Imaginez un instant : au milieu des ruines d’un cimetière dévasté par des mois de combats acharnés, des soldats progressent avec une extrême prudence, pelletant la terre retournée, scrutant chaque pierre tombale fissurée. Leur mission ? Retrouver la dépouille d’un homme qui, plus de deux ans après les événements tragiques du 7 octobre 2023, reste le dernier symbole d’une page douloureuse encore ouverte. Cette scène se déroule actuellement dans le nord de la bande de Gaza.
Le bureau du Premier ministre israélien a officialisé l’information ce dimanche : une opération militaire d’envergure est en cours pour localiser le corps de Ran Gvili, policier israélien enlevé lors de l’attaque massive perpétrée par le Hamas et toujours porté disparu sur le territoire palestinien. Cette annonce intervient dans un contexte où le cessez-le-feu, bien que fragile, tient depuis plusieurs mois.
Une opération sensible au cœur d’un cimetière endeuillé
Les forces israéliennes ont déployé des moyens conséquents dans cette zone particulièrement symbolique et complexe. Un cimetière n’est pas un champ de bataille ordinaire : il porte en lui des couches de mémoire, de sacré et de douleur accumulées. Fouiller un tel lieu demande une précision extrême et une grande retenue, même dans le cadre d’une opération militaire.
Les autorités israéliennes insistent sur la détermination : les recherches se poursuivront « autant que nécessaire ». Cette formulation traduit à la fois l’urgence émotionnelle et la volonté politique de ne laisser aucun disparu derrière soi, même lorsque la guerre a officiellement laissé place à une trêve.
Le Hamas affirme avoir transmis les informations clés
De son côté, la branche armée du mouvement palestinien a réagi rapidement via son porte-parole. Selon ce dernier, les Brigades Al-Qassam ont fourni aux médiateurs internationaux « tous les détails et informations en leur possession » concernant l’emplacement présumé du corps. Le porte-parole a même indiqué que l’armée israélienne était en train d’explorer l’un des sites mentionnés grâce aux renseignements transmis.
Cette déclaration marque un tournant. Jusqu’à présent, le Hamas expliquait les difficultés à localiser la dépouille par l’ampleur des destructions à Gaza et le manque de moyens techniques adéquats. Israël, de son côté, accusait régulièrement le mouvement de faire traîner les choses délibérément.
« L’ennemi est actuellement en train de fouiller l’un des sites sur la base des informations transmises par les Brigades Al-Qassam aux médiateurs. »
Porte-parole des Brigades Al-Qassam
Cette phrase, publiée sur les réseaux officiels du groupe, montre une volonté de transparence – du moins en apparence – dans un dossier extrêmement sensible.
Ran Gvili : le dernier chapitre d’une tragédie collective
Sur les 251 personnes enlevées le 7 octobre 2023, la grande majorité a été libérée, tuée lors des opérations ou rendue dans le cadre d’accords successifs. Ran Gvili reste la seule personne dont le corps se trouverait encore à Gaza. Policier de métier, il incarnait pour beaucoup la figure de l’Israélien ordinaire pris dans la tourmente d’une journée qui a bouleversé le pays.
Sa famille n’a jamais cessé de se mobiliser. Dans un communiqué récent, elle a lancé un appel poignant aux autorités : ne pas avancer vers la phase suivante du plan de règlement américain sans avoir obtenu la restitution de la dépouille. « Nous demandons qu’il ne soit ni oublié, ni ignoré, ni laissé derrière », ont-ils écrit.
Ces mots résonnent particulièrement fort dans une société israélienne où la question des otages et des disparus reste une blessure ouverte, même après la mise en place du cessez-le-feu.
Le dossier Rafah au cœur des tractations
Parallèlement à l’opération militaire, des pressions diplomatiques s’exercent. Des envoyés américains proches du dossier ont récemment insisté auprès des dirigeants israéliens pour que le passage de Rafah soit rouvert sans attendre la récupération du corps. Rafah représente l’artère vitale pour l’entrée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza.
Contrôlé par Israël pendant une grande partie du conflit, le terminal est resté fermé malgré l’entrée en vigueur de la trêve le 10 octobre dernier. Sa réouverture figure pourtant explicitement dans les termes de l’accord de cessez-le-feu. La famille Gvili s’oppose fermement à toute avancée sur ce point tant que la dépouille n’aura pas été restituée.
