Une grève inédite paralyse les écoles privées de Jérusalem-Est
Les établissements privés de Jérusalem-Est, souvent considérés comme des refuges éducatifs de qualité dans un contexte tendu, ont choisi de suspendre leurs activités. Cette mesure drastique répond à des restrictions imposées sur les permis de travail des enseignants résidant en Cisjordanie. Ce qui a commencé comme une mesure ciblée s’est transformé en un mouvement plus large, touchant l’ensemble du secteur privé de la zone annexée.
Le Secrétariat général des institutions éducatives chrétiennes a lancé un appel à la grève, rapidement rejoint par toutes les écoles privées concernées. Cette unité rare démontre l’ampleur du mécontentement face à ce que les responsables qualifient de décision arbitraire. Les conséquences sont immédiates : des milliers d’enfants se retrouvent sans cours, sans structure quotidienne, et les parents se demandent comment organiser leur vie professionnelle et familiale.
Les détails des restrictions sur les permis de travail
Les enseignants vivant en Cisjordanie dépendent de permis délivrés par les autorités israéliennes pour se rendre quotidiennement à Jérusalem-Est. Récemment, ces permis ont été limités à certains jours de la semaine. Initialement, le samedi a été exclu, jour de classe pour de nombreux établissements. Après des protestations, les samedis ont été réintégrés, mais les vendredis et dimanches ont alors été supprimés.
Ces ajustements successifs rendent impossible le respect des emplois du temps scolaires. Des programmes éducatifs, des cours spécifiques et des activités extrascolaires se déroulent traditionnellement ces jours-là. Les responsables scolaires soulignent que cette fragmentation perturbe gravement la continuité pédagogique et met en péril la qualité de l’enseignement dispensé.
En tout, 171 enseignants et membres du personnel sont directement impactés par ces nouvelles règles. Ce chiffre, loin d’être anodin, représente une part significative du corps enseignant dans ces écoles privées, souvent recruté en Cisjordanie en raison de la difficulté à trouver des profils qualifiés localement.
L’interdiction liée aux diplômes universitaires palestiniens
Au-delà des restrictions sur les jours, une autre mesure suscite l’indignation. Les écoles palestiniennes de Jérusalem-Est ne peuvent plus employer des enseignants détenteurs de diplômes universitaires obtenus dans des établissements palestiniens. Cette règle, combinée à l’interdiction depuis l’année précédente de recruter de nouveaux enseignants originaires de Cisjordanie, accentue la pression sur les ressources humaines.
Plus de 60 % des enseignants dans certains établissements possèdent de tels diplômes, ce qui rend la menace particulièrement sérieuse. Les directeurs se retrouvent dans une impasse : soit ils se conforment et perdent une partie essentielle de leur équipe, soit ils résistent et risquent des sanctions supplémentaires. Cette politique semble viser à remodeler le paysage éducatif en limitant l’influence des formations palestiniennes.
« C’est arbitraire », affirment les représentants du Secrétariat général, soulignant que ces mesures entravent le droit fondamental à une éducation de qualité.
L’impact humain sur les élèves et les familles
Parmi les 20 000 élèves touchés, 8 500 fréquentent les 15 écoles chrétiennes. Ces chiffres, fournis par Richard Zananiri, directeur de l’école privée St George, illustrent l’ampleur de la crise. Des enfants habitués à une routine scolaire stable se retrouvent soudain sans repères. Les parents, souvent déjà confrontés à des contraintes de mobilité et de sécurité, doivent improviser des solutions pour la garde et l’apprentissage.
Dans un contexte où l’éducation représente un pilier d’espoir et de résilience, cette interruption prolongée risque d’aggraver les inégalités. Les élèves des milieux les plus modestes, qui dépendent entièrement de ces écoles privées, sont les plus vulnérables. Des retards accumulés pourraient compromettre leurs chances futures, dans une région où chaque opportunité compte double.
