les séries qualificatives.
Pour cette première apparition aux Jeux d’hiver de Milan-Cortina, quatre représentants tricolores ont franchi l’obstacle des séries. Chez les femmes comme chez les hommes, les Bleus se sont montrés incisifs, précis et collectivement très solides. Une entrée en matière qui donne déjà des frissons aux supporters et laisse entrevoir de belles perspectives pour la suite de la compétition.
Une entrée historique réussie pour le ski-alpinisme français
Discipline encore méconnue du grand public il y a quelques années, le ski-alpinisme combine endurance cardiovasculaire exceptionnelle, technicité en montée comme en descente et capacité à gérer des transitions ultra-rapides. Le format sprint, retenu pour ces débuts olympiques, condense tout cela en un format explosif d’environ 2 à 3 minutes selon les sexes. Une intensité maximale qui rappelle les épreuves de cross-country en athlétisme ou les sprints en natation, mais sur neige et avec 400 à 500 mètres de dénivelé positif à avaler en deux montées distinctes.
Ce jeudi, sous un ciel gris chargé de neige fraiche, les quatre Français engagés ont su tirer leur épingle du jeu. Chacun à sa manière, ils ont montré que la France fait partie des toutes meilleures nations mondiales dans cette discipline qui gagne enfin ses lettres de noblesse olympique.
Emily Harrop, la favorite qui assume son statut
Quand on parle de ski-alpinisme féminin ces dernières années, un nom revient systématiquement : Emily Harrop. La Française, multiple championne du monde et figure incontestée de la discipline, a parfaitement géré son entrée en lice olympique. Avec un temps canon de 3 minutes et 3 secondes, elle a signé la meilleure performance de toutes les séries qualificatives féminines.
Ce chrono lui offre la pole position pour les demi-finales et confirme son statut de grande favorite pour le titre. Sa gestion parfaite des deux montées, sa fluidité dans les transitions et sa puissance en descente ont impressionné les observateurs. Elle évoluera dans la première demi-finale dès 12h55, avec la pression légitime qui accompagne les athlètes attendues au tournant.
« Je suis venue ici pour faire mon ski, sans me mettre trop de pression supplémentaire. Mais évidemment, quand on domine la saison, on a envie de prolonger ça sur le plus grand rendez-vous. »
Emily Harrop incarne cette nouvelle génération d’athlètes polyvalents capables d’exceller sur tous les terrains : course individuelle, verticale, sprint et relais. Sa qualification sans trembler augure d’une belle journée pour le clan tricolore.
Margot Ravinel, la solide deuxième lame
Derrière la leader incontestée, Margot Ravinel a également assuré. Dans sa série, la jeune Française a pris la deuxième place, démontrant une excellente forme physique et une très bonne lecture du parcours. Elle rejoindra la deuxième demi-finale et tentera, elle aussi, de se frayer un chemin jusqu’à la grande finale à six.
Sa présence parmi les qualifiées directes confirme la profondeur du collectif féminin français. Avec deux athlètes dans le top niveau mondial, la France peut raisonnablement espérer placer deux représentantes en finale, voire rêver d’un doublé historique.
Chez les hommes, deux qualifiés au caractère bien trempé
Du côté masculin, la concurrence s’annonçait encore plus féroce avec plusieurs nations très puissantes (Espagne, Suisse, Italie notamment). Pourtant, Pablo Giner Dalmasso et Thibault Anselmet ont su répondre présents.
Pablo Giner Dalmasso, troisième d’une série ultra-rapide
Pablo Giner Dalmasso termine troisième de sa batterie, juste derrière deux Espagnols très solides. Le meilleur temps masculin de la journée a été réalisé par Oriol Cardona Coll en 2’37’’96, preuve de l’intensité extrême de ces séries. Malgré cette rude opposition, le Français a su rester dans le coup et valider son ticket pour les demi-finales.
Sa capacité à rester concentré malgré la pression et à gérer les portions techniques lui permet de rester dans la course au podium olympique inaugural.
Thibault Anselmet, la résilience incarnée
L’histoire de Thibault Anselmet est sans doute la plus belle de cette matinée. Parti sur un début de course compliqué, notamment dans la partie où il faut gravir des marches avec les skis sur le dos, le Français a su inverser la tendance dans la seconde moitié de l’épreuve.
Sa gestion magistrale de la transition (dépeautage ultra-rapide) et sa puissance dans la dernière partie de la montée lui ont permis de remonter jusqu’à la deuxième place de sa série, juste derrière le Suisse Arno Lietha. Une démonstration de caractère et de sang-froid qui laisse augurer du meilleur pour la suite.
