Imaginez des hommes coincés des dizaines de mètres sous terre, sans lumière naturelle, avec pour seule issue des galeries surveillées par l’ennemi. Depuis plusieurs semaines, c’est la réalité de dizaines de combattants du Hamas à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. L’armée israélienne vient d’annoncer avoir neutralisé plus de quarante d’entre eux en une seule semaine.
Une opération souterraine d’envergure à Rafah
Depuis quarante jours, les forces israéliennes concentrent leurs efforts dans la partie est de Rafah. L’objectif affiché est clair : démanteler les derniers réseaux de tunnels encore actifs et éliminer les combattants qui s’y réfugient. Ces infrastructures souterraines, construites pendant des années, servaient à la fois de cachettes, de dépôts d’armes et de voies de déplacement discrètes.
Le bilan communiqué est lourd. Plus de quarante combattants palestiniens ont été tués au cours de la dernière semaine uniquement. Des dizaines d’entrées de tunnels ont été détruites, tant en surface que dans les profondeurs. L’armée parle également de nombreux sites d’infrastructures détruits.
Des combattants piégés sans issue
La situation la plus critique concerne les hommes encore bloqués sous terre. Selon différentes sources, entre soixante et quatre-vingts combattants du Hamas seraient coincés dans ces galeries depuis plusieurs semaines. Certains parlent même de jusqu’à deux cents personnes selon des estimations américaines prononcées début novembre.
Ces combattants se retrouvent dans une nasse. Les sorties sont surveillées ou détruites. L’approvisionnement en eau, nourriture et air devient critique après tant de jours passés sous terre. Pourtant, la direction du Hamas reste inflexible.
« Nos combattants à Rafah ne peuvent pas accepter de se rendre ou de remettre leurs armes à l’occupation »
Hossam Badran, haut responsable du Hamas
Cette déclaration illustre la position officielle : pas de capitulation, même au prix de la vie. Le mouvement appelle les pays médiateurs à faire pression pour obtenir un couloir de sortie sécurisé.
Une trêve qui vacille dangereusement
Le cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre dernier apparaît de plus en plus fragile. Les deux camps s’accusent mutuellement de violations. Chaque opération militaire, chaque tir de roquette ravive les tensions.
Dans ce contexte, la question des combattants coincés dans les tunnels devient explosive. Israël refuse catégoriquement de leur accorder un sauf-conduit. Du côté palestinien, on considère que leur permettre de sortir armés serait une victoire symbolique importante.
Les négociations, bien que discrètes, semblent dans l’impasse. Les médiateurs internationaux peinent à trouver une solution qui satisferait les deux parties sans apparaître comme une capitulation d’un côté ou une faiblesse de l’autre.
La guerre des tunnels : une constante du conflit
Les tunnels ont toujours occupé une place centrale dans la stratégie du Hamas. Creusés sur des centaines de kilomètres au fil des années, ils permettent de contourner le blocus, de stocker des armes et de préparer des attaques surprises.
Côté israélien, leur destruction est devenue une priorité absolue. Des unités spécialisées ont été créées, équipées de technologies avancées : robots, drones souterrains, capteurs sismiques. Chaque nouveau conflit voit son lot de découvertes macabres dans ces galeries.
L’opération actuelle à Rafah s’inscrit dans cette longue bataille souterraine. Mais elle se distingue par son intensité et par le fait qu’elle intervient pendant une trêve officiellement en cours.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Derrière les communiqués militaires, la réalité au sol reste dramatique. Deux ans de guerre ont transformé la bande de Gaza en un territoire dévasté. Les infrastructures sont en ruines, l’accès aux soins médicaux dramatique, la malnutrition en forte hausse.
Les habitants de Rafah, déjà déplacés à plusieurs reprises, vivent dans la peur permanente des combats. Les opérations dans les tunnels, bien que souterraines, provoquent parfois des effondrements en surface et des dégâts collatéraux.
Les organisations humanitaires alertent régulièrement sur la situation catastrophique. L’hiver approche et des centaines de milliers de personnes vivent encore sous des tentes ou dans des abris de fortune.
Quelles perspectives pour l’après ?
La question qui se pose désormais est celle de la suite. Si les combattants coincés dans les tunnels sont tous éliminés ou capturés, cela marquera-t-il la fin des capacités militaires du Hamas dans le secteur ? Ou au contraire renforcera-t-il la détermination des combattants restants ?
Du côté israélien, on présente ces opérations comme nécessaires pour empêcher toute reprise des hostilités. Mais chaque annonce de ce type contribue aussi à maintenir un climat de tension permanent.
La communauté internationale observe avec inquiétude. La fragile trêve de octobre était censée ouvrir la voie à des négociations plus larges. Deux mois plus tard, force est de constater que le chemin vers une paix durable reste semé d’embûches.
À retenir :
- Plus de 40 combattants neutralisés en une semaine à Rafah
- Des dizaines d’autres toujours coincés dans les tunnels
- Refus catégorique de reddition du côté du Hamas
- Aucune disposition israélienne pour un sauf-conduit
- Trêve de plus en plus menacée
Le conflit israélo-palestinien entre dans une nouvelle phase, plus souterraine, plus invisible, mais tout aussi meurtrière. Dans les profondeurs de Rafah, le sort de quelques dizaines d’hommes pourrait bien déterminer l’avenir de toute une région pendant les prochains mois.
La guerre, même quand elle se déroule à l’abri des regards, continue de marquer profondément les corps et les esprits. Et tant que les tunnels existeront, tant que les armes parleront plus fort que les négociations, la paix restera un horizon lointain pour les populations de Gaza et du sud d’Israël.