Les activités extrascolaires, sportives, artistiques ou culturelles, qui contribuent au développement global des enfants, sont également suspendues. Ces moments d’épanouissement deviennent luxueux quand la simple présence en classe est menacée.
Le contexte historique et politique du statut de Jérusalem-Est
Jérusalem-Est reste au cœur du conflit israélo-palestinien. Annexée par Israël après la guerre de 1967, cette annexion n’est pas reconnue par la communauté internationale, y compris par l’ONU. Les Palestiniens y voient la capitale de leur futur État, tandis que les autorités israéliennes considèrent la ville comme indivisible.
Cette divergence fondamentale influence tous les aspects de la vie quotidienne, y compris l’éducation. Les écoles privées, majoritairement chrétiennes ou musulmanes, maintiennent souvent un curriculum palestinien, préservant identité et langue. Toute mesure affectant leur fonctionnement est perçue comme une tentative d’assimilation ou de contrôle accru.
Les restrictions sur les permis s’inscrivent dans un ensemble plus large de régulations sur la mobilité des Palestiniens. Le système de permis, complexe et souvent imprévisible, conditionne l’accès au travail, aux soins, à la famille et, comme ici, à l’enseignement.
Les précédents récents dans le domaine éducatif
La situation actuelle fait écho à d’autres mesures affectant l’éducation palestinienne à Jérusalem-Est. Par le passé, des fermetures d’établissements liés à l’agence onusienne pour les réfugiés ont été décidées, motivées par des accusations contre certains employés. Ces actions ont déjà perturbé la scolarité de milliers d’enfants.
Les fermetures temporaires ou partielles dues à des tensions sécuritaires ou à des restrictions de mouvement ne sont pas rares en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Mais une grève proactive des écoles privées marque une escalade dans la résistance à ces politiques.
Les responsables éducatifs espèrent des négociations rapides pour rétablir des permis complets. Des contacts sont en cours, mais l’absence de réponse immédiate des autorités compétentes prolonge l’incertitude.
Conséquences à plus long terme pour le système éducatif
Si la situation perdure, les écoles risquent de perdre des enseignants qualifiés, attirés par des postes plus stables ailleurs. Le recrutement local, déjà difficile, deviendrait encore plus compliqué. La qualité globale de l’enseignement pourrait en pâtir, avec des classes surchargées ou des matières supprimées.
Pour les élèves, les interruptions répétées génèrent du stress, de l’anxiété et des lacunes cumulatives. Dans une région où l’avenir semble souvent incertain, l’école offre une forme de stabilité. La priver de cela revient à fragiliser une génération entière.
Les familles se mobilisent, certains parents envisageant des cours à domicile ou des alternatives en ligne, mais ces solutions restent limitées par l’accès à internet et aux ressources. L’éducation inclusive et équitable semble menacée dans son essence même.
Vers une résolution ou une prolongation du conflit éducatif ?
La grève actuelle n’est pas seulement une protestation contre des permis restreints ; elle symbolise une lutte plus large pour le droit à l’éducation dans un territoire disputé. Les responsables espèrent que la pression exercée poussera à un assouplissement rapide des règles.
Mais dans l’attente, les enfants paient le prix fort. Des voix s’élèvent pour rappeler que l’éducation ne devrait jamais être otage de considérations politiques. Chaque jour sans classe est un jour perdu pour l’avenir.
Cette crise met en lumière les défis persistants à Jérusalem-Est, où chaque aspect de la vie quotidienne est influencé par le statut contesté de la ville. L’issue de cette grève pourrait influencer d’autres secteurs, démontrant la résilience ou la vulnérabilité du système éducatif palestinien dans cette zone sensible.
Pour l’instant, les portes restent closes, les cahiers rangés, et l’attente se prolonge. Les élèves, les enseignants et les familles espèrent un retour rapide à la normale, mais la réalité des restrictions rappelle que rien n’est acquis dans ce contexte complexe.









