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Iran : Un Peuple Sans Défense Appelle à l’Aide Internationale

« Le peuple iranien est sans défense et pourtant il est dans les rues », alerte Jafar Panahi. Face à un bain de sang organisé par le pouvoir, le cinéaste appelle le monde entier à sortir de son silence… Mais que peut vraiment faire la communauté internationale ?

Imaginez un pays où des dizaines de milliers de citoyens, armés uniquement de leur voix et de leur courage, affrontent des forces armées équipées d’armes de guerre. Imaginez que ces mêmes citoyens soient qualifiés de « sans défense » par l’un des plus grands cinéastes vivants. C’est la réalité que traverse l’Iran aujourd’hui, une réalité que Jafar Panahi, Palme d’or à Cannes, a tenu à rappeler avec force et émotion.

Un cri d’alarme depuis l’exil

Depuis Los Angeles, où il s’est exprimé au micro d’une radio française, le réalisateur iranien a livré un témoignage poignant. Il n’a pas mâché ses mots. Selon lui, la situation actuelle représente un véritable tournant historique pour son pays.

Le peuple iranien, malgré une répression d’une violence inouïe, refuse de plier. Les rues, même les plus pauvres, résonnent encore des slogans de liberté. Mais cette détermination se heurte à une machine répressive qui ne recule devant rien.

« Sans défense » mais debout dans les rues

« Le peuple iranien est sans défense aujourd’hui et malgré tout ça, il est dans les rues », a déclaré Jafar Panahi. Cette phrase résume à elle seule le paradoxe tragique de la situation : un peuple désarmé face à une puissance militaire déchaînée, et pourtant incapable de rentrer chez lui.

Ce courage quotidien, cette obstination à manifester malgré les risques, constitue selon le cinéaste l’élément le plus frappant de cette révolte. Il ne s’agit plus seulement de revendications ponctuelles : c’est une lutte pour la dignité et pour l’avenir.

Quand un régime utilise des armes de guerre face au peuple, c’est-à-dire pour faire un bain de sang, ce n’est pas juste pour faire en sorte que les gens rentrent chez eux.

Jafar Panahi

Ces mots lourds de sens montrent que la répression dépasse largement le cadre d’une simple opération de maintien de l’ordre. Elle vise, selon le réalisateur, à terroriser durablement la population.

Un bilan humain terrifiant

Les chiffres qui circulent font froid dans le dos. Une organisation non gouvernementale spécialisée dans le suivi des droits humains en Iran fait état d’au moins 600 morts depuis le début de la vague actuelle de contestation. Des centaines d’autres ont été blessés, arrêtés, torturés.

Derrière ces statistiques se cachent des visages, des familles brisées, des rêves anéantis. Chaque vie perdue est une blessure supplémentaire infligée à toute une société qui aspire simplement à vivre librement.

Une accumulation de colères anciennes

Pour bien comprendre l’intensité du moment présent, il faut remonter le fil des années. Jafar Panahi lui-même rappelle que la contestation actuelle n’est pas née ex nihilo. Elle est le fruit d’une longue série de soulèvements réprimés mais jamais éteints.

En 2009, la réélection contestée du président ultraconservateur avait déjà provoqué une vague massive de manifestations. Le mouvement Vert avait été écrasé dans le sang, mais ses braises n’avaient jamais disparu.

Puis, en 2019, la brutale augmentation du prix de l’essence avait déclenché une nouvelle flambée de colère populaire, particulièrement violente dans les régions les plus défavorisées du pays.

Et enfin, en septembre 2022, la mort de la jeune Kurde Mahsa Amini après son arrestation par la police des mœurs a servi d’étincelle à une contestation d’une ampleur inédite. Le slogan « Femme, Vie, Liberté » est devenu le cri de ralliement d’une génération entière.

Tous ces mouvements et ces révoltes ont fait en sorte qu’on arrive à ce moment actuel. Et je pense que là il faut en finir.

Jafar Panahi

Le cinéaste voit dans cette succession de soulèvements une maturation progressive de la conscience collective. Chaque répression, chaque injustice a contribué à renforcer la détermination des Iraniens.

