Une hostilité enracinée depuis la Révolution islamique
Le point de rupture décisif remonte au 4 novembre 1979. Quelques mois après l’instauration de la République islamique, des étudiants islamistes ont envahi l’ambassade américaine à Téhéran. Leur exigence principale : l’extradition de l’ancien chah Mohammad Reza Pahlavi, réfugié aux États-Unis pour des soins médicaux. Cinquante-deux Américains ont été retenus en otages pendant 444 jours interminables, un épisode qui a profondément traumatisé l’opinion publique américaine et scellé la rupture diplomatique.
En avril 1980, les États-Unis ont rompu officiellement les relations diplomatiques et imposé un embargo commercial. Cette crise des otages a non seulement humilié l’administration Carter, mais elle a aussi posé les bases d’une méfiance durable. L’Iran, de son côté, voyait dans cet événement une victoire symbolique contre l’impérialisme occidental.
Les années suivantes ont vu les tensions s’aggraver. Washington a accusé Téhéran de soutenir des groupes armés considérés comme terroristes, tandis que l’Iran dénonçait l’interventionnisme américain dans la région.
L’embargo total et l' »axe du mal »
En 1995, sous la présidence de Bill Clinton, les États-Unis ont décrété un embargo commercial et financier complet contre l’Iran, l’accusant de financer le terrorisme. Des mesures supplémentaires ont ciblé les entreprises investissant dans les secteurs pétrolier et gazier iraniens, isolant davantage l’économie du pays.
Le point culminant rhétorique est arrivé en 2002, lorsque George W. Bush a classé l’Iran dans l’axe du mal, aux côtés de l’Irak et de la Corée du Nord. Cette déclaration a renforcé la perception iranienne d’une hostilité existentielle de la part de Washington. En 2019, les Gardiens de la Révolution, pilier du régime, ont été désignés comme organisation terroriste étrangère par les États-Unis, accentuant la pression sur les structures de pouvoir à Téhéran.
Les sanctions successives ont visé à asphyxier l’économie iranienne, mais elles ont aussi renforcé le discours de résistance du régime face à l’Occident.
Ces mesures ont créé un cercle vicieux : plus les sanctions s’intensifiaient, plus l’Iran durcissait sa posture, et vice versa.
Le dossier nucléaire : de la suspicion à l’accord de 2015
Les révélations sur des sites nucléaires clandestins au début des années 2000 ont alarmé la communauté internationale. L’Agence internationale de l’énergie atomique a rapporté en 2011 des indications crédibles sur des activités passées liées à un possible engin nucléaire explosif avant 2003. Téhéran a toujours affirmé que son programme était pacifique, destiné à l’énergie civile.
Sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, l’enrichissement d’uranium a repris en 2005, provoquant une escalade des tensions. Après des années de négociations ardues, un accord historique a été signé le 14 juillet 2015 à Vienne entre l’Iran et les grandes puissances (États-Unis, Chine, France, Royaume-Uni, Russie, Allemagne). Le JCPOA limitait le programme nucléaire iranien en échange d’un allègement des sanctions.
Cet accord, entériné par l’ONU, représentait un rare moment d’espoir diplomatique. Il imposait des restrictions strictes sur l’enrichissement et ouvrait la voie à des inspections renforcées.
Le retrait américain et la reprise des tensions
Mais le 8 mai 2018, Donald Trump a annoncé le retrait unilatéral des États-Unis du JCPOA, qualifiant l’accord de « pire deal jamais négocié ». Les sanctions ont été rétablies et intensifiées, plongeant l’économie iranienne dans une crise profonde.
En réponse, l’Iran a progressivement réduit ses engagements à partir de 2019. Les efforts pour relancer les négociations ont échoué. Les sanctions de l’ONU ont été rétablies le 28 septembre 2025 via le mécanisme de « snapback », et l’accord a officiellement expiré le mois suivant, marquant la fin d’une ère diplomatique fragile.
- Retrait américain en 2018 : sanctions maximales réimposées.
- Réponse iranienne : dépassement progressif des limites d’enrichissement.
- Échec des pourparlers : sanctions ONU réactivées en 2025.
Cette spirale a conduit à une militarisation accrue des différends.
L’assassinat de Qassem Soleimani et les représailles
Le 3 janvier 2020, une frappe américaine à Bagdad a éliminé le général Qassem Soleimani, figure emblématique des Gardiens de la Révolution. Washington l’accusait de préparer des attaques imminentes contre des intérêts américains. L’Iran a riposté en tirant des missiles sur des bases irakiennes abritant des troupes américaines.
Cet épisode a failli dégénérer en guerre ouverte, illustrant la volatilité de la confrontation.
Les frappes de 2025 sur les sites nucléaires
Dans le cadre d’un conflit de douze jours initié par une attaque israélienne contre l’Iran, les États-Unis ont bombardé trois sites nucléaires majeurs le 21 juin 2025. Donald Trump a déclaré ces installations « anéanties », bien que l’ampleur exacte des dommages reste incertaine. Ces frappes visaient à freiner définitivement les ambitions nucléaires présumées de Téhéran.
Ce développement a marqué une escalade majeure, passant de sanctions à des actions militaires directes.
La répression interne et les menaces extérieures
Fin décembre 2025, un vaste mouvement de contestation a éclaté en Iran, déclenché par des difficultés économiques et une frustration accumulée contre le régime. Les autorités ont répondu par une répression sanglante, causant de nombreuses victimes et arrestations massives.
Washington a menacé à plusieurs reprises de frapper l’Iran en réaction à cette violence interne. Des pourparlers indirects, médiés par Oman, ont repris début février 2026, avec une dernière session à Genève. Les États-Unis exigeaient un accord élargi incluant les missiles balistiques, ce que Téhéran a refusé.
Parallèlement, un important déploiement aéro-naval américain a été observé dans le Golfe, avec l’envoi du porte-avions Gerald Ford en Méditerranée.
Les opérations de combat majeures de février 2026
Le 28 février 2026, Donald Trump a annoncé le lancement d’opérations de combat majeures conjointes avec Israël contre l’Iran. Peu après, des explosions ont secoué Téhéran et d’autres villes. Cette offensive semble répondre à la fois à la répression interne et aux préoccupations persistantes sur le nucléaire et les capacités balistiques.
Ces événements placent la région au bord d’un conflit élargi. Les deux pays ont accumulé des griefs pendant des décennies, et chaque nouvelle crise ravive les peurs d’une confrontation totale.
La communauté internationale observe avec inquiétude cette escalade. Les sanctions, les frappes et les refus de compromis ont créé un climat de défiance profonde. L’avenir des relations Iran-États-Unis reste incertain, suspendu entre diplomatie épuisée et risque de guerre prolongée.
Ce face-à-face, qui dure depuis près de cinquante ans, illustre les défis de la géopolitique au Moyen-Orient : idéologies opposées, intérêts stratégiques conflictuels et absence de confiance mutuelle. Chaque épisode ajoute une couche à cette histoire complexe, où la paix semble toujours plus lointaine.