Ce blocage illustre parfaitement la complexité du moment : d’un côté, la nécessité humanitaire urgente ; de l’autre, l’impératif moral et politique de ne pas clore le chapitre des otages sans honorer pleinement les disparus.
Un cessez-le-feu sous tension permanente
Même si les bombardements massifs ont cessé, la trêve reste précaire. Chaque jour ou presque apporte son lot d’accusations mutuelles de violations. Le Hamas dénonce des incursions ou des retards dans l’acheminement de l’aide ; Israël pointe des mouvements suspects ou des obstructions délibérées.
Dans ce climat de méfiance généralisée, l’opération en cours dans le cimetière prend une dimension supplémentaire : elle est à la fois un geste humanitaire et un test de la bonne foi des deux parties.
Les enjeux humanitaires qui dépassent le seul dossier des otages
La bande de Gaza traverse l’une des pires crises humanitaires de son histoire récente. Les destructions massives ont rendu une grande partie du territoire inhabitable. L’accès à l’eau potable, aux soins médicaux, à la nourriture reste extrêmement limité pour des centaines de milliers de personnes.
La fermeture prolongée de Rafah aggrave chaque jour la situation. Les organisations humanitaires internationales multiplient les appels à une ouverture complète et durable du passage. Pourtant, tant que des dossiers aussi sensibles que celui de Ran Gvili restent en suspens, les autorités israéliennes hésitent à faire des concessions unilatérales.
Il s’agit donc d’un équilibre extrêmement délicat entre impératifs sécuritaires, obligations morales et pressions humanitaires internationales.
La mémoire collective et le deuil impossible
Pour les Israéliens, le 7 octobre 2023 reste une date gravée dans le marbre. Les récits des survivants, les images des communautés ravagées, les funérailles interminables ont laissé des cicatrices profondes. Chaque otage, chaque disparu représente bien plus qu’un individu : il incarne une partie de la nation blessée.
Rapatrier les corps, même des années plus tard, constitue une étape essentielle du processus de deuil collectif. Laisser quelqu’un « derrière » reviendrait à rouvrir une plaie que beaucoup espèrent enfin refermer.
De l’autre côté de la frontière, la population de Gaza paie un prix humain exorbitant depuis le début du conflit. Les familles endeuillées, les enfants traumatisés, les infrastructures détruites : le bilan est écrasant. Dans ce chaos, retrouver une dépouille peut sembler dérisoire aux yeux de certains, mais pour d’autres, c’est une question de dignité humaine fondamentale.
Vers une nouvelle phase du plan de règlement ?
Le plan proposé par les médiateurs américains prévoit plusieurs étapes progressives : renforcement de la trêve, augmentation massive de l’aide, réouverture complète des passages, discussions sur une gouvernance future de Gaza. Chaque phase dépend du respect des engagements précédents.
L’opération actuelle pourrait donc constituer un test crucial. Si le corps est retrouvé rapidement grâce aux informations fournies, cela pourrait débloquer certaines avancées. À l’inverse, tout retard ou toute découverte contredisant les déclarations du Hamas risquerait de raviver les tensions.
Les prochaines heures et les prochains jours seront déterminants pour mesurer la solidité réelle de la trêve actuelle.
Conclusion : entre espoir de clôture et crainte de rechute
L’opération en cours dans ce cimetière du nord de Gaza dépasse largement le cadre d’une simple recherche militaire. Elle touche à des questions existentielles : la dignité des morts, le droit des familles à faire leur deuil, la possibilité de tourner – même partiellement – la page d’une guerre qui a tout bouleversé.
En parallèle, la situation humanitaire catastrophique appelle des gestes forts et immédiats. La réouverture de Rafah, l’acheminement massif d’aide, la reconstruction : autant de chantiers immenses qui ne peuvent attendre indéfiniment.
Pour l’instant, les regards se tournent vers ce lieu de recueillement devenu, paradoxalement, le théâtre d’une opération d’envergure. Espérons que cette mission permette enfin de ramener Ran Gvili auprès des siens et ouvre, peut-être, une nouvelle séquence moins douloureuse pour toutes les parties impliquées.
À retenir : Une seule dépouille reste encore à Gaza parmi les 251 personnes enlevées le 7 octobre 2023. L’opération actuelle pourrait marquer la fin d’un chapitre tragique… ou révéler de nouvelles complexités dans un conflit qui n’en finit pas de produire des blessures.
Les développements à venir seront scrutés avec la plus grande attention par toutes les parties prenantes, de Jérusalem à Gaza, en passant par Washington et Le Caire.









