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Iran : Témoignages glaçants sur la répression sanglante

À Téhéran, un homme a vu trois manifestants s’effondrer sous ses yeux, un tireur masqué par un tchador. Il revit ce cauchemar toutes les nuits. Derrière le blackout total, des milliers de corps entassés et une répression d’une violence inouïe se dessinent…

Imaginez une nuit où les rues de Téhéran, habituellement vibrantes et bruyantes, se transforment soudain en un silence oppressant. Les lumières s’éteignent une à une, les téléphones deviennent muets, et au loin résonnent des détonations sourdes. Pour des milliers d’Iraniens, cette scène n’est pas une fiction : elle est devenue leur réalité, gravée dans leur mémoire et dans leur chair.

Depuis le début de l’année, un mouvement de contestation massif a secoué l’Iran. Ce qui avait commencé comme des rassemblements pacifiques s’est rapidement transformé en affrontements violents. Les témoignages qui parviennent de l’extérieur du pays dessinent un tableau terrifiant d’une répression d’une ampleur rarement atteinte.

Quand la peur s’installe dans les rues de Téhéran

Les récits des survivants qui ont réussi à quitter le pays sont glaçants. Un homme de 44 ans, aujourd’hui réfugié en Allemagne, se souvient encore de chaque seconde de cette nuit fatidique. Il marchait au milieu de la foule quand soudain il a entendu des bruits secs : « pop pop ». Trois corps se sont écroulés à quelques mètres de lui.

Il a vu un tireur dissimulé sous un grand tchador noir. Un simple mouvement de tête aurait pu le placer sur la trajectoire de la balle. Aujourd’hui encore, il répète : « Si le tireur avait été gaucher, je serais mort. » Cette phrase le hante chaque nuit. Le visage de ces victimes, le cri d’un homme tenant sa compagne blessée, le sang sur ses mains… tout cela revient sans cesse.

« C’est devenu mon cauchemar. »

Ce genre de souvenir ne s’efface pas. Il s’incruste, resurgit au milieu de la nuit, transforme le sommeil en torture. Et cet homme n’est pas un cas isolé. Des centaines, peut-être des milliers de personnes portent désormais ce fardeau invisible.

Un cimetière submergé par les corps

Dans l’immense cimetière de Behesht-e Zahra, au sud de Téhéran, la scène était apocalyptique. Des familles entières erraient entre les allées, cherchant désespérément le corps d’un fils, d’une fille, d’un conjoint. Les sacs mortuaires s’entassaient les uns sur les autres, parfois par centaines dans un même entrepôt réfrigéré.

Un ancien employé d’une société de logistique, qui a assisté à cette macabre organisation, parle d’un chiffre hallucinant : entre 1 500 et 2 000 corps rien que dans un seul hangar. Des mères suppliaient pour qu’on déplace le corps de leur enfant afin de pouvoir l’enterrer rapidement, conformément à la tradition musulmane.

Autour des tombes fraîchement creusées, les chants s’élevaient. Non pas des prières traditionnelles, mais des slogans hostiles au pouvoir, des hommages aux disparus, des cris contre le guide suprême. Les forces de sécurité observaient, mais n’intervenaient pas directement. Elles veillaient simplement à ce qu’aucune image ne sorte.

Amol, les appels au don de sang désespérés

Dans la ville d’Amol, au nord du pays, la situation était tout aussi dramatique. Les hôpitaux lançaient des appels urgents au don de sang. De nombreux blessés avaient été touchés aux jambes, aux pieds, souvent intentionnellement pour les mutiler plutôt que de les tuer sur le coup. Ces blessures graves nécessitaient des transfusions massives.

Les habitants répondaient présents, malgré la peur. Donner son sang devenait un acte de résistance silencieuse, une manière de dire : nous refusons de vous laisser gagner par l’épuisement et la terreur.

Le blackout : une arme de dissimulation massive

Peu après le début des affrontements les plus violents, les autorités ont coupé internet dans tout le pays. Les communications téléphoniques internationales ont suivi le même sort. Pendant plusieurs jours, l’Iran a disparu du monde numérique. Impossible d’envoyer une photo, une vidéo, un simple message.

Ce silence forcé a servi un objectif clair : empêcher la diffusion des images de la répression et compliquer l’organisation des manifestants. Seules quelques vidéos ont réussi à passer grâce à des connexions satellitaires clandestines. On y voit des voitures de police en flammes, des mosquées attaquées, des rafales d’armes automatiques.

Quand les lignes téléphoniques sortantes ont été rétablies, les appels duraient quelques dizaines de secondes. Très chers, très surveillés. Les familles se contentaient de quelques mots : « Ça va ? », « Je t’aime ». Rien de plus, par peur d’être repérés.

