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Jimmy Lai Condamné : Plongeon Libre Presse Hong Kong

Jimmy Lai, figure emblématique de la presse libre, vient d’être condamné à 20 ans de prison. Derrière les barreaux depuis 2020, il symbolise un effondrement brutal de la liberté d’expression à Hong Kong. Que reste-t-il aujourd’hui du paysage médiatique qui faisait la fierté du territoire ?

Imaginez une ville autrefois synonyme de liberté d’expression en Asie, où des journaux n’hésitaient pas à critiquer ouvertement le pouvoir, où les kiosques débordaient de titres aux unes provocantes. Cette ville, c’était Hong Kong. Aujourd’hui, cette image semble appartenir à un passé révolu. La condamnation récente d’une figure emblématique des médias hongkongais à une lourde peine de prison vient rappeler à quel point le vent a tourné.

À 78 ans, cet homme d’affaires et patron de presse a été condamné à vingt années d’emprisonnement pour des chefs d’accusation liés à la loi sur la sécurité nationale. Ce verdict n’est pas un cas isolé : il s’inscrit dans une série d’événements qui ont progressivement asphyxié le pluralisme médiatique dans l’ancienne colonie britannique.

Un effondrement brutal de la liberté de la presse

Depuis le début des années 2000, Hong Kong figurait régulièrement parmi les territoires les plus respectueux de la liberté de la presse en Asie. Le contraste avec la situation actuelle est saisissant. En l’espace d’un peu plus de vingt ans, le territoire a perdu plus de 120 places dans le classement mondial établi par Reporters sans frontières, passant d’une honorable 18e position à la 140e en 2025.

Ce recul n’est pas le fruit du hasard. Il résulte d’une succession de mesures législatives, d’arrestations spectaculaires et de pressions économiques qui ont conduit à la disparition de plusieurs médias autrefois influents. Le paysage journalistique s’est métamorphosé en quelques années seulement.

La loi sur la sécurité nationale de 2020 : le tournant décisif

En juin 2020, Pékin imposait directement à Hong Kong une législation sur la sécurité nationale. Ce texte, adopté dans un contexte de tensions politiques majeures, a introduit de nouvelles infractions pénales aux contours particulièrement larges : sécession, subversion, terrorisme et collusion avec des forces étrangères.

Très rapidement, ces dispositions ont été utilisées contre des journalistes et des patrons de presse. Les termes « sédition » et « collusion » sont devenus des outils judiciaires récurrents pour sanctionner des contenus jugés problématiques par les autorités.

« Cette condamnation constitue une attaque de sang-froid contre la liberté d’expression et illustre parfaitement le démantèlement systématique des droits qui caractérisaient autrefois Hong Kong. »

Amnesty International

Cette déclaration, faite le jour même du verdict, résume le sentiment partagé par de nombreuses organisations de défense des droits humains. Le message envoyé est clair : critiquer la politique de Pékin ou appeler à des sanctions étrangères peut désormais valoir de très longues peines de prison.

La chute d’un symbole : la fermeture d’Apple Daily

Le quotidien le plus connu pour son ton résolument pro-démocratie et son franc-parler a été la première grande victime de la nouvelle législation. Lancé il y a plus de vingt-cinq ans, ce titre occupait une place à part dans le paysage médiatique hongkongais.

En août 2020, des centaines de policiers ont investi les locaux de la rédaction. Le fondateur du journal a été arrêté, puis placé en détention provisoire quelques mois plus tard. Malgré ces coups durs, le titre a continué de paraître pendant plusieurs mois.

Mais en juin 2021, une nouvelle opération policière a sonné le glas. La direction a été arrêtée, les avoirs gelés, et le journal a annoncé sa fermeture définitive. Ce fut un choc pour beaucoup de Hongkongais qui voyaient dans ce titre un des derniers remparts d’une presse indépendante et mordante.

Le fondateur et plusieurs cadres ont été poursuivis pour collusion avec des forces étrangères. Seul le principal intéressé a toujours contesté les accusations. Tous ont finalement été condamnés le même jour à des peines très lourdes.

Stand News, Citizen News, The Initium : l’effet domino

Quelques mois après la disparition d’Apple Daily, un autre média en ligne a disparu. Fin décembre 2021, près de 200 policiers ont perquisitionné les locaux de Stand News. Deux responsables ont été arrêtés pour « publications séditieuses ».

Ce duo a été condamné par la suite, marquant la première condamnation de ce type depuis la rétrocession de 1997. L’ancien rédacteur en chef a écopé de 21 mois de prison. Le site a cessé toute activité immédiatement après la descente de police.

Quelques semaines plus tôt, un autre média en ligne avait pris la décision de déplacer ses bureaux hors du territoire, invoquant explicitement la dégradation de la liberté de la presse. Début 2022, un troisième site d’information a annoncé sa fermeture volontaire « pour assurer la sécurité de chacun ».

  • Fermeture forcée d’Apple Daily en juin 2021
  • Cessation d’activité de Stand News en décembre 2021
  • Délocalisation de The Initium en août 2021
  • Arrêt volontaire de Citizen News en janvier 2022

Ces quatre cas, survenus en moins de huit mois, illustrent l’effet domino provoqué par la loi de 2020. De nombreux journalistes ont préféré quitter la profession ou s’exiler plutôt que de risquer des poursuites.

