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Iran : Vers un Retour d’Internet pour les Entreprises ?

Depuis 18 jours, l'Iran est plongé dans un blackout internet total qui asphyxie son économie et empêche toute visibilité sur la répression en cours. Un haut responsable laisse pourtant entrevoir un espoir pour les entreprises... Mais à quel prix ?

Imaginez un pays entier coupé du reste du monde numérique pendant plus de deux semaines. Pas de mails professionnels, pas de transactions en ligne, pas de coordination possible avec les partenaires étrangers. En Iran, cette réalité s’impose depuis le 8 janvier, plongeant entreprises et citoyens dans une obscurité technologique inédite. Alors que les rues bruissent encore des échos d’une contestation massive, un haut responsable laisse planer l’espoir d’un retour progressif à la normale pour le secteur économique.

Un black-out aux conséquences économiques dévastatrices

La décision de couper l’accès à l’internet international n’est pas anodine. Elle intervient dans un contexte de forte tension sociale où les autorités cherchent visiblement à limiter la circulation rapide des informations. Les impacts se font sentir immédiatement sur le terrain économique, où la dépendance au numérique est devenue incontournable.

Les pertes quotidiennes s’accumulent à une vitesse alarmante. D’après les déclarations officielles relayées par la presse locale, chaque jour sans connexion coûte entre 4 000 et 6 000 milliards de rials. En termes plus compréhensibles pour le lecteur occidental, cela représente environ 2,5 à 3,3 millions d’euros par jour. Ces chiffres, déjà impressionnants, pourraient même sous-estimer la réalité.

Des organismes spécialisés dans la surveillance de la cybersécurité avancent des estimations bien plus lourdes. Ils évaluent le préjudice quotidien à plus de 31 millions d’euros. Cette différence abyssale entre les chiffres officiels et les analyses indépendantes illustre parfaitement la difficulté à obtenir une vision claire de la situation.

18 jours sans internet mondial : un record qui inquiète

Le compteur tourne depuis le 8 janvier. Cela fait donc 18 jours que l’Iran est isolé du web global. Cette durée exceptionnelle place le pays parmi les cas les plus longs de coupure internet intentionnelle dans l’histoire récente. Les effets en cascade touchent tous les secteurs : commerce, banque, éducation en ligne, télétravail, import-export.

Les autorités ont progressivement resserré l’étau. Les solutions de contournement, VPN et autres outils, deviennent de plus en plus difficiles à utiliser. Parallèlement, certains comptes officiels continuent de publier normalement, suggérant l’existence d’une liste blanche réservée aux narratifs validés par le pouvoir.

« Les mailles se resserrent pour limiter les contournements, tandis que des comptes du régime figurant sur une liste blanche promeuvent le récit de la République islamique. »

Cette phrase résume bien la stratégie observée : contrôle total de l’information tout en maintenant une façade de normalité pour les institutions.

Un espoir timide pour les entreprises

Face à la pression économique croissante, un signe de détente semble émerger. Un responsable de haut niveau chargé de l’économie numérique a déclaré espérer un rétablissement de l’accès international pour les entreprises dans les un ou deux prochains jours. Cette annonce, faite à travers l’agence Mehr, reste toutefois prudente.

Il précise immédiatement que la décision ne relève pas de son autorité directe. La question fait l’objet de consultations permanentes avec les différentes instances concernées. En d’autres termes, rien n’est encore acté, mais le sujet est clairement sur la table des discussions les plus hautes.

Ce léger optimisme contraste avec la gravité de la situation. Les entreprises, déjà fragilisées par des années de sanctions internationales, subissent un coup supplémentaire difficilement supportable. Beaucoup ont dû suspendre leurs activités ou fonctionner au ralenti, avec des pertes humaines et matérielles considérables.

Le contexte : une vague de contestation historique

Pour comprendre l’ampleur de la coupure, il faut remonter au déclencheur du mouvement. Initié en décembre par des commerçants excédés par le marasme économique, le mouvement a rapidement pris de l’ampleur. Le 8 janvier marque un tournant : la contestation devient nationale et pose à la République islamique le défi le plus sérieux depuis sa fondation en 1979.

Les manifestants dénoncent la corruption, l’inflation galopante, le chômage des jeunes, mais aussi la gestion autoritaire du pouvoir. Très vite, les forces de l’ordre répondent par une répression d’une violence inouïe. Les organisations de défense des droits humains parlent de milliers de morts parmi les protestataires.

Établir un bilan précis s’avère presque impossible. La coupure internet empêche la diffusion des vidéos, des témoignages directs et des preuves visuelles. Les chiffres confirmés aujourd’hui sont donc considérés comme largement sous-estimés par les ONG qui suivent la situation au jour le jour.