« J’ai senti que ça partait mal, mais je me suis dit : respire, reste dans ta course, la fin va payer. Et ça a payé. »
Le format sprint : une formule qui séduit déjà
Le choix du sprint pour inaugurer le ski-alpinisme aux Jeux Olympiques ne fait pas l’unanimité parmi les puristes de la discipline, qui regrettent l’absence du format individuel classique (course longue avec plusieurs heures d’effort). Pourtant, ce format court et spectaculaire semble parfaitement adapté à une première olympique.
En moins de trois minutes, les spectateurs assistent à un condensé de tout ce qui fait la beauté du ski-alpinisme : montées explosives, transitions stratégiques, descentes engagées. Le tout avec un suspense maximal puisque seuls les deux premiers de chaque demi-finale (ou les meilleurs repêchés) passent en finale.
- Deux montées skis aux pieds avec peaux de phoque
- Une portion à pied avec skis sur le sac (montée de marches)
- Transitions ultra-rapides (pose/retirage des peaux)
- Descentes techniques et rapides
- Durée totale : environ 2 min 40 s – 3 min 10 s
Ce cocktail explosif offre un spectacle télévisuel de haute volée et permet au plus grand nombre de découvrir une discipline encore confidentielle il y a peu.
Les demi-finales et la finale : le programme à venir
Les demi-finales débutent dès 12h55 avec la première batterie féminine où figurera Emily Harrop. La deuxième batterie féminine suivra avec Margot Ravinel. Chez les hommes, les deux Français seront également répartis dans différentes demi-finales, maximisant ainsi les chances de qualification pour la grande finale à six.
Pour passer en finale, il faudra terminer dans les deux premiers de sa demi-finale ou signer l’un des deux meilleurs temps parmi les non-qualifiés directs. Un format impitoyable qui promet des courses haletantes.
Pourquoi cette première olympique peut changer la face du ski-alpinisme
L’entrée du ski-alpinisme aux Jeux Olympiques représente bien plus qu’une simple nouvelle discipline. C’est la reconnaissance officielle d’un sport qui compte des dizaines de milliers de pratiquants réguliers en Europe, particulièrement dans les Alpes.
Avec cette visibilité planétaire, on peut s’attendre à plusieurs évolutions majeures dans les prochaines années :
- Augmentation significative des pratiquants loisir et compétition
- Arrivée de sponsors plus importants
- Développement de filières de détection et de formation plus structurées
- Professionnalisation accrue des meilleurs athlètes
- Émergence de nouvelles nations compétitives
Pour la France, nation phare de la discipline depuis plus de quinze ans, c’est aussi l’opportunité de consolider sa place de leader mondial et d’inspirer une nouvelle génération d’athlètes.
Le contexte olympique : une délégation française en confiance
Ces belles performances en ski-alpinisme s’inscrivent dans une quatorzième journée olympique déjà réussie pour les Bleus. Avec plusieurs podiums et titres décrochés dans d’autres disciplines, l’équipe de France aborde cette fin de quinzaine avec le sourire et une dynamique très positive.
Le ski-alpinisme pourrait donc venir couronner cette belle récolte en offrant à la France l’une des toutes premières médailles olympiques de son histoire dans cette discipline. Un exploit qui serait à la hauteur de l’investissement réalisé par les athlètes et les entraîneurs depuis de nombreuses années.
Regard vers l’avenir : après le sprint, la verticale ?
Si le sprint constitue l’épreuve reine de cette première olympique, beaucoup espèrent voir arriver le format individuel (course longue) dès les prochains Jeux. Cette épreuve, plus représentative de l’essence même du ski-alpinisme, permettrait de mettre en valeur l’endurance et la gestion de l’effort sur plusieurs heures.
En attendant, place aux demi-finales et à la finale de ce sprint inaugural. Avec quatre Français en lice, l’après-midi s’annonce passionnant sur les pentes de Bormio. La France peut-elle réaliser le grand chelem et placer ses quatre représentants en finale ? Peut-elle rêver mieux encore avec un ou plusieurs titres olympiques ?
Réponse dans quelques heures seulement. Le ski-alpinisme a désormais son heure de gloire olympique, et les Bleus comptent bien en profiter pleinement.
À retenir : Emily Harrop (meilleur temps féminin), Margot Ravinel, Pablo Giner Dalmasso et Thibault Anselmet qualifiés en demi-finales. Première journée réussie pour le ski-alpinisme français aux JO 2026.
Le suspense reste entier, mais une chose est sûre : le ski-alpinisme est arrivé aux Jeux Olympiques, et il n’est pas prêt de repartir. Rendez-vous donc cet après-midi pour la suite de cette belle aventure tricolore sur neige.