La nouvelle loi de 2024 et l’exode des médias étrangers

En 2024, les autorités locales ont adopté une seconde loi sur la sécurité nationale, cette fois entièrement rédigée et votée à Hong Kong. Présentée comme un complément nécessaire, elle a accentué les craintes déjà très fortes dans les rédactions.

Quelques semaines après son adoption, un important média américain a annoncé la fermeture de son bureau local, invoquant des risques pour la sécurité de ses employés. D’autres rédactions internationales ont également réduit leur présence ou quitté complètement le territoire.

Ces départs marquent un tournant supplémentaire : même les médias étrangers, jusque-là relativement protégés, ne se sentent plus à l’abri.

Harcèlement, refus de visas et pertes d’emplois massives

L’impact ne se limite pas aux fermetures de médias. Les journalistes encore en activité font face à des pressions multiples et quotidiennes. L’association professionnelle locale a documenté des cas répétés de harcèlement organisé : fuites intentionnelles d’informations personnelles, menaces de mort, surveillance accrue.

Des contrôles fiscaux jugés « déraisonnables » ont également visé plusieurs rédactions et journalistes indépendants. Parallèlement, au moins 900 postes de journalistes auraient disparu au cours des quatre années suivant l’adoption de la première loi sur la sécurité nationale.

Les autorités ont aussi durci leur politique en matière de visas. En 2025, plusieurs correspondants étrangers se sont vu refuser le renouvellement de leur permis de travail. Une journaliste travaillant pour une grande agence internationale a été particulièrement médiatisée après un refus qui a suscité l’indignation de plusieurs organisations professionnelles.

Selon des observateurs, il s’agirait au minimum du dixième cas documenté de ce type en quelques années. Cette stratégie du « visa » devient un outil supplémentaire pour limiter la couverture critique du territoire.

La position officielle des autorités hongkongaises

Face aux critiques internationales, le gouvernement local maintient une position ferme. Un porte-parole a récemment déclaré que les habitants de Hong Kong continuaient de jouir pleinement de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, ces droits étant protégés par les deux lois sur la sécurité nationale.

Concernant la condamnation récente, les autorités affirment qu’elle n’a « rien à voir avec la liberté d’expression ou de la presse », mais concerne uniquement des infractions graves à la sécurité nationale.

Cette lecture est cependant très largement contestée par les organisations internationales de défense des droits humains et par de nombreux observateurs étrangers qui y voient au contraire un symbole de l’érosion des libertés fondamentales promise à Hong Kong lors de la rétrocession.

Que reste-t-il aujourd’hui de la presse hongkongaise ?

Le paysage médiatique s’est considérablement rétréci. Les titres les plus critiques ont disparu ou se sont exilés. Ceux qui subsistent adoptent généralement une ligne éditoriale beaucoup plus prudente, évitant soigneusement les sujets politiquement sensibles.

Certains journalistes continuent pourtant de travailler dans des conditions difficiles, souvent en freelance ou pour des médias basés à l’étranger. D’autres ont choisi l’exil, contribuant à la naissance d’une presse hongkongaise en diaspora.

Malgré ces adaptations, le pluralisme qui faisait la richesse du paysage médiatique hongkongais a été profondément atteint. La peur de poursuites judiciaires plane désormais sur chaque article, chaque titre, chaque tweet.

Un avertissement pour la région et au-delà

Ce qui se passe à Hong Kong ne concerne pas uniquement ce territoire de 7,5 millions d’habitants. Cela envoie un message fort à l’ensemble de la région et même au-delà : les promesses d’autonomie et de libertés élevées faites lors de la rétrocession peuvent être remises en cause lorsque les autorités centrales estiment que la sécurité nationale est en jeu.

Pour beaucoup d’observateurs, l’affaire récente constitue un point de non-retour symbolique. La condamnation à vingt ans de prison d’un homme de 78 ans, connu avant tout pour son rôle de patron de presse et de commentateur politique, marque une étape supplémentaire dans la normalisation d’un système où la critique ouverte du pouvoir devient un délit grave.

Le chemin parcouru depuis l’époque où Hong Kong était considéré comme un îlot de liberté dans une région autoritaire est immense. La question que beaucoup se posent aujourd’hui est simple : reste-t-il encore une marge de manœuvre réelle pour une presse indépendante dans ce territoire ?

Les prochains mois et années seront déterminants pour répondre à cette interrogation. En attendant, le verdict rendu récemment continuera longtemps de résonner comme un avertissement sévère pour tous ceux qui, à Hong Kong et ailleurs, croyaient encore à la pérennité des libertés promises en 1997.

« Quand la presse est muselée, c’est toute la société qui perd sa capacité à se regarder en face et à corriger ses erreurs. »

– Un journaliste hongkongais exilé (anonyme)

Ce témoignage anonyme illustre parfaitement l’atmosphère qui règne aujourd’hui dans les rédactions encore actives sur place. Entre autocensure massive et crainte permanente d’une descente de police, le métier de journaliste a radicalement changé en quelques années à peine.

Pourtant, l’histoire de la liberté de la presse montre que même dans les contextes les plus contraignants, des voix finissent toujours par trouver un moyen de s’exprimer. Reste à savoir sous quelle forme et à quel prix cette résistance pourra s’exercer dans le Hong Kong d’aujourd’hui et de demain.

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