Témoignages d’une violence inouïe

Des organisations de défense des droits humains basées à l’étranger rapportent des récits concordants et terrifiants. Des manifestants abattus alors qu’ils tentaient de fuir, des blessés achevés en pleine rue, l’usage d’armes de guerre contre des civils désarmés.

« Les gens ne se dispersaient pas. D’habitude, après des coups de feu, la foule s’éparpille. Cette fois, ils restaient. »

Ce détail revient souvent dans les témoignages. Malgré les tirs, malgré les morts qui tombaient, la détermination ne faiblissait pas. Les manifestants semblaient avoir dépassé la peur. Une résolution qui a surpris même les plus pessimistes.

Une capitale transformée en zone de guerre

Un artiste de 39 ans, contraint de s’exprimer anonymement, décrit Téhéran comme « une zone de guerre ». Les barricades, les pneus en feu, les affrontements sporadiques donnaient à la ville un air de champ de bataille urbain. Un photojournaliste confie avoir craint, l’espace de quelques heures, une véritable guerre civile.

Dans les quartiers populaires, les nuits étaient rythmées par les détonations. Toutes les dix minutes, une rafale. Les habitants apprenaient à reconnaître le son des fusils d’assaut, à estimer la distance, à deviner la direction. Une nouvelle normalité terrifiante.

Des proches assassinés, identifiés par des tatouages

Un acteur et réalisateur iranien exilé en France raconte avoir perdu deux connaissances dans cette vague de répression. L’un d’eux, un jeune comédien de théâtre, a reçu une balle en pleine tête. Son visage était méconnaissable. La famille a dû l’identifier grâce à ses tatouages.

Il ajoute une phrase terrible dans sa simplicité : « En Iran, aujourd’hui, tout le monde connaît au moins une personne qui a été tuée. » Cette phrase résume à elle seule l’ampleur du drame. La mort est devenue si proche, si banale, qu’elle touche presque chaque famille.

Après le pic de violence, un calme inquiétant

Depuis plusieurs jours, les grandes manifestations semblent avoir diminué en intensité. Aucun rassemblement massif n’a été signalé récemment. Pourtant, personne n’ose parler d’apaisement. Le silence actuel ressemble davantage à une pause forcée qu’à une véritable accalmie.

Les autorités diffusent en boucle des images de rassemblements pro-gouvernementaux et de funérailles de membres des forces de sécurité. Des banderoles dans les rues de Téhéran montrent des voitures vandalisées avec la légende : « Ce ne sont pas des manifestations. » Une tentative désespérée de réécrire la réalité.

La diaspora, suspendue aux rares nouvelles

À l’étranger, les Iraniens de la diaspora vivent dans l’angoisse permanente. Certains ont établi des chaînes de contacts via des terminaux Starlink. Ils demandent simplement : « Dis-moi juste s’ils vont bien ou non. » Pas de détails, pas de noms, pas de lieux. La peur d’être intercepté est omniprésente.

Chaque appel, chaque message devient précieux. On raccroche vite, on efface les historiques, on change de carte SIM. La surveillance est partout, même à des milliers de kilomètres.

Un espoir fragile, mais tenace

Malgré tout, certains refusent de baisser les bras. Ce mouvement, même réprimé dans le sang, a redonné de l’espoir à une génération entière. Les jeunes, surtout, ont découvert qu’ils n’étaient pas seuls, que leur colère était partagée par des millions d’autres.

Mais chaque échec, chaque vague de répression, érode un peu plus cet espoir. « À chaque fois que ça rate, nous avons de moins en moins d’espoir », confie un manifestant exilé. Pourtant, il ajoute immédiatement : « Ce n’est qu’une question de temps. »

En quittant Téhéran pour l’aéroport, un homme regardait les rues défiler une dernière fois. Il savait que la ville qu’il laissait derrière lui ne serait plus jamais la même. Les cicatrices sont trop profondes, les morts trop nombreux, les rêves trop brisés.

Mais dans ce chaos, une certitude émerge : le peuple iranien n’a pas dit son dernier mot. La flamme vacille, mais elle n’est pas éteinte. Et tant qu’elle brûlera, même faiblement, l’espoir d’un changement demeurera vivant.

Les mois à venir seront décisifs. La répression peut encore s’intensifier, ou au contraire révéler ses limites. Une chose est sûre : l’Iran est entré dans une nouvelle ère. Une ère où la peur côtoie le courage, où le silence cache des cris étouffés, où chaque jour qui passe rapproche peut-être un peu plus le point de bascule.

Le monde regarde, parfois impuissant, parfois complice par son silence. Mais à l’intérieur du pays, des hommes et des femmes continuent de rêver d’une vie sans chaînes, sans peur, sans sang versé pour le simple fait de réclamer la liberté.

Et tant que ce rêve existera, la lutte ne s’arrêtera pas.

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