Le rôle attendu de la communauté internationale

Face à un pouvoir qui déploie des armes lourdes contre sa propre population, Jafar Panahi lance un appel solennel à la communauté internationale. Selon lui, le silence actuel des capitales étrangères sera jugé sévèrement par l’Histoire.

« Tout silence aujourd’hui à n’importe quel endroit du monde doit un jour répondre face à l’Histoire », a-t-il prévenu. Une mise en garde qui résonne comme un ultimatum moral.

Mais que peut concrètement faire la communauté internationale ? Les leviers sont multiples : sanctions ciblées contre les responsables des violences, soutien aux défenseurs des droits humains, pression diplomatique, accueil des réfugiés politiques, amplification des voix dissidentes…

Le cinéma comme arme de résistance

Jafar Panahi n’est pas seulement un témoin. Il est aussi un acteur majeur de la résistance culturelle iranienne. Depuis des décennies, malgré les interdictions, les arrestations et les pressions, il continue de filmer la réalité de son pays avec une lucidité bouleversante.

Son cinéma, souvent tourné clandestinement, constitue une forme de résistance pacifique mais implacable. Chaque plan, chaque dialogue est une brèche dans le mur du silence imposé par le régime.

En recevant la Palme d’or à Cannes, le réalisateur a une nouvelle fois prouvé que l’art peut transcender les frontières et toucher les consciences au-delà des censures et des répressions.

Les racines profondes de la contestation actuelle

La vague de manifestations qui secoue l’Iran depuis fin décembre n’a pas débuté par un événement spectaculaire. Elle a commencé modestement, presque discrètement, dans les marchés de Téhéran où des commerçants excédés par la vie chère ont exprimé leur ras-le-bol.

Mais très rapidement, la contestation s’est propagée comme une traînée de poudre, touchant particulièrement les provinces les plus pauvres, notamment à l’ouest du pays. Ce qui avait commencé comme une révolte économique s’est très vite transformé en contestation politique ouverte.

Le cœur du régime, personnifié par l’ayatollah Ali Khamenei, est directement visé par les slogans des manifestants. Une ligne rouge qui, autrefois, était rarement franchie aussi ouvertement.

Un point de non-retour historique ?

Pour Jafar Panahi, nous sommes arrivés à un moment décisif. Après des décennies de répression, après plusieurs cycles de contestation-répression-contestation, le régime se trouve face à un peuple qui ne veut plus reculer.

« On est arrivé à un point culminant », estime le cinéaste. Cette formule traduit à la fois l’espoir et l’angoisse : l’espoir que ce cycle infernal puisse enfin être brisé, l’angoisse face au prix que cette rupture pourrait coûter en vies humaines.

Le réalisateur ne cache pas sa conviction : il est temps d’en finir. Pas seulement avec une répression particulière, mais avec tout un système qui, depuis trop longtemps, répond à la soif de liberté par la violence.

Le poids du silence international

L’une des phrases les plus marquantes de l’intervention de Jafar Panahi concerne le silence. Ce silence qu’il qualifie de coupable, et qui, selon lui, devra un jour rendre des comptes.

Dans un monde hyperconnecté où l’information circule en temps réel, rester silencieux face à un bain de sang organisé par un État contre sa propre population devient un choix politique actif. Un choix dont les conséquences morales et historiques seront lourdes.

Le cinéaste ne demande pas une intervention militaire. Il appelle à un soutien politique, moral, diplomatique, économique. Il demande que le monde choisisse son camp : celui du peuple iranien ou celui d’un régime qui tire sur ses enfants.

Conclusion : un peuple qui refuse de mourir

À travers les mots de Jafar Panahi, c’est tout un peuple qui s’exprime. Un peuple qui, malgré la peur, malgré le deuil, malgré l’isolement, refuse de se résigner. Un peuple qui, selon la formule même du cinéaste, est « sans défense » mais pas sans courage.

L’Histoire jugera ceux qui, aujourd’hui, détournent le regard. Elle jugera aussi ceux qui, malgré leur impuissance apparente, continuent de crier leur aspiration à la liberté dans les rues de Téhéran, d’Ispahan, de Tabriz et de dizaines d’autres villes.

Le combat des Iraniens est loin d’être terminé. Mais une chose est sûre : ils ne l’abandonneront pas. Et ils attendent que le monde, enfin, se décide à les entendre.

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