Pourquoi couper internet ? Les motivations apparentes

Les autorités justifient souvent ces mesures par des impératifs de sécurité nationale. Elles accusent les « ennemis extérieurs » d’orchestrer les troubles via les réseaux sociaux. Pourtant, les observateurs indépendants y voient surtout une volonté de masquer l’ampleur de la répression.

En empêchant la diffusion instantanée des images de violences policières, le pouvoir limite la contagion du mouvement à l’international et freine la mobilisation interne. Cette tactique n’est pas nouvelle, mais sa durée et son intensité actuelle sont exceptionnelles.

Le black-out sert également à couper les manifestants de leurs outils de coordination : groupes Telegram, WhatsApp, Instagram, Twitter. Sans ces canaux, organiser des rassemblements devient extrêmement compliqué.

Les entreprises au cœur de la tempête économique

Revenons aux conséquences concrètes pour le tissu économique. Les PME, qui constituent l’essentiel de l’emploi en Iran, dépendent massivement d’internet pour leurs commandes, leurs paiements, leurs relations fournisseurs. Beaucoup ont vu leurs stocks s’accumuler sans pouvoir les écouler.

Les grandes entreprises exportatrices, déjà pénalisées par les sanctions, perdent des contrats faute de communication fluide avec l’étranger. Les banques en ligne fonctionnent au ralenti, les transferts internationaux sont gelés ou très ralentis.

Certains secteurs high-tech, qui tentaient de se développer malgré les contraintes, se retrouvent paralysés. Startups, freelances, développeurs : tous subissent de plein fouet cette décision.

Perspectives : un rétablissement sélectif ?

L’annonce d’un possible retour pour les entreprises soulève de nombreuses questions. S’agit-il d’un assouplissement général ou d’un accès réservé à certaines catégories professionnelles ? Les autorités ont déjà expérimenté des connexions différenciées par secteur ou par région.

Si le rétablissement se confirme dans les prochains jours, il pourrait apaiser une partie de la colère économique. Mais il ne résoudra pas les causes profondes du mécontentement. Les manifestants ne demandent pas seulement du pain et du travail ; ils exigent aussi des libertés fondamentales.

De plus, un retour partiel pourrait accentuer les inégalités : ceux qui bénéficient d’un accès privilégié continueraient à fonctionner, tandis que la population lambda resterait coupée. Cette situation créerait un sentiment d’injustice supplémentaire.

La communauté internationale face au silence numérique

À l’extérieur, la coupure complique le suivi des événements. Les médias étrangers peinent à obtenir des informations vérifiées. Les ONG multiplient les appels à la communauté internationale pour qu’elle exerce une pression diplomatique.

Certains pays et organisations dénoncent déjà une violation grave du droit à l’information et à la liberté d’expression. D’autres restent plus discrets, soucieux de préserver des canaux de dialogue avec Téhéran.

Quelles leçons tirer de cette crise ?

Cette situation extrême rappelle à quel point internet est devenu un outil central de pouvoir et de contre-pouvoir. Les gouvernements autoritaires le savent : couper le réseau, c’est couper les veines de la contestation moderne.

Pour les citoyens, cela souligne aussi la fragilité de la dépendance numérique. Ceux qui ont anticipé en développant des réseaux physiques, des communications alternatives (radio amateur, messageries hors-ligne), s’en sortent mieux.

Enfin, l’épisode iranien pose la question de la résilience des économies face à de telles mesures. Un pays qui peut être déconnecté du monde pendant 18 jours subit un choc dont les effets se feront sentir pendant des mois, voire des années.

Vers une sortie de crise ou un durcissement ?

Les prochains jours seront décisifs. Si l’accès revient effectivement pour les entreprises, cela pourrait marquer un premier pas vers l’apaisement. Mais si la coupure se prolonge ou si elle s’accompagne de nouvelles mesures répressives, la tension risque de monter encore d’un cran.

Les Iraniens, entrepreneurs comme citoyens ordinaires, attendent avec une impatience mêlée d’inquiétude. Leur quotidien, déjà marqué par de multiples difficultés, pourrait connaître un tournant dans les heures qui viennent. Ou pas.

Dans tous les cas, cette crise numérique restera gravée comme l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire récente du pays. Un moment où le silence imposé sur le réseau a tenté, sans doute en vain, d’étouffer la voix d’un peuple qui refuse de se taire.

Point clé à retenir : 18 jours de black-out, des pertes estimées à plusieurs dizaines de millions d’euros par jour, un espoir de rétablissement pour les entreprises dans les 48 heures… mais le sort de la liberté d’expression et de la contestation reste suspendu à des décisions qui échappent encore au grand public.

La suite des événements nous dira si cette parenthèse numérique se referme ou si elle s’ouvre sur une nouvelle phase de contrôle renforcé. Une chose est sûre : en Iran, le combat pour la parole libre se joue aussi sur les réseaux… quand ils fonctionnent.

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