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Iran : Un Barrage Géant Arrêté par la Sécheresse

Le plus grand barrage en remblai du Moyen-Orient vient de couper sa production d’électricité. Le réservoir de Karkheh n’a plus que 180 mètres d’eau… 40 mètres sous le seuil vital. Quand l’énergie cède la place à la survie, que reste-t-il à l’Iran face à la pire sécheresse depuis 60 ans ?

Imaginez un géant de terre et d’eau, censé fournir lumière et vie à des millions de personnes, réduit au silence. Samedi dernier, le barrage de Karkheh, fleuron de l’ingénierie iranienne, a purement et simplement été débranché du réseau électrique national. Le niveau du réservoir est tombé si bas que produire de l’électricité n’est plus possible. L’eau restante est désormais réservée à une seule priorité : permettre aux habitants en aval de boire et de survivre.

Le barrage de Karkheh mis à l’arrêt : une décision sans précédent

Amir Mahmoudi, directeur du barrage et de sa centrale, l’a annoncé sans détour : « Avec la baisse du niveau du réservoir, la production électrique a été coupée du circuit. » Les vannes ont été ouvertes pour laisser couler ce qui reste d’eau vers les populations du sud-ouest du pays. Un choix brutal, mais inévitable.

Construit sur le fleuve Karkheh dans la province du Khouzestan, ce barrage n’est pas n’importe quelle infrastructure. C’est le plus grand barrage en remblai d’Iran et du Moyen-Orient tout entier. Sa capacité théorique dépasse les 5 milliards de mètres cubes. Aujourd’hui, il n’en contient plus qu’un seul petit milliard.

Le chiffre qui glace le sang : le niveau actuel est à 180 mètres, soit 40 mètres en dessous du seuil minimal nécessaire au fonctionnement des turbines. Autrement dit, même en forçant, plus une goutte d’électricité ne sortira de Karkheh tant que la situation ne s’améliorera pas.

Une sécheresse qualifiée d’historique

L’Iran traverse actuellement l’une des sécheresses les plus sévères jamais enregistrées depuis soixante ans. Les précipitations ont chuté d’environ 90 % par rapport à la moyenne pluriannuelle. Des régions entières n’ont pratiquement pas vu une goutte de pluie significative depuis des mois.

Ce n’est pas une simple année sèche. C’est un effondrement pluviométrique qui touche presque tout le territoire, des montagnes du Zagros aux plaines du golfe Persique. Les réservoirs qui alimentent des provinces entières flirtent avec des niveaux jamais vus auparavant.

Dans certaines zones, les lacs artificiels ont complètement disparu, laissant derrière eux des plaines de boue craquelée où paissent autrefois des poissons. Les agriculteurs regardent le ciel, impuissants, tandis que leurs champs se transforment en poussière.

Les conséquences immédiates sur la population

L’arrêt de Karkheh n’est pas qu’un problème technique. C’est une onde de choc qui se propage dans la vie quotidienne de millions d’Iraniens. L’électricité produite par le barrage manque déjà au réseau national, fragilisé par des années de sanctions et d’investissements insuffisants.

Mais le plus urgent reste l’eau potable. En libérant les réserves restantes vers l’aval, les autorités espèrent éviter une catastrophe humanitaire dans le Khouzestan, région déjà marquée par des tensions sociales liées à la gestion de l’eau ces dernières années.

Les habitants savent que chaque mètre cube qui s’écoule est une course contre la montre. Quand le barrage sera vide, il ne restera plus rien pour eux non plus.

Les solutions d’urgence déjà mises en œuvre

Face à l’ampleur du désastre, les autorités ont ressorti tous les outils possibles, même les plus controversés.

  • Opérations massives d’ensemencement des nuages pour tenter de provoquer la pluie
  • Coupures programmées d’eau dans de nombreuses villes pour limiter la consommation
  • Rationnement strict de l’irrigation agricole
  • Transferts d’eau d’urgence entre bassins

L’ensemencement des nuages, technique qui consiste à larguer de l’iodure d’argent dans l’atmosphère, a été intensifié. Les résultats restent aléatoires et font débat parmi les scientifiques, mais quand la situation est désespérée, toutes les pistes sont explorées.

Un pays structurellement vulnérable à la crise hydrique

L’Iran est un pays majoritairement aride. Plus de 80 % du territoire reçoit moins de 250 mm de pluie par an. Historiquement, les ingénieurs ont répondu à cette réalité par une politique ambitieuse de grands barrages. Aujourd’hui, cette stratégie montre ses limites face à un climat qui change plus vite que prévu.

Le changement climatique n’est plus une hypothèse lointaine. Les vagues de chaleur sont plus longues, plus intenses. Les hivers, autrefois source de neige abondante dans les montagnes, deviennent secs. Les modèles prédisent une aggravation sensible dans les décennies à venir.

Au-delà du climat, la croissance démographique, l’agriculture gourmande en eau et parfois une gestion perfectible des ressources ont transformé une vulnérabilité naturelle en crise permanente.

Vers un avenir incertain pour l’énergie et l’eau en Iran

La mise hors service de Karkheh n’est probablement pas un épisode isolé. D’autres grands barrages pourraient suivre si les précipitations ne reviennent pas rapidement. Le pays se retrouve face à un dilemme cruel : produire de l’électricité ou garantir l’eau potable. Dans l’immédiat, la survie l’emporte.

Cette crise rappelle à quel point l’eau et l’énergie sont intimement liées. Quand l’un manque, l’autre vacille. Et derrière les chiffres, ce sont des familles entières qui vivent dans l’angoisse de la prochaine coupure, du prochain jour sans eau courante.

Le silence des turbines de Karkheh résonne comme un signal d’alarme. Un signal que le monde entier devrait entendre, car ce qui se passe aujourd’hui en Iran pourrait demain concerner bien d’autres régions.

Le niveau de l’eau est à 180 mètres, soit 40 mètres de moins que son niveau normal de fonctionnement.

— Amir Mahmoudi, directeur du barrage de Karkheh

Cette phrase, prononcée presque calmement par le responsable du site, dit tout de la gravité de la situation. Quarante mètres. L’équivalent d’un immeuble de treize étages. C’est l’épaisseur d’eau qui manque aujourd’hui pour que la vie, telle qu’on la connaît dans cette région, puisse continuer normalement.

Et pendant ce temps, au bord du réservoir asséché, le vent soulève des nuages de poussière là où, il y a encore quelques années, des bateaux de pêche naviguaient tranquillement.

La sécheresse ne se contente pas de vider les barrages. Elle vide aussi les espoirs.

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